Gangster 2.0 (Partie 2)

– Merci beaucoup monsieur, répondit Terry.


– Appelle-moi Achille, répondit-il. Avant de te parler de notre fraternité, j’ai une question : est-ce que tu comptes garder contact avec cette fille ?

– Ce serait un péché de ne pas le faire, fit-il avec un sourire évasif.

     Achille sourit à son tour.

– Je vais t’enseigner ta première leçon, dit-il posément au jeune homme. Il ne faut jamais garder un quelconque contact avec ses cibles. Plus tu passeras du temps avec elle et plus tu vas devoir lui mentir. Un jour, après un mois, un an ou des années de relation, ta mémoire finira par te faire défaut, ou tu finiras par te contredire et là, elle te percera à jour. Si son père te voyait avec sa fille, combien de temps lui faudrait-il pour vérifier ton identité auprès de tes supérieurs ?

    Terry écouta attentivement tout ce lui disait Achille. Mais il savait qu’au fond de lui, personne ne pourrait l’empêcher de revoir cette fille.

– Vous avez raison, admit-il. Ce ne serait pas raisonnable et ce serait très risqué.

    Un peu comme tout ce que je fais dans ma vie, faillit-il ajouter. Mais il garda le silence.

– Parlez-moi du Creed à présent, demanda-t-il à son nouveau frère.

– Le Creed est une fraternité créée en 1994 par les frères Laskal. Ils trouvaient que ceux qui font notre boulot n’étaient pas unis. Ils se retrouvaient sur le terrain à se faire des coups tordus entre eux. Choses qu’ils pourraient éviter s’ils se connaissaient entre. Qu’y a-t-il de plus énervant pour un arnaqueur que de se faire arnaquer ? Ils ont donc créé le Credo, c’est comme ça qu’ils l’ont baptisé à l’époque. Le but était de rassembler les voleurs, les arnaqueurs, les faussaires et tout le reste sous une même direction. Que leur métier soit régit par des règles mais surtout et par-dessus tout : qu’ils puissent travailler main dans la main pour pouvoir monter des coups de grandes envergures. Le Credo a été changé en Creed, la version anglaise du mot, par l’actuel président de la fraternité. Mala Okpara. Il est Nigérian.

– Y a-t-il une hiérarchie ou il n’y a que le président ?

– Comme toute institution qui se respecte, on a une hiérarchie. Il y a le président, les membres du conseil et ensuite les autres.

– Par les autres vous voulez dire nous ?

– Je veux dire toi et d’autres membres de la fraternité. Je suis membre du conseil. Nous nous chargeons de l’admission des nouveaux membres et de l’exclusion d’autres membres. En cas de crise, on se réunit avec le président pour trouver des solutions.

– Excusez-moi mais quelle crise peut connaître une fraternité de voleurs ? Il n’y aurait plus rien à voler ? Ou il n’y aurait plus de gens assez dupes pour se faire arnaquer dehors ?

– Évite ce genre d’humour quand je te parle du Creed, répondit-il d’un ton glacial. Notre fraternité prône la non-violence. Notre devise c’est : « Pas d’armes, pas de violence. Juste des neurones et le verbe. » Aussi quand un de nos membres obtient gain de cause par la violence ou encore le sang, nous l’apprenons. Il est purement et simplement exclu de la fraternité. Cette fraternité n’existe que dans la tête et le cœur de ses membres, on n’a pas de siège social, pas de logos, pas d’armoiries, rien. Une fois par an on se retrouve dans un lieu choisi par le conseil. Un grand dîner de gala et le reste de l’année, chacun gère des choses dans l’intérêt de la fraternité. Aussi les ex-membres mécontents qui essaient de révéler notre existence, nous leur réservons un sort très spécial. J’espère que tu n’auras pas à le connaître. Des questions ?

    Terry ne répondit pas tout de suite. Prenant le temps d’ingurgiter les informations qu’on venait de lui servir à propos du Creed.

– Sur quels critères recrutez-vous vos membres ?

– ‎Vous connaissez l’expression se faire « se faire coiffer au poteau » ? lui demanda Achille.

    Terry hocha la tête.

– Le Creed est un rassemblement de l’élite de l’arnaque et du vol. Alors quand quelqu’un arrive à coiffer un de nos membres au poteau, il est signalé et une invitation lui est envoyée automatiquement par le conseil. Après le test. Il est admis. Ou pas.

     La voiture s’arrêta devant l’hôtel Volec, le seul hôtel quatre étoiles en ville.

– J’ai rendez-vous avec un client ici, dit Achille. Je dois lui vendre une résidence à Cotonou. Enfin je dois lui faire signer un contrat de vente, puisque je ne suis que l’avocat qui me charge du dossier.

    Il prit la mallette qu’il avait passé à Terry pour son test et l’ouvrit. Il en sortit un dossier qu’il lui tendit.

– Ce dossier contient tout ce que tu as besoin de savoir sur la résidence, lui dit-il. Je vais prétendre être indisponible et je dirai au client que j’enverrai mon assistant. Tu te sens à la hauteur ?

    Le jeune homme ouvrit le dossier et regarda les photos de la maison.

    ‎C’était une grande maison blanche. Elle était de couleur blanche avec un toit en tuiles verts. Le seul hic était la grosse flaque d’eau qui entourait la maison.

– La ruelle où se trouve cette maison est inondée cinq mois sur douze. Tous les travaux effectués pour essayer de dompter l’eau n’ont servi à rien puisque la maison a été construite sur un terrain marécageux. Le propriétaire veut s’en débarrasser à tout prix. Cette grosse flaque d’eau que tu vois sur la photo est notre seul problème.

– Quelle flaque d’eau ? demanda Terry, comme s’ils ne regardaient pas la même photo.

      L’incompréhension se fit lire sur le visage de son supérieur.

– Comment ça ? s’enquit-il.

– Moi je ne vois pas de flaque d’eau monsieur, répondit-il. Je ne vois qu’une maison construit sur un lac. Tout est une question de perspective.

     En effet, de l’angle où a été pris le cliché, on ne dirait pas une flaque d’eau puisque l’eau allait jusque sous les murs de la maison.

– J’étais persuadé qu’il nous fallait un regard neuf pour vendre cette maison, lui avoua Achille. Mais comment ferais-tu si le client veut aller vérifier sur place ?

– Je ferai en sorte qu’il signe sans vérifier, répondit-il d’un air confiant. Quelque chose de personnel sur le client ?

– Il adore les chiens. Je couvre tes arrières. En cas de complication, appelle-moi.

     Terry hocha la tête. Il feuilleta le dossier et mémorisa ce qu’il faut mémoriser.

– Je suis prêt ! annonça-t-il au bout de cinq minutes.

– Relis tout une deuxième fois, exigea Achille. Tu n’as pas droit à l’erreur.

– Faites-moi confiance monsieur, répondit-il.

– J’insiste.

    Terry rouvrit le dossier et le relut à contrecœur. Quand il le referma pour la deuxième fois, Achille sortit son téléphone pour appeler le client.

– Bonjour monsieur, salua d’un ton courtois. C’est Me. Vignon. Je voulais vous dire que je suis sur le point de quitter Lomé pour l’intérieur du pays. Une urgence familiale. Mais j’ai confié le dossier à mon assistant. Il le maîtrise aussi bien que moi et il dira ce qu’il faut savoir.

      Il raccrocha quelques secondes après. Il donna le feu vert à son protégé.

– Sois prudent ! lui dit-il en lui ouvrant la portière de l’intérieur. Il est à la table 8.

     Terry mit pieds à terre, boutonna sa veste et pris la mallette de son patron. Il fit un pas en arrière pour laisser partir la voiture. Tout en perfectionnant mentalement son plan d’attaque, il poussa la porte vitrée de l’hôtel. Il ouvrit le navigateur de son téléphone et googla rapidement des photos de chiens qu’il téléchargea. Il mit l’une des images sur son fond d’écran. Il se dirigea vers la réception de l’hôtel et demanda où se trouvait le restaurant. On lui montra une porte à double battants en bois massif au fond du grand hall de l’hôtel.

     D’une démarche sereine, il se dirigea vers la porte indiquée. Le portier la lui ouvrit la porte. Le restaurant de l’hôtel était grand et somptueux avec un sol en marbre et un haut plafond où pendaient des lustres. Les tables étaient bien présentées et disposées assez loin les unes des autres histoire que les curieux ne puissent pas écouter les conversations de leurs voisins.

– Où est la table 8 ? demanda Terry au portier.

    Il regarda la table que lui indiqua ce dernier. Son cœur manqua un battement quand il découvrit l’identité de son client.

– Où sont les toilettes ? enchaîna-t-il.

   Il se dirigea vers les toilettes et ressortit son téléphone. Il appela Achille.

– Déjà ? s’enquit ce dernier en décrochant. Quelle est l’urgence.

– Monsieur, cette affaire est vouée d’avance à l’échec si je me pointe.

– Comment ça ?

– Le client en question, c’est mon père.

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