Gangster 2.0 (Partie 4)

    Son père la foudroya du regard en guise de réponse. Elle sortit du bureau en priant intérieurement que le mystérieux inconnu qui ne lui a même pas donné son prénom l’appelle.

Dans le centre-ville

Appartement de Terry

La carte de visite de Jessica Akue à la main, Terry luttait contre l’envie de l’appeler sur le champ et de lui donner rendez-vous. Puis sur un coup de tête, il sortit son téléphone et composa le numéro.

    Comme si elle n’attendait que cet appel, la jeune femme décrocha tout de suite.

– Allô, fit-elle d’une voix timide, presque enfantine.

      Terry sourit en entendant sa voix.

– Allô, comment allez-vous Jessica ?

– Je vais bien et vous ? Vous ne m’avez pas donné votre prénom.

– Je m’appelle Terry, répondit-il. Je me demandais si je devais vous appeler tout de suite ou le faire demain, ou plus tard dans la semaine histoire de me faire désirer. Puis je me suis dit que demain serait plus raisonnable. Le seul hic c’est que rien n’est raisonnable avec vous. Comment pouvez-vous être aussi belle sinon ? Et comment pouvez-vous me faire autant d’effet alors que je ne vous ai vu qu’une fois ?

      Jessie gloussa sans même s’en rendre compte.

– Vous êtes un charmeur à ce que je vois, commenta-t-elle.

– Que faites-vous ?

– Je viens juste de quitter mon père, je vais rentrer à la maison.

– Je vous invite à déjeuner si vous n’avez rien de prévu.

     Elle prit quelques secondes pour réfléchir.

– Quand ? demanda-t-elle enfin.

– Dans une demi-heure. Au Seven Ways, le restaurant.

– Je vous retrouve sur place ?

– Oui, je vous y attendrai.

     Il raccrocha puis héla un taxi.

Trente minutes plus tard…

    Jessica repéra son rendez-vous assis à une table au milieu du restaurant. Il était toujours aussi frais que dans ses souvenirs, trois demi-heures plus tôt.

    Terry se leva pour l’accueillir. Il lui tira la chaise et elle s’assit en face de lui. Ils se regardèrent en silence pendant un court moment.

– Vous êtes très intriguant, finit par lâcher Jessica. Ce n’est pas dans mes habitudes d’accepter un rendez-vous aussi…facilement mais vous…

– Je suis content que vous n’ayez pas refuser en tout cas, ça aurait été…triste. Mais puisque nous faisons dans l’inhabituel aujourd’hui tous les deux, je vais vous dire le fond de ma pensée.

– Je n’aime pas quand on tourne autour du pot de toute façon.

    Il riva ses yeux dans les siens.

– Vous me plaisez beaucoup. Depuis tout à l’heure que je vous ai vu au commissariat, j’ai tout de suite su que vous aviez quelque chose qui vous met au dessus de toutes les autres. J’ai envie de vous connaître mais j’ai aussi envie de coucher avec vous. Mon désir serait qu’on fasse les deux simultanément. Maximisons le temps parce que seconde où nous ne faisons pas ce dont nous avons vraiment envie est une seconde de perdue. Côté femme, je ne suis pas un connard, je ne compte pas vous laisser du jour au lendemain parce que j’aurai trouvé mieux (i) ou parce que je me serai lassé en chemin. Je veux vous voir aussi longtemps et aussi souvent que possible. Loin de moi l’idée d’être brut ou malpoli. Je vous respecte beaucoup. C’est juste que je trouve ridicule ces histoires de cinq rendez-vous tout en sachant qu’au cinquième rendez-vous, je serai toujours le même.

      Jessie lui sourit d’un air amusé.

– Je partage votre vision des choses, admit-elle. Si on se lance dès le premier soir et qu’après ça n’aboutit à rien, ça ne fera qu’une aventure de plus. Mais certains de vos frères prennent ça pour de la facilité, alors j’évite. Toutefois, je pourrais envisager la chose si vous promettez de ne jamais me manquer de respect, sous aucun prétexte.

– Je ne vois pas ce qui pourrait m’y pousser, répondit-il.

– Bien. Un deuxième point que j’aimerais aborder. Le mensonge. Je déteste qu’on me mente. Alors quand je vous demande quelque chose dont vous ne souhaitez pas discuter, dites le moi clairement. Ne me mentez pas. N’inventez rien.

     Une lueur inquiétante traversa le regard de Terry.

– Je vous le promets, répondit-il en la regardant droit dans les yeux.

– J’ai une question à présent.

– Je vous écoute…

    Elle se pencha légèrement vers lui.

– Qu’est-ce qui vous fait croire que je n’ai pas déjà quelqu’un dans ma vie ou encore que je veux de tout ceci ?

– Beaucoup de petits détails comme le fait que vous m’ayez donné votre numéro bien que vous connaissiez mes intentions, ou encore que vous acceptiez de me revoir seulement une heure après, ou encore que vous établissiez déjà des règles. Je continue ?

      Elle secoua la tête.

– Vous avez gagné. Je suis intéressée. Jusque-là vous n’avez dit que des choses intéressantes et, pour le moins, vraies.

     Mais la curiosité qui se lisait dans son regard ne rassurait pas Terry. Il savait qu’il allait devoir lui mentir et ce beaucoup plus souvent qu’il ne le croyait. C’était la fille du commissaire qu’il avait arnaqué plus tôt dans la journée et il allait falloir qu’il maintienne sa couverture. Malgré les conseils d’Achille, il comptait quand même fréquenter cette fille quitte à risquer sa peau.

    Il devina la question qui allait suivre quand il vit son regard s’attarder sur sa fausse Richard Mille.

– Vous faites quoi dans la vie ? Et que faisiez-vous avec mon père ?

– Je suis dans la police, les affaires internes. Je dois mener une enquête en interne sur votre père et ses hommes mais j’ai préféré l’avertir d’abord. J’aime bien dénoncer les policiers véreux mais je n’aime pas le fait qu’un bon policier perde son emploi parce qu’il aurait commis quelques bévues mineures dans l’exercice de son métier.

– C’est admirable !

– Merci. Et vous ? Que faites-vous dans la vie ?

– Je fais des études en management international, répondit-elle. J’aurai ma licence cette année. Et je suis en stage chez Management Labs.

– Félicitations !

– Ce n’est pas encore arrivé, répliqua-t-elle.

     Il haussa les épaules.

– Ce n’est qu’une question de temps.

     Le serveur vint enfin à eux.

– Vous avez fait votre choix ?

– Je veux des tortillas espagnoles, répondit Jessie.

– Et vous monsieur ? demanda le serveur à Terry.

     Il se concentra pendant quelques secondes sur le menu qu’il avait ignoré jusque-là.

– Je vais me laisser tenter par votre bonava, dit-il enfin.

– C’est un ragoût d’agneau et de pomme de terre.

– C’est parfait parce que j’ai une faim de loup.

– Vous voulez quelque chose en apéritif ?

– Ça ira pour moi, répondit Jessica.

– Pour moi aussi.

– Et en accompagnement ?

– De l’eau.

      Le serveur s’en alla avec les commandes et ils se retrouvèrent à nouveau seuls.

– J’ai une question aussi, dit Terry. Et elle peut être gênante.

– Posez toujours, répondit son interlocutrice.

– Avez-vous une quelconque maladie ? Asthme ? Drépanocytose ou toute autre maladie du genre ?

– Non.

– Des allergies à certaines choses, certains produits ?

– Pas à ce que je sache.

     Il hésita un moment avant de poser la dernière question.

– Des tabous à respecter ?

– Ne pas avoir de rapports sexuels à même le sol.

     Une dame installée à la table voisine manqua de s’étrangler avec sa salade en entendant la réponse de Jessie.

     Cette dernière lui jeta un regard amusé.

– Non mais quel genre de personnes viennent parler de rapports sexuels en plein déjeuner dans un restaurant bondé ? demanda la dame au jeune couple à voix basse.

      Elle avait posé la question en se penchant vers eux, de manière à ce que personne d’autre ne puisse l’entendre.

– Le genre qui ne se mêle pas de ce qui ne les regarde pas, répondit gentiment Terry toujours à voix basse.

– Concentrez vos oreilles et votre bouche sur votre salade madame, renchérit Jessie. Ça vous évitera d’entendre des choses qui pourraient vous empêcher de finir votre plat.

     La dame parut choquée par les propos du jeune couple. Terry se redressa et lui adressa un sourire bienveillant.

     Jessie étouffa un rire derrière son petit sac à main.

– Vous les jeunes d’aujourd’hui n’avez aucun respect pour vos aînés, grommela la dame avant de se tourner à nouveau vers son assiette.

      Le serveur arriva avec les plats et ils détournèrent leur attention de la dame. Ils mangèrent en silence en échangeant des regards complices et en jetant des coup d’œil fréquents à la dame.

    Quand ils finirent de manger, Terry réclama leur addition et celle de la dame. Il régla les deux et ils sortirent du restaurant.

– Il faut que je retourne à mon stage, dit Jessica.

– Et moi que je retourne coincer des policiers véreux, répondit Terry. Prenez le temps de réfléchir à ma proposition.

     Il appela un taxi pour la jeune femme et remit un billet de dix mille au chauffeur.

– Deposez cette jeune femme où elle veut, lui dit-il.

     Ils se firent la bise puis se séparèrent. Terry longea la rue du restaurant à pied histoire de bien digérer son ragoût. Il s’apprêtait à appeler un taxi à son tour quand son téléphone lui signala un nouveau message.

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