Le soir…
– J’aurais besoin de la voiture ce soir, dit Terry au chauffeur. Je dois sortir avec quelques amis.
Ce dernier lui remit les clés de la voiture sans broncher. Il rentra chez lui.
Terry monta dans son appartement pour se préparer. Il mit une de ses belles chemises blanches dont il plia correctement les manches, il choisit un pantalon noir et une paire de chaussures noire. Il se brossa les cheveux et mit une de ses montres.
Il ramassa son téléphone portable laissé sur le lit. Il composa un numéro et porta le téléphone à son oreille.
– Marius je viens chercher ma carte, dit-il quand son interlocuteur eut décroché. J’espère qu’elle est prête.
Il raccrocha sans attendre de réponse. Il ramassa les clés de la voiture et sortit de l’appartement. Il emprunta une autre sortie pour que le policier qu’il avait prévu emmener prendre un pot ne croit pas qu’il le laisse en plant.
Il longea l’avenue Jean Paul II puis tourna dans la rue avant la pharmacie St Romain. Il se gara devant une petite maison à étage au milieu de la ruelle. Il rappela le même numéro.
– Je suis devant chez toi, dit-il avant de raccrocher.
Une minute après, un jeune homme de courte taille sortit de la maison. Le fameux Marius sortit avec une petite boîte à la main. Il toqua contre la vitre. Terry la baissa et lui prit la boîte. Il l’ouvrit et vérifia le contenu. Il en sortit un passeport, une carte d’identité, un permis de conduire et des cartes de visite enfin un acte de naissance.
– Tu es le meilleur frère, dit-il en serrant la main du jeune homme. Je t’apporte ton pc demain dans la journée.
– Ça me ferait plaisir, répondit le jeune homme.
– Un MacBook ça te dirait ? s’enquit-il.
– Je préfère un HP sous Windows, répondit-il. Je crée mes programmes moi-même et ce sera compliqué sur Mac.
– Je comprends, fit Terry. Tu auras ton HP demain dans la journée.
Marius lui serra la main avant de retourner à la maison.
Terry rangea ses nouvelles pièces dans son portefeuille et laissa le passeport sur le tableau de bord. Il démarra sa voiture. Il retourna chercher son ami policier auquel il avait donné rendez-vous. Il arriva pile à l’heure prévue.
Le policier, qui l’attendait à quelques mètres de son poste, monta dans la voiture sur son invitation. Ils descendirent dans le centre-ville par le boulevard du 13 Janvier puis tournèrent sur la Nationale N° 2. Ils longèrent l’autoroute en direction de la frontière du Ghana puis prirent la rue du marché.
– Je dois acheter un truc au supermarché, expliqua-t-il au policier. Ça ne prendra que quelques minutes.
– Il n’y a pas de problèmes, répondit le policier.
Il gara la voiture du côté du parking où on pouvait voir le rayon des appareils électroniques.
– Comment vous appelez-vous ?
– Ana, le policier.
– Tu veux bien m’attendre devant la voiture ? demanda-t-il au policier. Si vous restez à l’intérieur je serai obligé de laisser tourner la clim. Et après j’aurai du mal à démarrer.
Terry prit son passeport sur le tableau de bord et descendit de la voiture. Le policier descendit et se posta devant la voiture dans son uniforme. Terry entra dans le supermarché.
Il se dirigea vers le rayon électronique. Les mains dans les poches, il sillonnait l’allée en regardant les différents modèles d’ordinateurs exposés. Il finit par s’arrêter devant un HP. Il l’analysa sous tous les angles.
– Il vous plaît ? demanda une voix de femme derrière lui.
Il se retourna et vit une jeune femme portant un tee-shirt du supermarché.
– Oui j’aime bien, répondit-il. Mais j’hésite entre ce modèle et celui-ci.
Il désigna un autre HP à côté de celui devant lequel il se tenait.
– Les deux modèles sont parfaits, répondit la jeune femme. Ce sont deux des derniers modèles de la marque donc en matière de performance, ils sont puissants. Celui-ci – elle désigna celle de gauche – c’est un HP OMEN. Ça vient sous Windows 10 avec un processeur Core i7, les derniers sur le marché. Une mémoire RAM de 8 giga-octets et une mémoire de stockage d’un téraoctet. Un écran HD antireflets de 15,6 pouces. Le clavier est rétroéclairé. C’est de loin le plus performant sur le marché. C’est parfait pour les graphistes, les développeurs d’application et les web designers.
– Waoh ! s’exclama Terry à la fin du petit exposé. Je suis plus impressionné par vous que par l’ordinateur. On sent que vous savez de quoi vous parlez. Vous avez fait des études dans ce domaine ?
– Non je suis juste une grande passionnée, répondit la jeune femme en souriant.
– Eh bien le responsable a bien fait de vous mettre ici, la complimenta-t-il. Et le second ?
– Un HP Spectre à écran tactile. Avec un processeur Core i5, une mémoire RAM 8 giga-octets. Un écran de 13,3 pouces. Le premier est mieux en matière de puissance.
– Au fait je le veux pour ma petite sœur, dit-il.
– Si elle n’est dans aucun des domaines que j’ai cité alors le deuxième est bon pour elle, lui apprit la jeune femme. Le design ultra fin du Spectre est plus adapté aux filles.
Terry fit mine d’hésiter pendant quelques secondes.
– Je ne connais pas d’être plus compliqué que ma sœur, finit-il par répondre. Elle a des goûts…assez spéciaux.
La jeune femme sourit à nouveau.
– Je sais ce que c’est, admit-elle.
– Terry Djadoo, dit-il soudain en tendant la main à la jeune femme.
– Prescilla, répondit-elle.
Elle parut intimidée d’un coup.
– Écoutez Prescilla, j’aimerais ramener ces deux modèles à ma sœur pour qu’elle puisse choisir. C’est possible ?
– Vous…vous êtes le fils du président ?
Terry lui offrit son beau sourire.
– Non je suis seulement son neveu, répondit-il.
Elle resta silencieuse. Comme si elle prenait le temps d’assimiler la nouvelle.
– Prescilla ? Tout va bien ?
– Oui, répondit-elle en sortant de sa torpeur.
– C’est toi la responsable du rayon ? lui demanda-t-il.
– Non il est dans son bureau, répondit-elle. Suivez-moi.
Son téléphone se mit à sonner alors qu’il suivait Prescilla vers un bureau au fond du supermarché. Il le sortit et regarda sur l’écran. C’était sa mère.
– Allô maman ? fit-il après avoir décroché.
– Il faut que je te voie, fit sa mère sans préambule. Passe me voir demain à la maison.
Elle raccrocha aussitôt.
– Oui je suis en train d’aller voir le responsable du rayon, continua-t-il. Je ne pense pas qu’il accepterait de me laisser l’ordinateur pour que Chloé puisse le voir. Mais franchement pourquoi cette petite peste ne pourrait pas venir voir l’ordinateur elle-même et choisir ? Continue à cautionner ses caprices maman, quand je ne serai pas là, vous saurez comment gérer.
Il rangea son téléphone dans sa poche.
– Cette famille vraiment, soupira-t-il assez fort pour que Prescilla l’entende.
– C’est si chiant que ça d’être de la famille présidentielle ? demanda cette dernière.
– Vous n’imaginez pas à quel point, répondit Terry.
– J’aimerais savoir ce que c’est, fit-elle.
– Tu n’aimeras pas c’est sûr.
Ils continuèrent en silence.
Un gros monsieur sortit d’une petite porte au fond du supermarché et vint à leur rencontre.
– C’est lui le responsable du rayon, lui apprit Prescilla.
– Bonsoir monsieur, commença Terry. J’aimerais acheter un ordinateur portable pour ma petite sœur mais j’ai l’embarras du choix. Enfin elle a des goûts assez compliqués et je n’aimerais pas devoir revenir changer l’ordinateur après l’avoir payé. Est-ce que je pourrais lui ramener les deux pour qu’elle puisse choisir ?
– J’aimerais me prélasser sur une plage à Hawaï mais on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie n’est-ce pas ? répliqua le responsable.
Prescilla lui donna un léger coup de coude dans les côtes pour attirer son attention.
– Quoi ?! s’exclama-t-il.
Elle lui chuchota quelque chose à l’oreille.
– Vous ? Le neveu du Président de la République ? Eh bien enchanté, je suis le fils non reconnu de Barack Obama.
– Monsieur ne me faites pas perdre mon temps, je suis attendu, répliqua sèchement Terry en désignant la vitre par laquelle on pouvait voir le policier faire les cent pas devant la voiture dehors.
– Vous avez quelque chose pour prouver vos dires ?
Terry sortit son passeport sans se faire prier. Le gros monsieur l’examina sous tous les angles.
– Votre sœur c’est Lady Diana ? s’enquit-il enfin en lui rendant son passeport.
– Elle est trop vivante pour être Lady Diana, répondit Terry d’une voix où pointait une once de colère. Il y a une chose que je déteste plus que tout au monde monsieur le responsable du rayon électroménager ou je ne sais trop quoi : c’est qu’on me fasse perdre inutilement mon temps. Et c’est ce que vous vous employez à faire depuis deux minutes. Je vous ai posé une question simple qui requiert une réponse simple. Mais avec votre sarcasme de merde vous vous croyez plus intelligent que nous tous réunis. Vous nous sortez des noms pour qu’on sache que vous êtes un tant soit peu cultivé. Vous savez ce pourquoi vous n’êtes qu’un simple responsable de rayon dans un supermarché ? Parce que vous n’avez pas d’ambitions, vous vous contentez de ce poste de merde. Mais je suis convaincu que vous valez mieux que ça. Mais vous vous plaisez à faire votre petite loi dans un magasin qui n’est même pas le vôtre, vous noyez votre solitude dans de la nourriture grasse. Vous vous prenez pour le boss. Sauf que, monsieur le responsable du rayon, vous n’êtes rien à part un employé qu’on peut remplacer à tout moment. Vous ne valez pas plus que le portier qui va m’ouvrir la porte tout à l’heure quand je vais sortir. Même lui a plus de chance de garder son poste que vous, parce que vous, à la moindre erreur on vous éjectera comme un pilote dont l’avion est sur le point de se cacher. Je ne vais appeler personne, je ne vais me plaindre auprès du propriétaire de ce supermarché parce que je ne voudrais pas rendre votre existence encore plus triste qu’il ne l’est déjà. Maintenant monsieur le responsable du rayon, allez-vous me donner ces ordinateurs pour que ma sœur puisse faire son choix ?