– Imagine deux petits canards sur un étang. Ils sont tous les deux perdus. Ils ont des frères et sœurs, de la famille qui tient à eux, ils ont une vie plus ou moins bien rempli. Pourtant, il y a toujours ce petit vide en eux qui s’agrandit de jour en jour. Avec le temps naît cette soif d’une chose qu’ils n’ont peut-être jamais connu jusque-là. Mais ils n’en n’ont pas forcément conscience. Ils font de leur mieux pour s’intégrer. Ils se cherchent et finissent par partir à l’aventure. La quête de l’inconnu. Puis dans leurs aventures, ils se heurtent l’un à l’autre sur cet étang. Ils se tournent autour, ils se rapprochent l’un de l’autre pour s’admirer de plus près. Ils apprennent à se connaître et au final, ils se rendent compte que ce vide qui s’agrandissait en eux de jour en jour avait disparu. Ils se demandent comment ils avaient pu vivre l’un sans l’autre jusque-là ? Et comment feraient-ils si tout cela devaient s’arrêter ? C’est ce que j’entends par amour de ma vie. L’amour c’est compléter l’être aimé, lui apporter cette chose qui lui manquait et dont il n’avait pas forcément conscience. Être son oasis dans le désert. Être l’île sur laquelle il échouera après avoir tant errer sur la mer. Trouver automatiquement la paix dès que tu penses à l’autre. Retrouver le sourire dès qu’on mentionne son nom. L’amour ne doit pas forcément apporter quelque chose de matériel comme le croient beaucoup de gens de notre génération. L’argent, les cadeaux et tout le reste ne sont que des tentatives de démonstration. Mais ça rend aussi l’amour beaucoup moins sincère. Si tu offres des biens matériels à quelqu’un, cette personne prétendra t’aimer, juste pour pouvoir continuer à jouir de tes présents. Si la personne est matérialiste bien sûr.

– ‎C’est vraiment poétique ta vision des choses. Ça donne envie d’être ce petit canard sur l’étang.

– ‎Tu l’es, répondit-il. Tu n’as peut-être pas encore heurté l’autre petit canard. Ou peut-être que tu l’as déjà heurté sans t’en rendre compte…

– ‎Peut-être, répondit-elle vaguement.

– Mais la partie qui fait mal dans l’amour, c’est que, avant de heurter le bon, tu heurteras peut-être de mauvais, croyant avoir trouver celui ou celle qu’il te faut. Tu y laisseras sûrement des plumes. Mais…

Il s’interrompit.

– Mais ça ne doit pas t’empêcher d’aimer à nouveau. Fermer ton cœur après une déception, c’est comme arrêter l’école parce qu’on redouble une classe ou arrêter le vélo après s’être écorché le genou. C’est stupide. On finit toujours par trouver le bon, quand on arrête de le chercher.

– ‎Je partage partiellement ta vision des choses. Mais ce n’est pas évident de se remettre en selle après une déception. Surtout quand on y croyait fermement. Tu crois avoir tourné la page jusqu’à ce qu’un dimanche soir à la plage, tu tombes sur celui qui t’a brisé le cœur dans les bras d’une autre. En train de lui répéter les mêmes mensonges qu’il te répétait quelques temps plus tôt.

– ‎Eh ! Ne vole pas mon rôle ! s’exclama-t-il. C’est moi qui suis censé être le négatif de service ici.

Elle éclata de rire mais lui garda son sérieux.

– C’est vraiment quelque chose de te connaître et de t’avoir dans ma vie. En te parlant de moi, j’en apprends beaucoup sur moi-même et sur mes aspirations.

Elle le regarda d’un air troublé. Son regard était perdu dans le vide pendant qu’il parlait. Elle passa son bras sous le sien et posa sa tête contre son bras, son épaule étant trop haute pour qu’elle l’atteigne. Ils restèrent dans cette position pendant un long moment : lui le regard perdu dans le vide, elle la tête posée contre lui.

‎Il se retourna vers elle. Il la regarda en silence pendant un moment. Elle frissonnait. Il retira sa chemise et couvrit ses épaules nues. Il déposa un baiser sur son front.

– On ferait mieux de rentrer, lui dit-il.

– ‎Pas tout de suite, répondit-elle. Marchons encore un peu.