– J’ignorais que je devais te tenir au courant de tous mes faits et gestes, répliqua-t-elle.

Il se confondit en excuses.

– C’est juste que je ne m’attendais pas à te voir ici, expliqua-t-il.

– Eh bien il se trouve que j’assiste à une soirée donnée par une amie de ma mère. Je t’aurais demandé de m’y accompagner si tu n’étais pas en mission.

– La princesse Ama est une amie de ta mère ?

– Ta mission la concerne ?

– Je l’ignore. Tout ce que je peux te dire c’est que je serai plus que ravi de t’accompagner à cette soirée.

Elle le regarda d’un air dubitatif.

– À une condition, répondit-elle après un moment d’hésitation.

– Laquelle ? s’empressa-t-il de demander.

– Tu dois me dire ce en quoi consiste ta mission.

Il était sur le point de secouer la tête mais se ravisa. Jessica représentait sa chance ultime d’avoir accès à cette fête très selecte. Il n’avait donc pas le droit de la contrarier.

– Très bien, répondit-il.

– Je t’écoute.

– Un homme que nous traquons depuis quelques années figure parmi les invités. Je dois donc le repérer et donner une confirmation à mes supérieurs pour qu’ils envoient des hommes le chercher.

– Comment s’appelle-t-il et comment saviez-vous qu’il sera présent à cette soirée ?

– C’est notre boulot de savoir ce genre de choses. Je ne peux pas te donner son nom. Ça te mettra en danger.

– Qu’est-ce qu’il pourrait bien me faire si je connais son nom ?

Terry espérait qu’elle lâche l’affaire mais Jessica ne partageait pas cette envie. Elle était bien déterminée à tout savoir avant de laisser son amant le suivre dans cette soirée.

– Bon d’accord, je te le présenterai quand il se pointera à la soirée.

– D’accord. Maintenant nous pouvons y aller, sourit-elle.

Il vida son verre d’un trait et accompagna la jeune femme jusqu’à l’ascenseur.

Ils arrivèrent à l’étage où Terry avait pris sa suite quelques minutes plus tôt. Les invités commençaient déjà à se présenter. Devant les doubles portes de la suite où se tenait le cocktail, un agent de sécurité à la carrure imposante montait la garde.

Terry se réjouit de ne pas voir de détecteur de métaux dans la main de l’agent. Mais sa joie se dissipa quand il vit le portique de détection de métaux installée dans l’entrée de la suite. Il comprit tout de suite que ce portique n’allait pas lui faciliter les choses.

Jessie montra leur invitation au premier portier qui les laissa entrer dans la suite.

– Votre téléphone, votre portefeuille et vos clés s’il vous plaît, leur ordonna le deuxième agent de sécurité près du portique.

Il lui tendit un petit bac dans lequel il déposa ses objets. Il passa le portique et récupéra ses affaires. Jessie suivit le même processus et retrouva son cavalier derrière le portique de sécurité.

– Cette soirée doit accueillir des gens très sélects pour qu’on fasse installer un portique de sécurité, fit remarquer Terry.

– Je ne te le fais pas dire, répondit sa cavalière.

Elle se rapprocha de lui pour lui chuchoter à l’oreille :

– J’ai appris de source sûre que le Président lui-même sera présent. Il sera ravi de rencontrer son fils, neveu ou quoi que tu prétends être pour lui.

– Heureusement qu’il n’a pas encore fini de connaître ses enfants pour s’attaquer à ceux de ses demi-frères, répondit-il d’un air serein.

Jessica pouffa de rire en se couvrant la bouche avec la pochette qu’elle avait à la main. Ils avancèrent dans le grand salon de la suite où les invités déjà présents discutaient entre eux, des coupes de champagne à la main.

Tous les regards se tournèrent tout de suite vers eux. Les hommes admiraient les belles et longues jambes de Jessie que sa robe laissait à découvert. Les femmes admiraient la jeunesse et la flamme que Terry avait dans le regard.

– Quelqu’un qui compte passer inaperçu ne doit pas trainer avec mademoiselle Jessica Akue au bras, chantonna ce dernier à voix basse.

– Jessica c’est toi ? s’écria une femme derrière eux.

Ils se retournèrent tous les deux et se retrouvèrent en face d’une femme, la quarantaine bien entamée. Il ne fallut de présentation pour comprendre que c’était elle leur hôte.

Terry la détailla de la tête au pied mais ne garda qu’un détail important : le collier qu’il était censé voler ornait élégamment son cou.

– Oui c’est bien moi auntie, répondit Jessie en sautant dans ses bras.

Les deux femmes s’étreignirent longuement.

– Mais qu’est-ce que tu as grandi, s’exclama Ama en se détachant d’elle pour l’admirer. Tu es devenue une vraie femme maintenant. Regarde-toi !

Un magnifique sourire ornait le visage de Jessica.

– Tu n’as pas pris une seule ride, fit-elle remarquer.

– Je suis encore trop jeune pour avoir des rides voyons ! s’indigna-t-elle.

Elles éclatèrent de rire toutes les deux.

– Qui est ce beau jeune homme que tu ne me présentes pas ? demanda la princesse quand elle s’arrêta de rire.

– Il s’appelle Terry, c’est mon cavalier. Terry je te présente Ama, héritière du trône Ashanti au Ghana.

– Enchanté princesse, répondit-il en faisant la révérence.

– Appelle-moi Ama, répondit-elle avec bienveillance. Je vais t’emprunter ta cavalière pendant quelques minutes. Profite du champagne et des petits fours en attendant.

Elles disparurent par une porte qui semblait donner sur la chambre à coucher de la princesse.

Terry alla prendre une coupe de champagne comme le lui avait recommandé la princesse. Il se mit à regarder discrètement dans toutes les directions à la recherche de caméra. Il n’y en avait aucune. Il sourit.

Quelques minutes plus tard, les deux femmes revinrent dans le salon. La princesse s’était changée et pour le plus grand plaisir de Terry, elle ne portait plus son collier.

– Vous êtes vraiment resplendissante princesse, la complimenta Terry.

Il fit une légère révérence.

– C’est un gentleman en plus, sourit Ama. Bon vous deux restez ici, il faut que je m’occupe des autres invités.

– Je crois qu’elle t’aime bien, lança Jessica une fois que l’amie de sa mère se fut éloignée.

– C’est un bel euphémisme, elle me mange littéralement dans la main.

Jessie éclata de son rire agréable.

– C’est vrai que tu es le plus élégant des hommes présents dans cette pièce, avoua-t-elle. Alors tu as repéré ta cible ? demanda-t-elle en baissant la voix.

– Oh oui ! répondit-il en fixant au hasard un monsieur dans la pièce.

Sa compagne était sur le point de se retourner mais il la saisit par le menton et posa un baiser sur ses lèvres. Ils se sourirent tous les deux.

– Tu peux regarder maintenant, lui dit-il.

Elle se retourna enfin vers le monsieur en question. C’était un homme tout ce qu’il y avait de plus banal. Il flottait dans sa trop grande veste grise, une coupe de champagne à la main.

– Il n’a pas l’air très méchant, se moqua Jessie.

– L’habit ne fait pas le moine comme on dit.

Au cours de la soirée, Terry enfila coupe de champagne sur coupe de champagne.

– Il faut que j’aille aux toilettes, dit-elle à Jessie qui n’en était qu’à sa troisième coupe.

– Avec tout ce que tu as bu c’est surprenant que tu n’y sois pas allé plus tôt.

Terry se dirigea vers l’un des armoires à glace qui servaient de gardes du corps à la princesse.

– Où sont les toilettes s’il vous plaît ?

– La porte au fond du couloir.

Il lui sourit avant de disparaitre par la porte que les deux femmes avaient prise plus tôt dans la soirée. Le couloir en question n’avait que deux portes ce qui impliquait automatiquement que la première porte soit celle de la princesse.

– Drôle d’architecture pour une suite d’hôtel, pensa Terry.

Il se glissa dans la chambre. Il jeta un rapide coup d’œil autour de lui. Aucun tableau n’ornait les murs de la pièce à sa grande surprise. Il se dirigea vers la penderie qu’il s’empressa de fouiller à la recherche de coffre-fort mais sans résultat. Il toqua contre les murs espérant entendre un bruit distinct qui lui révèlerait la présence du coffre-fort mais toujours rien. Puis il retraversa la chambre à grands pas pour en ressortir quand son pied fut pris dans une moquette près du lit.

Il revint sur ses pas pour rajuster la moquette quand il vit un petit triangle noir qui dépassait sous la moquette. Il souleva la moquette et découvrit enfin ce pourquoi il était là : le coffre-fort.

Il entra le code de réinitialisation puis un nouveau code. Il ouvrit enfin le coffre-fort et sourit en voyant le collier. Il le rangea dans la poche intérieure de sa veste et ressortit rejoindre Jessie.

– Pourquoi elle n’a pas organisé la soirée dans l’une des salles de l’hôtel ? s’enquit-il auprès de cette dernière.

– Probablement par souci de discrétion, répondit-elle.

Terry hocha la tête. Il ne prêtait déjà plus attention à ce que disait Jessie. Toute son attention était braquée sur un serveur qui arrivait vers eux. Il partit à sa rencontre puis quand il fut à quelques pas de lui, sortit son téléphone comme pour recevoir un appel. Le serveur ne l’ayant pas vu à temps le heurta de plein fouet, renversant tout le contenu de son plateau sur Terry et sur le sol.

Le jeune homme se fondit tout de suite en excuses. Terry essaya d’éponger le champagne sur sa veste mais en vain. Toutes les attentions étaient à présent braquées sur eux.

Comme s’il avait été prévenu plus tôt, un agent d’entretien entra dans la suite avec son charriot. Les invités reprirent leurs discussions et détournèrent leur attention de Terry. Ce dernier s’abaissa près du charriot d’entretien, il prit une serviette jetable et fit mine d’éponger la poitrine de sa veste et sortit le collier en l’enroulant dans la serviette jetable. Il le laissa ensuite dans le petit panier qui servait de poubelle pour l’agent d’entretien. Il s’abaissa suffisamment pour que son téléphone aussi tombe dans la poubelle.

Il retourna enfin vers Jessica qui l’attendait patiemment.

– Je crois que je ferais mieux d’aller me changer, dit-il à sa compagne. J’empeste le champagne.

Il se rapprocha d’elle et lui chuchota à l’oreille :

– Je le sens même sur ma verge.

Jessica gloussa.

– Trouvons une chambre pour nettoyer ça, répondit-elle.

– Il se trouve que la suite en face de celle-ci est à moi, enfin à nous jusqu’à demain matin.

– Je préviens ma tante.

Elle rejoignit la princesse qui était en pleine discussion avec le monsieur à la veste trop large. Elles échangèrent quelques mots et se firent une chaleureuse accolade.

Terry et sa cavalière repassèrent le portique de sécurité et s’enfermèrent dans leur suite.