Je m’appelle Tatiana (Part XXXVI)

– On a affaire à un fœtus pudique, nous annonça le docteur.

– Comment ça ? s’enquit Youss.

– Il cache son sexe, répondit le docteur.

     Nous éclatâmes de rire.

– C’est fréquent ? demandai-je quand je repris mon souffle.

– Oui, répondit-il. Connaître le sexe du bébé dépend de la position que ce dernier adopte dans le ventre. Mais ne vous inquiétez pas, avec un peu de chance il changera de position d’ici la prochaine échographie.

     Il retira l’appareil et l’éteignit.

– Je vous laisse vous rhabiller, me dit-il en retirant ses gants. Je vous attendrai dans mon bureau pour vous présenter à la psy qui vous aidera.

     Il vida la salle. L’infirmière me tendit un mouchoir jetable pour essuyer le gel sur mon ventre. Elle emboîta ensuite les pas du docteur.

    Je replaçai le téléphone devant moi pour faire face à mon homme. Il avait toujours cette expression béate sur le visage.

– C’est bon redescendez sur terre monsieur, lui dis-je en claquant des doigts.

– Même si ce bébé n’était pas au programme, tu fais de moi l’homme le plus heureux de la terre. Je n’imaginais pas pouvoir être heureux si loin de toi.

    Il disait souvent de si belles choses que des fois il m’arrivait de douter de sa sincérité. Je ne suis pas de nature romantique, je ne croyais pas au grand amour alors tout le bonheur qu’il me procurait me faisait peur des fois.

– Ne me fais pas pleurer s’il te plaît, lui dis-je. Même si je n’ai pas encore oublié tout ce que j’ai vécu ces derniers jours, savoir que tu me comprends et que tu me soutiens représente un grand pas pour moi vers la guérison.

– Ne t’inquiète pas, répondit-il. Continue juste de prier. Prie pour toi, pour moi, pour nous deux et pour le bébé. Je ferai de même.

– Je le ferai, répondis-je. Il faut que je te laisse. Le docteur m’attend. Je t’appelle quand je rentre.

     Je raccrochai puis troquai la blouse contre ma robe. Je pris mon sac à main et rejoignis le docteur, qui m’attendait dans le couloir. Une femme, en blouse blanche elle aussi, se tenait à côté de lui.

– Bonjour madame, saluai-je.

– Vous devez être Tatiana, me dit-elle, me tendant la main.

    Je serrai chaleureusement sa main.

– C’est bien moi, répondis-je.

– Je suis le docteur Rama Ade, se présenta-t-elle. Mais vous pouvez m’appeler Rama. J’aimerais bien être votre psy si vous acceptez d’être ma patiente.

– C’est si gentiment demander que je ne peux pas refuser, répondis-je.

– Bon je vous laisse, nous prévint le docteur Amela. Prenez soin de vous Tatiana.

– Merci beaucoup docteur, répondis-je. Merci pour tout.

    Il me gratifia d’un sourire et s’en alla.

– Quand voulez-vous qu’on commence ? me demanda la psy.

– Le plus tôt possible.

    Elle consulta son emploi du temps sur son smartphone.

– J’ai un créneau demain entre 14 et 15h.

– Ce sera parfait.

– Demande d’après le docteur Rama Ade à la réception quand tu seras là. On t’indiquera mon bureau.

– C’est noté. Merci beaucoup docteur.

– ‎Appelez-moi Rama ! répondit-elle avant de s’éloigner.

***

– Votre père ne va pas tarder, nous dit Marielle en sortant de la chambre à coucher.

     Cela faisait une bonne demi-heure qu’on l’attendait dans le salon. Heaven, notre petite sœur, avait grimpé sur mes genoux dès qu’elle m’a vu. Elle était toute calme.

– Qu’est-ce qu’elle a ? demandai-je à sa mère. D’habitude elle fout le bordel dans la maison.

– Elle fait un peu de fièvre depuis ce matin, répondit-elle en s’asseyant en face de nous. Mais je lui ai donné quelque chose et elle va mieux.

– Ça va passer chérie, dis-je à la petite en lui faisant un bisou sur le front.

     Mon père se joignit enfin à nous.

– Les enfants ! lança-t-il en guise de salutation.

     Il s’assit à côté de sa femme.

– Comment allez-vous ?

– Bien, répondis-je.

     Tavio garda le silence.

– J’ai eu toute la journée pour réfléchir, commença-t-il. Je parle de ta grossesse.

     Je hochai la tête.

– Oui.

– Je dois t’avouer que je suis un peu déçu par la nouvelle. Surtout de l’apprendre de la bouche de votre génitrice.

– Cette femme m’a suivi de la pharmacie jusque dans ma salle de bain papa, répondis-je. Je n’ai pas choisi de lui dire.

    Il écarquilla les yeux mais n’en dit rien.

– Je sais que ça devait arriver mais j’espérais que ce serait à un âge raisonnable. Je veux dire tu as à peine vingt ans, tu n’as même pas encore ta licence et…

    Sa voix s’éteignit.

– Quoi qu’il en soit, tu restes toujours ma fille et je t’aime toujours autant. Et comme tout père aimant, je ne veux que ton bien. Aussi ai-je pris quelques décisions. Mais avant tout, qui est le père ?

– Youssouf, répondis-je.

– Le meilleur ami de ton frère ?

– Oui.

– Eh ben ! Il n’est pas censé être en France lui ?

– Si. Mais c’est arriver avant son départ…

    Il jeta un regard interrogateur à Tavio.

– Est-il au courant ? continua-t-il.

– Oui je lui ai appris ce matin. Il voulait même t’appeler pour te l’annoncer lui-même.

– Il a du cran, dit-il en hochant la tête d’un air admiratif. Il faudrait que je lui parle et que je rencontre sa famille.

– Je t’enverrai son numéro, répondis-je.

– Écoute tu es la jeune fille la plus responsable que je connais. A toi toute seule tu t’es occupée de ton frère et de toi-même et ce, dès ton jeune âge. Je t’admire et je te suis reconnaissant pour ça. Je sais que si tu avais eu le choix, tu ne serais pas enceinte à vingt ans. Les imprévus ça peut arriver et il y a de ces imprévus qui vous chamboulent merveilleusement la vie. Vous en êtes la preuve vivante. Alors je ne peux pas trop t’en vouloir.

– Merci papa, répondis-je ne sachant trop quoi dire.

– J’ai pris deux décisions. La première c’est que tu viennes vivre avec nous pour que Marielle puisse veiller sur toi et ta grossesse.

– Il n’en est pas question ! trancha vivement Tavio.

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