Gangster 2.0 (Partie 3)

– Mais je suis en bon terme avec lui donc je peux aider, enchaîna-t-il pour rassurer son patron. Je serai là en tant que son fils et non votre assistant.

– Bien. Je vais venir en personne pour lui faire signer ce contrat.

– Je vous laisse la mallette chez celui qui nettoie les toilettes.

     Il raccrocha et alla vers un monsieur qui était occupé à nettoyer le carreau. Il lui expliqua qu’un certain Me. Vignon passerait la récupérer et lui offrit un billet de dix mille pour sa coopération.

    Il sortit ensuite des toilettes et se dirigea vers le bar. Son père occupé à fouiller dans son téléphone ne le vit. Il s’assit au bar.

– Servez-moi un Cosmopolitan s’il vous plaît, dit-il au barman.

– Tout de suite monsieur, répondit ce dernier.

     Pendant que le barman mélangeait la vodka, le jus de Cranberry et autres, Terry surveillait la porte d’entrée et son père du coin de l’œil. Pour qu’il puisse assister au rendez-vous, il fallait qu’il n’aille pas trop tôt vers son père pour que ce dernier ne le chasse pas parce qu’il aurait rendez-vous. Mais il fallait aussi qu’il n’y aille pas trop tard pour que son père ne lui demande pas de l’attendre au bar le temps qu’il finisse.

   Quand il vit enfin son supérieur entrer dans le restaurant, il se leva.

– Mettez mon verre sur le compte de ce monsieur, dit-il au barman en désignant son père.

     Il se leva et marcha vers la table de son père.

– Papa ?! s’exclama-t-il d’un ton surpris quand il fut à quelques pas de la table de son père.

     Il leva la tête et vit son fils. Son visage s’illumina tout de suite.

– Terry ! l’appela-t-il.

     Il se leva et lui fit une accolade chaleureuse à son fils.

– Ça alors ! Qu’est-ce que tu fais ici ? lui demanda-t-il.

– Je devais voir des amis mais ils ne sont pas encore là. Et toi qu’est-ce que tu fais là ? Depuis quand es-tu rentré ?

     Son père s’assit et lui fit signe de s’asseoir.

– Depuis hier soir, répondit-il. J’ai rendez-vous avec un avocat ici. Il y a une maison à Cotonou que je veux acheter pour y séjourner quand je descendrai là-bas.

    Achille choisit ce moment pour se joindre à eux.

– Bonsoir messieurs, salua-t-il.

– ‎Ah maître, fit le père. Vous avez pu venir vous-même finalement.

– Il ne faut pas confier les affaires importantes aux assistants.

– ‎Jamais, répondit le père de Terry. Mon fils s’apprêtait à partir.

– Oh non il peut rester, répondit Achille. Pour qu’il puisse marcher dans les pas de son paternel, il faut qu’il apprenne de lui. Et quoi de mieux que d’assister à ce genre de réunion.

– ‎Vous avez raison, répondit le père. Et puis il approuvera mon choix. Il a toujours eu bon goût pour ce genre de choses.

     Achille prit lui-même une chaise à une autre table du restaurant et vint s’asseoir près d’eux.

– Le temps est précieux alors n’en perdons pas messieurs, fit-il en ouvrant sa mallette.

     Il en sortit les photos de la maison et les présenta à M. Elko, le père de Terry. Il admira les photos et les examina sous tous les angles possibles.

– Qu’est-ce que tu en penses fiston ?

– Papa si c’est une maison sur un lac comme je le pense, je crois que tu ne devrais même pas réfléchir.

– C’est une maison sur un lac ? demanda M. Elko à Achille.

– C’est le projet de base.

– Je signe où ? demanda M. Elko.

    Achille sortit le contrat de sa mallette et lui tendit.

– Ici, fit-il en pointant le bas du contrat.

    M. Elko sortit un stylo et s’apprêta à signer. Puis il se ravisa, les sourcils froncés.

– Vous dites que cette résidence est à Cotonou ?

– Oui, répondit Achille d’une voix hésitante.

    Il appréhendait la question qui allait suivre.

– Mais il n’y a pas de lac à Cotonou, fit M. Elko.

– Le propriétaire a acheté un terrain qui est inondé la plupart du temps à cause des pluies. Quitte à avoir un terrain inondé, autant le rendre beau et habitable. Il a donc eu l’idée de créer un lac artificiel autour de sa maison.

     Le stylo au-dessus de la feuille, le nouvel acquéreur semblait en proie à une grande hésitation.

– C’est vraiment ingénieux papa, le rassura son fils.

– En effet, appuya son complice. Vous trouverez sur place toutes les installations de sécurité qu’il vous faut pour vous rendre dans la maison.

      Sur les dernières paroles du faux avocat, il signa le contrat de vente.

– Mon client prendra contact avec vous dans les plus brefs délais pour vous faire visiter le domaine.

    Il rangea ses affaires et se tourna vers le père.

– Monsieur vous venez de faire une affaire en or, dit-il. Ce fut un plaisir de faire affaire avec vous.

     Il tendit la main au père de Terry.

– Tout le plaisir est pour moi, répondit ce dernier en lui serrant la main.

– Je vous laisse continuer votre tête à tête.

     Il se leva et sortit du restaurant.

– Alors dis-moi fiston, dit le père. Que deviens-tu ?

– Oh rien de spécial, répondit-il. Je suis toujours dans mes études.

– Tu sais quand ta mère et moi nous sommes séparés, je voulais que tu viennes vivre avec moi en Suisse pour continuer tes études. Mais ta mère a refusé, comme quoi je ne suis pas ton père biologique alors je n’avais pas à m’occuper de toi après notre divorce.

– Ah maman ! s’exclama Terry.

– Cette femme !

    Ils échangèrent un regard puis éclatèrent de rire tous les deux.

– Bon Terry, ça a été un véritable plaisir de te revoir. Mais là j’ai encore deux ou trois rendez-vous avant la fin de la journée. Si tu veux après tu pourras passer me voir. Je loge ici au Volec, chambre 320.

      Il fouilla la poche intérieure de sa veste et en sortit une liasse de billets. Il en compta une dizaine et l’offrit au jeune homme.

– Fais-toi plaisir, lui dit-il en se levant.

     Le jeune homme prit l’argent et remercia celui qui fut son tuteur pendant une bonne dizaine d’années en lui promettant de revenir le voir.

     Quand M. Elko s’éloigna, il sortit son enveloppe et ajouta les billets qu’on venait de lui offrir à ceux qu’il avait soutiré. Il sortit son téléphone et appela Achille.

     Ce dernier revint le chercher devant l’hôtel.

– Toi tu vas très vite gravir les échelons au sein du Creed, lui dit son supérieur une fois qu’il s’assit à côté de lui dans la voiture. Tu as un vrai potentiel.

– Je n’ai fait que ce pour quoi j’ai été admis au sein du Creed, répondit-il.

– Modeste en plus, fit Achille. Il y a des membres qui sont au sein du Creed depuis une dizaine d’année mais qui ne possède ne serait-ce qu’un huitième de ta capacité de réflexion. J’ai hâte de te présenter au conseil.

     On pouvait lire une certaine fierté sur son visage quand il prononçait ces derniers mots.

– J’ai hâte de connaître les autres membres du Creed, fit Terry.

– La grande réunion c’est dans deux semaines et tu as le droit de venir accompagné.

Pendant ce temps…

Commissariat du 8e district

    Jessie venait donner des nouvelles de la famille à son père. Ses parents ne s’entendaient plus. Disputes et bagarres étaient devenues leur quotidien. Alors le commissaire a choisi de quitter la maison pour offrir un semblant de tranquillité à ses enfants. Jessica, l’aînée des enfants, venaient souvent le voir pour lui apprendre comment évoluaient à la maison depuis son départ. Quand il n’était pas en mission hors du pays ou en mission tout court, il passait le weekend avec ses enfants.

– Papa, cette situation ne peut plus durer. Il faut que tu rentres à la maison.

– Pour que ta mère me fasse la peau pendant mon sommeil ?

– Il faut que tu arrêtes tes conneries, lui répondit sa fille en détachant les mots. Tu te comportes comme un ado qui quitte ses parents pour pouvoir ce qu’il veut sans être réprimander. Sauf que tu n’as plus dix-sept ans, tu en as bientôt cinquante.

– Jusqu’à preuve du contraire, je suis encore ton père, l’interrompit son père. Alors je réclame un minimum de respect quand tu t’adresses à moi.

– Le respect se donne à ceux qui posent des actes respectables, répondit Jessie. Tu me l’as appris toi-même. Tu es un vrai modèle pour moi papa. Comme toutes les petites filles, tu es mon super-héros mais là je ne te reconnais plus du tout. Tu manques à tes enfants. Les voir un weekend quand tu n’es pas à une de tes missions, ne suffit pas. Il leur faut une figure paternelle et ce, au quotidien. Mais actuellement tout ce qui t’intéresse ce sont les bars et les filles de mon âge.

– Jessica Akue ! s’écria le commissaire en tapant du poing sur la table. Ta mère te bourre le crâne de ces conneries que tu viens déblatérer ici. Je ne compte pas rentrer à la maison pour subir ses sautes d’humeur de ménopausée.

      La jeune femme prit un air choqué.

– Est-ce que tu as conscience qu’on parle de ta femme ? Celle à qui tu as juré amour et fidélité pour le restant de vos jours ?

– Tu n’étais même pas née.

     Il prit les billets que lui avait rendus Terry quelques minutes avant l’arrivée de sa fille.

– Tiens ! fit-il. Débrouillez-vous avec ça en attendant.

     Jessie lui prit l’argent et se leva. Elle voulut quitter le bureau mais elle avait une question qui lui brûlait les lèvres. A défaut de ramener son père à la raison, elle pouvait au moins se documenter sur le bel inconnu.

– C’était qui le jeune homme que j’ai raccompagné tout à l’heure ?

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