Terry sourit après avoir lu le message. Il la rappela tout de suite.

– Vous connaissez le kedjenou ? lui demanda-t-il une fois qu’elle eut décroché.

– ‎Non, qu’est-ce que c’est ?

– ‎C’est un plat ivoirien à base de poulet qu’on sert avec du riz ou du atieke selon le goût de tout un chacun, expliqua-t-il. Ça vous tente ?

– ‎Tant que ça implique du poulet, je ne peux pas dire non, répondit-elle.

– ‎Alors je vous invite à en déguster ce soir à 20h, ça vous va ? Vous, moi, du kedjenou et du bon vin. Enfin le dernier reste optionnel.

– ‎Je suis preneuse, accepta Jessica.

– ‎J’enverrai quelqu’un vous chercher, promit-il. Passez un bon après-midi.

– ‎A ce soir, répondit-elle avant de raccrocher.

     Terry appela le chauffeur que lui avait assigné Achille une heure plus tôt pour ses courses, aussi bien personnelles que professionnelles.

– Venez me chercher sur l’avenue de la libération. Pas loin du restaurant Seven Ways.

     Le chauffeur arriva une quinzaine de minutes plus tard. Terry rentra à son appartement se changer. Il opta pour une tenue plus décontractée : un short, un tee-shirt et des tongs. Mais il garda sa Richard Mille pour maintenir son apparence de riche.

     ‎Il se lança dans les courses pour préparer son dîner en tête à tête avec la fille du commissaire. Cette fille avec laquelle il risquait beaucoup voire même tout. Mais il ne s’en souciait pas. Du moins pas sur le moment.

Management Labs

14h45

– Et tu as accepté comme ça ? s’écria Maylis. Tu le connais depuis à peine deux ou trois heures, continua-t-elle à voix basse.

– Connaître est un bien grand mot, répondit Jessie. Mais c’est ce qu’on va faire ce soir.

– Non vous allez manger et coucher ensemble, répliqua-t-elle.

– C’est aussi un excellent moyen de connaître l’autre, répondit sa collègue d’un air évasif. Le corps raconte bien plus d’histoires que la bouche.

     Maylis regarda son amie d’un air choqué.

– Mais on parle d’un parfait inconnu là.

– Rien de ce que tu pourras dire ne me fera changer d’avis alors arrêtons d’en parler.

– Je n’imaginais pas que tu étais ce genre de filles, souffla Maylis.

     Elle regretta ses mots quand elle croisa le regard noir que lui lança Jessica.

– Je ne comprends pas d’où nous vient cette incroyable facilité à juger les autres alors qu’on est pire, dit simplement Jessie.

     Pour éviter que cette discussion ne finisse en dispute, elle prit le téléphone et commença les prospections téléphoniques dont elle est la responsable.

Supermarché Scratch

15h02

     Son panier à la main, Terry errait dans les rayons du supermarché à la recherche des ingrédients pour son plat quand il entendit des sanglots derrière lui. Il se retourna et vit une petite fille d’à peine six ans debout au milieu de l’allée. Il s’approcha d’elle et la petite recula d’un air méfiant. Terry s’accroupit pour être à sa hauteur.

– Tout va bien, la rassura-t-il. Je ne vais rien te faire. Tu es venue avec qui ?

– Maman et Dimitri, répondit-elle de sa petite voix. Mais je ne les retrouve plus.

– Je suis sûr qu’ils te cherchent aussi, lui dit Terry. Tu veux qu’on essaie de les retrouver ensemble ?

     Elle hocha la tête. Terry se redressa et lui tendit sa main libre. La petite lui saisit l’index et le suivit.

– Jane ! s’écria une dame après qu’ils aient sillonné trois allées sans succès.

    Une jeune femme, la trentaine fraîchement entamée,  accourut vers eux en poussant son chariot. Le chariot contenait un petit garçon. La petite Jane courut dans les bras de sa mère.

– Où étais-tu passée ? lui demanda la mère.

     Jane resta silencieuse.

– Elle s’était égarée dans les rayons, intervint Terry. J’ai voulu l’aider à vous retrouver.

– C’est très gentil à vous monsieur, répondit la dame. J’ai failli faire un infarctus quand je me suis rendue compte qu’elle n’était plus derrière moi. J’ai juste eu un moment d’inattention et…

     Elle s’interrompit comme si elle avait honte.

– C’est ça les enfants madame, répondit Terry. Il faut avoir les yeux sur eux tout le temps alors que c’est impossible. Disons que c’est Dieu lui-même qui veille sur eux.

– Vous avez des enfants vous aussi ? s’enquit la dame.

– Même si je les aime beaucoup, Dieu ne m’a pas encore fait ce cadeau.

– Ah ! J’espère qu’Il le fera. Il sera entre de bonnes mains en tout cas.

     Terry sourit au compliment de la dame.

– Merci c’est gentil. Vous qui en avez, qu’est-ce que ça fait ? Je sais que je ne ressentirai pas la même chose parce que je suis un homme alors j’aimerais savoir.

– Hum beaucoup de choses, fit-elle. Déjà enceinte, selon les conditions on est hyper désespérée ou hyper contente. Moi je me suis sentie déjà comblé dès que j’ai su que j’étais enceinte de Jane. Mais c’était la première fois alors je me demandais si je serai à la hauteur de cette grande responsabilité. Comment sera-t-elle ? Je voulais une fille et je l’ai eu par la grâce de Dieu. J’ai connu un accouchement difficile,  ce qui l’a rendue encore plus précieuse à mes yeux. Mais j’ai été un peu déçu qu’elle ne me ressemble pas à la naissance. Ça m’est passé dès le premier jour. Ma vie avait un nouveau sens. Je suis une maman poule, donc je m’inquiétais tout le temps. Je me posais plein de questions. Comment leur inculquer de bonnes valeurs ? Comment leur donner la bonne éducation tout en restant gentille et proche d’eux ? Vous voyez ?

      Terry hocha la tête.

– Je prie tous les matins que Dieu me donne longue vie pour m’occuper d’eux.  C’est tellement épuisant moralement, physiquement et financièrement d’être maman… Mais il suffit d’entendre  »maman », d’avoir un sourire de leur part,  d’entendre la grande dire « maman je t’aime, tu es gentille, tu es super » et le petit me faire des câlins, pour que j’oublie toutes mes fatigues et surtout retrouver une bonne dose de courage pour continuer par avancer. Pour ma deuxième grossesse, je voulais un garçon et une fois encore, Dieu me l’a donné. C’est la joie totale. C’est ma boule d’amour lui.

      Elle fit un bisou à son fils qui semblait fasciné par un bouton de son habit.

– Sa naissance a été plutôt cool, poursuivit-elle. Vu que je m’occupe d’eux à plein temps, financièrement ce n’est pas vraiment ça pour moi, mais je ne m’en soucie même pas. Tant qu’ils vont bien, je vais bien. Je n’échangerai ma vie de maman contre rien au monde. Je passerai toute l’après-midi à vous parler de mon bonheur d’être maman, et même demain matin je n’aurai pas fini.

– Et je crois que je pourrais vous écouter jusqu’à demain, répondit Terry. Rien qu’en vous écoutant, toutes les femmes ou presque pourraient avoir envie d’être mères. Même certains hommes.

      La dame éclata de rire. Quelques personnes venues faire leurs courses eux aussi se retournèrent vers eux.

– C’est une expérience que toutes les femmes qui le méritent doivent vivre, dit-elle.

– Je suis d’avis, appuya Terry. Je m’appelle Terry en passant.

– Sandrine, répondit la dame.

– Et bien Sandrine, ce fut un plaisir de vous avoir rencontré.

– Le plaisir est partagé Terry. Et encore merci de m’avoir ramené ma fille.

– Au plaisir madame !

      Terry s’éloigna de la jolie famille pour s’aventurer dans le rayon des produits surgelés. Il choisit un bon poulet congelé et rentra chez lui.

19h30

     Terry était occupé à découper les légumes pour son kedjenou quand son téléphone se mit à sonner. Il regarda sur l’écran du téléphone posé sur le plan de travail de sa cuisine. C’était Jessie. Il décrocha tout de suite.

– Je suis déjà prête, dit-elle quand il eut décroché.