Je m’appelle Tatiana (Part XL)

Trois mois plus tard…

   Mes séances avec le docteur Rama ont commencé à porter leurs fruits. Je ne pensais quasiment plus à ce que m’a fait Dwight. Je pensais plus à l’enfant qui grandissait en moi. Je pensais à comment m’en occuper, je lisais des livres sur comment devenir une bonne mère. Je consacrais mon temps à moi-même et à mes proches.

    Tavio a fini par accepter que nous allions habiter avec notre père. Je vivais donc entourée de gens que j’aime. Jayde passait me voir aussi souvent que lui permettait son emploi du temps.

    Je n’avais pas revu Dwight depuis cette fameuse discussion à l’hôpital et je ne pouvais pas rêver mieux. J’étais enfin en paix avec moi-même, je dormais la nuit sans faire de cauchemars, je marchais dans la rue sans avoir peur de me faire agresser et surtout, cette sensation de vide en moi avait disparu.

    Je n’ai plus jamais entendu parler d’Imelda. Je me demande comment font les gens pour disparaître aussi brusquement et aussi bien.

    Alex a repris son entraînement pour la maîtrise de ses pouvoirs.

    Ma relation avec Youss était devenue inébranlable. Avec tout ce que nous avions traversé ensemble, plus rien ne pouvait nous séparer. Il m’accordait chaque petite seconde qu’il avait de libre. Ça soulageait le poids de la distance. Il m’encourageait dans tout ce que j’entreprenais pour moi-même ou pour le bébé. Je retrouvais petit à petit le sourire. Que pourrais-je demander de plus ? Une famille qui m’aime et me soutient, un petit ami qui est aux petits soins avec moi malgré la distance, un enfant sur le point de naître…
     Posée devant mon ordinateur par un bel après-midi de février, je me mis à rédiger le tout premier article du blog que j’avais créé pour partager mon expérience. Il me fallait en parler parce que très peu le font. Moi j’ai choisi de ne pas garder le silence. Pour certains, ce ne seront que des mots. Pour celles qui sont déjà passées par là ou qui y sont toujours, ce seront des mots qui décrivent leurs maux.
     Bonjour, je m’appelle Tatiana. J’ai vingt ans et je me suis faite violer à une fête. Voici ce que j’ai à te dire, toi, victime de viol.

     Se faire violer, c’est une chose que j’entendais sans vraiment y croire. Je me disais comment quelqu’un peut coucher avec toi sans ton consentement ? J’étais naïve. J’ignorais à quel point l’être humain pouvait être mesquin et rusé mais je l’ai appris à mes dépends.

   Aujourd’hui grâce au soutien de mes proches et au travail de ma psy, je m’en suis sortie. Aujourd’hui, je veux être là pour toi qui es dans le même cas. Je veux te parler.

    Je sais bien que tu as honte de toi. Tu te sens sale. Tu te dégoûtes. Tu te sens coupable, comme si c’était de ta faute ce qui t’est arrivé. Plus rien n’a plus d’importance à tes yeux. La vie n’a plus de sens pour toi. Tu ressens un grand vide en toi. Tu t’endors le soir en souhaitant ne pas te réveiller le matin. Ou tu te réveilles au milieu de la nuit, trempée de sueur, après t’être battue dans tes cauchemars. Les activités quotidiennes sont devenues une véritable croisade pour toi. Se brosser les dents ? Prendre une douche ? S’habiller correctement ? A quoi bon si c’est pour que quelque me trouve jolie et tente encore de me voler le peu de dignité qu’il me reste ?

    Les gens autour de toi ne te comprennent pas. Ils ignorent tout de ce que ça te coûte de te tenir devant eux et de leur parler comme si de rien n’était. Ils ignorent à quel point c’est dur pour toi de te lever le matin et d’aller en cours ou au boulot comme si ce n’était qu’un lundi comme les autres. Tu te renfermes sur toi-même. Tous les citrons que la vie t’offre, tu n’en fais pas de la limonade, tu les gardes. Tu les stockes dans un coin de ton esprit. Ils commencent à pourrir et par la même occasion, ils pourrissent ton esprit. On dit que le temps arrange les choses, mais ça semble être l’inverse chez toi parce que plus le temps passe, plus tu t’enfonces dans ce gouffre sans fond.

   Maintenant tu te sens plus bas que terre. Les heures, les jours, les mois voire les années n’ont rien arrangé, au contraire. Tu manges beaucoup trop ou tu ne manges plus vraiment. Tu t’adonnes à des actes d’autodestruction sans même t’en rendre compte. Tu songes au pire, tu songes à en finir. Tu penses à laisser toute cette douleur derrière toi. Si je mets fin à mes jours je ne ressentirai plus rien, te dis-tu.

    Mais avant que tu n’en arrives là, j’aimerais t’apprendre une chose :

– Tu n’es pas seule. Tu ne le seras jamais.

    Avant que tu ne commettes l’irréparable, je voudrais te rappeler une chose :

– Il y a plein de gens qui tiennent à toi et qui se soucient de toi.

    Aussi insurmontable que cela puisse paraître, on s’en sortira ensemble. Mais pour ça il va falloir que tu prennes le peu de courage qui t’a aidé à survivre jusqu’ici à deux mains. C’est fait ? C’est très bien.

     Tu as enfermé tes maux dans un silence assourdissant. Mais ce silence te consume à petit feu chérie. Tu as porté cette croix toute seule pendant tout ce temps. Mais cette croix pèse une tonne et à force de la traîner tous les jours, tu as le dos courbé. N’es-tu pas fatiguée de te battre toute seule ? N’es-tu pas fatiguée d’être la seule à pleurer en silence pendant que tout le monde dort ? N’es-tu pas fatiguée de sursauter pour des choses qui jadis te faisaient rire ? N’aimerais-tu pas retrouver ce sourire que tu revois souvent sur tes vieilles photos ? Oui ? Tu es sur la bonne voie.

     Maintenant choisis une personne de ton entourage. Quelqu’un en qui tu as totalement confiance et qui te fait confiance aussi. Quelqu’un qui ne te juge pas. Tu l’as trouvé ? Maintenant tu peux lui en parler. Tu peux lui raconter ce qui t’est arrivée. Je sais que cela semble difficile, voire impossible mais tu peux le faire. Rappelle-toi que cette personne ne te jugera pas. A présent, livre-toi. Si tu ne supportes plus le son de ta voix, ou si les mots restent coincés dans ta gorge, écris le sur un bout de papier et donne le à la personne. Ou envoie-lui un message sur l’un des nombreux services de messagerie que tu ne calcules plus vraiment depuis un moment. C’est un grand pas vers la renaissance.

     Mais ce grand pas n’est que le tout premier de plusieurs que tu devras faire non seulement pour toi et ta renaissance mais aussi pour les gens autour de toi, pour ceux qui comptent sur toi, ceux qui tiennent à toi. Ton deuxième pas sera de voir un psychiatre. Malgré le soutien de la première personne à qui tu en as parlé, il te faut l’aide d’un(e) professionnel(le) pour comprendre ce qui t’arrive et espérer t’en sortir vraiment.

    Tu es sur la bonne voie à présent. Tu n’es pas seule, je suis avec toi. Ceux à qui tu as choisi d’en parler aussi le sont. Et tous ceux qui, avant toi, sont déjà passés par là sont eux aussi avec toi. Tu vois ? Je t’avais dit qu’on n’était pas seules. Alors choisis la parole au silence. Choisis d’agir pour aller mieux parce que tu as encore beaucoup de belles choses à vivre…



    Je m’appelle Tatiana. C’était mon histoire.
                                 Fin

10 commentaires sur “Je m’appelle Tatiana (Part XL)

  1. J’aurai voulu que ça ne finisse jamais mais toutes les bonnes choses ont toujours une fin. Un 10/10 à cet ouvrage et un 5étoiles pour la qualité et la créativité qu’il a put m’apporter

  2. Tatiana ton histoire est Je ne dirai pas belle ,surtout au début mais autant le courage qu’ il t’a fallu pour le faire, autant ça a été beau de te voir te reprendre en main ,et cela la remplit de leçons de vie.
    Merci de l’avoir partagée Avec nous.

    Force à toi Paul. C’ était juste ouf ! Du bon boulot 👌

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