Terry se tourna vers elle.

– Terry Djadoo ? répéta-t-elle.

– Oui, répondit-il. C’est le nom de couverture que m’a choisi mon boss. Et tu n’étais pas censée écouter ça.

Son expression souvent vive et sereine avait changé. On pouvait sentir une pointe d’inquiétude dans sa voix.

– Je t’ai déjà dit que je ne compte répéter quoi que ce soit, nulle part, le rassura-t-elle.

Elle s’approcha de lui d’une démarche sensuelle. Elle retroussa sa jupe et s’assit à califourchon sur lui.

– Détends-toi chéri, lui dit-il. Tout va bien se passer demain tu verras.

– Je l’espère, répondit-il.

Le lendemain

Cela faisait près d’une heure que Terry attendait sa mère dans le grand salon de sa maison. Cette dernière finit par le rejoindre après son interminable toilette.

– Bonsoir maman, fit-il en se levant.

Il fit la bise à sa mère et se rassit dans le sofa.

– Comment vas-tu ? demanda-t-elle calmement en s’installant à son tour.

Elle était de taille élancée avec des rondeurs là où il faut. Sa peau noire presque luisante en ajoutait à son charme naturel. Elle avait un regard perçant qui lui donnait un air sévère.

– Je vais bien maman, et toi ?

– Je vais bien aussi mon fils. Je ne vais pas passer par quatre chemins pour te dire ce pourquoi je t’ai fait venir. Puisque tu as décidé de ne rien faire de ton diplôme, j’ai décidé de prendre des mesures spéciales pour traiter ton cas. Je te retire l’appartement et tout ce que je t’offre. A partir d’aujourd’hui, considère toi comme indépendant donc à moins que tu te mettes à faire quelque chose de ta vie, tu vivras Dieu seul sait où et de Dieu seul sait quoi.

– Quoi ?! s’exclama-t-il, abasourdi.

– Tu as jusqu’à la fin de la semaine pour libérer l’appartement, reprit-elle calmement.

– Tu es sûre de vouloir faire ça ? s’enquit-il d’une voix aussi calme que celle de sa mère.

Elle ne répondit pas tout de suite. Elle riva son regard au sien.

– Aussi sûre que toi quand tu as décidé de ne rien faire de ta vie, répondit-elle.

– Mais je travaille maman ! répliqua-t-il.

– Ah oui ? Tu fais quoi comme travail ?

– Je suis l’assistant d’un avocat. Me Vignon.

Elle haussa un sourcil.

– Je ne me souviens pas t’avoir inscrit en cours de droit, répliqua-t-elle.

– Je n’ai pas dit avoir fait des cours de droits non plus.

– Dois-je te demander de m’en dire plus sur ce travail ? s’enquit-elle.

Elle avait prononcé le dernier mot avec une once de sarcasme dans la voix.

– Je gère la comptabilité de son cabinet. Et je m’occupe de quelques affaires concernant la boite.

– J’aimerais le rencontrer, trancha-t-elle.

– Ce ne sera pas un problème, répondit-il sereinement. Mais pour le moment il est en déplacement. Dès qu’il rentrera, j’essaierai de prendre rendez-vous pour toi.

– Tu viendras prendre rendez-vous pour lui, rectifia-t-elle doucement mais fermement.

Terry n’osa pas la contredire de peur qu’elle revienne sur sa décision de le mettre à la rue. Ils semblaient avoir trouvé un terrain d’entente et il n’allait pas tout gâcher en protestant. Rencontrer sa mère et la rassurer ne serait pas un problème. Achille est plutôt bon acteur et après tout, il lui devait bien ce service.

– Ce ne sera pas un problème, confirma-t-il.

Sa mère le regarda longuement sans broncher. Il portait une de ses chemises blanches amidonnées dont seul lui et son père avaient le secret. Il avait hérité de toute sa classe et de son charisme naturel.

– Tu ressembles vraiment à ton père dans cette chemise, finit-elle par dire, une once de mélancolie dans la voix.

Le jeune homme sourit mais ne répondit pas tout de suite.

– Il te manque beaucoup n’est-ce pas ? lui demanda-t-il après une minute de silence.

– Beaucoup, admit-elle. Je ne pourrais jamais lui trouver de remplaçant parce qu’aucun homme ne le vaut à mes yeux.

– Maman, il ne s’agit pas de lui trouver un remplaçant. Il s’agit de garder un homme à tes côtés pour te sentir moins seule. C’est tout.

Elle resta silencieuse.

– Je veux rencontrer ton employeur, répéta-t-elle avant de sortir une enveloppe blanche de son sac à main.

Elle la tendit à son fils. Terry récupéra l’enveloppe plein de billets et s’en alla après avoir embrassé sa mère.

Maison Akue

– Jessie ! cria madame Akue, assise devant la télé.

Cette dernière ne répondit pas. Elle se contenta de se présenter devant sa mère.

– Il y a un problème maman ? demanda-t-elle à sa génitrice.

– Oui, répondit-elle. Assieds-toi.

Jessica s’exécuta, la mine inquiète.

– Ne fais pas cette tête. Ce n’est rien de grave, la rassura sa mère en voyant son air inquiet. Tu te rappelles nos vacances au Ghana quand tu étais plus petite ?

– Bien sûr, répondit la jeune femme. Comment oublier des vacances au paradis.

Sa mère lui sourit.

– Mon amie chez qui on allait souvent habiter vient à Lomé, continua-t-elle. Enfin elle doit être déjà là. Elle donne une soirée aujourd’hui avec quelques amis et bien entendu elle nous a invité ton père et moi. Mais tu sais bien que je n’aime pas aller à ce genre d’invitation, surtout sans ton père.

– Tu voudrais que j’y aille à ta place c’est ça ? abrégea sa fille.

– Oui. Je voudrais que toi et le jeune homme que tu refuses de me présenter y alliez ensemble.

Jessie sourit d’un air gêné.

– Il n’y a personne, répondit-elle en évitant le regard de sa mère. J’irai donc seule.

– C’est ça. Tu oublies que j’ai été une jeune fille amoureuse comme toi.

Amoureuse ? pensa Jessie. Je ne le connais que depuis hier.

– C’est à quelle heure la soirée ? demanda-t-elle pour changer de sujet.

– A 19h. Tu devrais déjà commencer à te préparer. Il est presque 17h.

La jeune femme hocha la tête et prit congé de sa mère.

Quelques heures plus tard…

Terry venait de garer sa voiture devant l’hôtel Concordia, là où la princesse devait donner sa soirée. Un des voituriers de l’hôtel se chargea de prendre en charge sa voiture.

Il entra dans l’hôtel en traînant sa petite valise. Il se dirigea vers la réception.

– Bonjour j’ai une réservation sous le nom de Terry Djadoo, annonça-t-il au réceptionniste.

– Un instant s’il vous plaît, répondit-il en pianotant le clavier de l’ordinateur devant lui.

Terry hocha la tête en regardant autour de lui.

– Votre suite est prête M. Djadoo. Elle vous attend au dixième étage. Un de nos stewards va y accompagner.

– Je saurai trouver mon chemin tout seul, répondit Terry en lui prenant la carte magnétique.

– Je le sais bien monsieur. Le steward va s’occuper des détails techniques comme l’accès au coffre-fort de la suite, le déblocage du minibar…

– Bien qu’il fasse vite parce que je suis assez pressé.

Il se dirigea vers l’ascenseur devant lequel l’attendait déjà le steward en question. Ils montèrent ensemble.

Une fois devant les portes de la suite, Terry ouvrit avec sa carte.

– Je vais réinitialiser le code de votre coffre-fort pour vous permettre d’entrer le vôtre.

– Faites donc, répondit Terry en posant sa valise dans le grand salon de la suite.

Le steward lui montra où se trouvait le coffre-fort en question. Au moment d’entrer le code de réinitialisation, il se tourna vers Terry pour s’assurer qu’il ne regardait pas. Ce dernier fit mine de passer un appel et s’éloigna de quelques pas. Une fois que le steward, eu le dos à nouveau tourné, il commença à engueuler son interlocuteur imaginaire tout en ne manquant pas un seul chiffre du code. Dès que le steward valida le code, il tourna rapidement le dos et continua son faux appel.

– Bon je te laisse, j’ai mieux à faire ! fit-il avant de raccrocher.

– Vous pouvez entrer votre code personnel à présent, lui apprit Rémi. Vous entrez le code, vous le validez et ensuite vous l’entrez à nouveau pour le confirmer.

Il fouilla sa poche et tendit un billet de cinq mille au steward qui le remercia chaleureusement avant de quitter la suite.

Terry redescendit au bar pour tuer le peu de temps qui lui restait avant le début du cocktail dans la suite de la princesse.

Il manqua de s’étrangler avec sa boisson quand il vit celle qui venait de faire son entrée. Cette dernière l’avait vu, elle aussi, et l’approcha de sa démarche sensuelle et assurée.

– Jessie qu’est-ce que tu fais ici ?! s’exclama-t-il.