Je m’appelle Tatiana (Part XXXVII)

« Mes proches et Dieu sont mes nageoires, je ne peux pas couler. »

Josman

     Il avait crié si fort que tout le monde avait sursauté. Heaven se mit à pleurer. Je la berçai jusqu’à ce qu’elle se calme à nouveau.

– Je te comprends fiston, dit mon père. Mon but n’est pas de vous séparer, loin de moi cette idée. Mais est-ce que tu sauras t’occuper d’une femme enceinte ?

– On s’est toujours débrouillé seuls tous les deux, alors oui je saurai m’occuper d’elle. Je l’emmènerai à ses rendez-vous à l’hôpital et tout le reste.

– Tu vas laisser tes cours pour t’occuper d’elle à plein temps ?

– S’il le faut, oui.

– Mais là on ne parle plus d’ados, on parle d’un bébé. C’est beaucoup de boulot un enfant. Si le problème est que tu sois séparé de ta sœur, tu peux venir habiter avec nous toi aussi. Vos chambres sont toujours là.

– Arrêtez de parler de moi comme si j’étais absente, je déteste ça. Et je ne suis pas invalide alors je n’ai pas besoin qu’on s’occupe de moi.

     Nier l’évidence pour ne pas paraître faible.

– Mais je n’ai pas envie d’habiter avec vous ! s’écria-t-il, ignorant mon intervention. Excuse-moi Marielle. Ce n’est pas contre toi. Tu es vraiment quelqu’un de bien et tu cuisines merveilleusement bien. Papa a beaucoup de chance de t’avoir. Le problème c’est que toutes les femmes qui ont tenté de s’occuper de nous deux ont fini par s’en aller. Il n’y en a pas qu’une seule ou deux. Elles sont toutes parties. Absolument toutes. Je n’ai pas envie que tu finisses par quitter mon père à cause de nous. Nous ne sommes plus des enfants et papa mérite d’être heureux, qu’on s’occupe de lui comme il a pu le faire avec nous.

      J’étais du même avis que lui.

– D’où sors-tu de telles sottises ? lui demanda papa.

– J’ai des yeux pour voir, un cerveau pour analyser papa et j’ai appris à compter, répondit-il. Il y a eu douze femmes en tout. Les nounous et tes copines comprises. Marielle est la bonne et je ne veux pas qu’elle finisse par s’en aller elle aussi.

– Calmez-vous s’il vous plaît, intervint Marielle. Tavio je suis flattée par toutes les belles choses que tu viens de dire à mon égard. Mais crois-moi, je ne compte aller où que ce soit pour je ne sais quelle raison. Je suis venue pour rester. Tu viens de dire toi-même que je suis la bonne alors pourquoi m’en irais-je ? C’est moi qui ai soumis l’idée à votre père. Et ce n’est pas quelque chose qu’on vous impose. C’est une suggestion. J’aimerais juste garder un œil sur toi Tatiana. M’assurer que ta grossesse se passe le mieux possible. Et aussi en cas de problème, on sera plusieurs à s’occuper de toi. C’est une proposition qu’on vous fait. Alors discutez en entre vous et tenez-nous au courant.

     Je soupirai, soulagée. Elle avait le don de désamorcer les situations houleuses.

– Quelle est la deuxième décision que tu as prise ? m’enquis-je.

– Je veux te faire suivre des cours par correspondance. Enfin si ça te dérange d’aller en cours avec le ventre.

– Non ça ira ne t’inquiète pas pour ça, répondis-je. Je n’ai pas honte de porter ma grossesse. Et puis ça me fera de l’exercice.

– Très bien, fit-il. Passons à table à présent. J’espère que vous avez faim.

– Moi je meurs de faim, couinai-je.

                                 ***

*

Le lendemain

     Je me rendis à la clinique pour mon premier rendez-vous avec Rama. On m’indiqua son bureau. Elle se trouvait au troisième étage de la clinique. Je devais donc prendre l’ascenseur pour m’y rendre. Je n’étais pas trop fan des ascenseurs mais je ne me sentais pas d’attaque pour monter les marches. Je m’engouffrai dans la cabine à contrecœur.

   Si Youss n’avait pas insisté, je n’allais sûrement pas être là. Bien que ce ne soit pas de ma faute si je me suis fait violer, j’avais toujours honte. Je me sentais toujours sale et souillée. Et j’étais insatisfaite quant à ma vengeance sur Dwight.

    Je caressai du bout du doigt son crucifix que j’avais mis autour du coup pour me donner du courage. Le savoir quelque part en prison ou dans un asile me rassurait un tant soit peu. Peut-être qu’avec l’aide du docteur Rama, j’allais enfin me défaire de ce sentiment de honte profonde et d’impureté. Je ne serais peut-être plus la même qu’avant, mais au moins j’irai mieux. Je retrouverai confiance en moi. Je ne pourrais pas élever mon enfant en gardant mes névroses. Le soutien de mes proches m’aidait à me garder à flot, mais sur le long terme je finirai par sombrer.

     La cabine s’immobilisa au deuxième. Les portes s’ouvrirent pour laisser entrer un monsieur. Elles furent sur le point de se refermer quand quelqu’un les bloqua. Elles se rouvrirent. Je m’aplatis contre la paroi de la cabine quand je vis celui qui venait d’entrer.

– Tatiana, dit-il.

– Dwight.

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