Je m’appelle Tatiana (Part XXXV)

– Viens-tu de dire que tu es enceinte de moi ? Ou j’ai mal compris ?

– Non je n’ai rien dit de telle, répliquai-je d’un air amusé. Je dis juste que je vais avoir un bébé dans quelques mois, repris-je. Et tu es le père de ce bébé.

      Il prit une minute pour assimiler ce que je venais de lui dire.

– Mais comment ça se fait ? me demanda-t-il enfin. Je veux dire, tu prends toujours tes pilules après nos ébats.

– Tu te rappelles notre dernière nuit ensemble ?

– Oui oui.

– J’étais tellement déprimée après ton départ que je me suis endormie directement. A mon réveil, j’ignorais si je l’avais prise ou pas. Mais vu que je le prenais toujours, j’ai cru l’avoir fait.

– Et pourquoi tu ne m’as rien dit depuis ? Ça va bientôt faire trois mois que je suis parti…

– Mais je l’ignorais, répondis-je. J’avais toujours mes menstruations. Je n’ai aucun symptôme de grossesse. Je n’ai pas de nausée matinale, pas de vomissements, pas de bouffée de chaleur… C’est vrai que j’ai pris du poids et mes seins aussi mais je mettais ça sur le compte de la vie routinière que j’ai mené ces derniers mois. Bref je n’ai presque rien qui laisse penser que je suis enceinte. Quand le gynéco me l’a dit, je me suis dit qu’il devait se tromper, surtout qu’il ne m’avait pas fait de prise de sang ou d’échographie. Mais ça me travaillait alors ce matin j’ai acheté un test de grossesse pour en avoir le cœur net. Le docteur m’a dit que la grossesse n’était pas récente donc il n’y a pas moyen que ce soit de ces porcs.

      Je retirai le téléphone de mon oreille pour lui envoyer une photo du test que j’avais gardé dans ma poche.

– Hum, fit-il. Donc s’il n’y avait pas eu cette histoire de viol, tu n’aurais jamais su que tu étais enceinte ?

– Exactement.

– Quoi que tu décides de faire, je te soutiens. Tu le sais très bien.

– Oui, répondis-je. Mais l’avortement n’est pas dans mes options. Surtout que cette grossesse est de toi…

– Donc je vais vraiment être papa ? s’enquit-il avec une pointe d’enthousiasme dans la voix.

– Oui. Et tu seras un bon père si tu traites ton enfant comme tu me traites.

– Je compte mieux le traiter que toi, répondit-il. Mais du coup, comment vas-tu annoncer ça à ton père ? Tu veux que je le fasse ?

– Non t’inquiète, répondis-je. Il est déjà au courant.

– Comment ça ?

    Je lui racontai la réunion familiale improvisée à laquelle j’avais assisté quelques heures plus tôt.

– Soit elle est vraiment maladroite ta mère ou soit elle l’a fait exprès, commenta-t-il.

– Elle l’a fait exprès cette salope, répliquai-je. Elle s’est juste servi de ma grossesse comme exutoire. Elle ne voulait pas être confronté à ses actes.

– Fais attention à cette femme, me dit-il.

– Mon père l’a chassée de toute façon, elle risque plus de venir m’importuner. Alors ne t’inquiète pas pour moi.

– D’accord.

– Bon chéri, il faudrait que je te laisse. Je dois prendre rendez-vous avec le docteur.

– Tiens-moi au courant !

– Promis. Et vraiment merci pour tout. Je ne sais pas ce que je ferai sans toi…

     Il gloussa.

– C’est tout à fait normal, répondit-il. Prends juste soin de toi…

– Bisous !

     Je raccrochai et poussai un long soupir. Cette discussion avait pris une bien meilleure tournure que ce que j’avais espéré.

    Il me fallait maintenant ranger le bazar que j’avais créé. Je remis le canapé à sa place et y replaçai ensuite les coussins.

    ‎Après avoir pris une douche, j’appelai directement le docteur.

– Bonjour docteur, fis-je poliment. C’est Tatiana.

– ‎Comment allez-vous ?

– ‎Je vais bien. Je me sens prête à présent, lui dis-je sans attendre. Je veux bien en savoir plus sur ma grossesse et je veux bien voir ce docteur à qui vous aviez dit vouloir me présenter.

– ‎Eh bien passez à la clinique le plus tôt possible, répondit-il d’un ton enthousiaste.

– Je serai là d’ici une heure.

      Je mis fin au coup de fil. Je me préparai à sortir quand Jayde revint à la charge.

– On est plus tard là, me fit-elle remarquer alors que je rangeais quelques affaires dans mon sac à main.

– Que veux-tu savoir ? répondis-je sans lui accorder un seul regard.

– D’abord qui est le père ?

– Youssouf, mon mec.

    Elle s’approcha.

– Est-il au courant de tout ceci ? me demanda-t-elle à voix basse comme si quelqu’un dans la pièce risquait de nous entendre.

     Nous étions seules.

– Tu parles du viol ?

– Oui.

– Oui il est au courant de tout ceci, répondis-je.

     Elle prit une minute pour formuler la question suivante.

– Qu’est-ce qu’il pense de tout ceci ?

     Je me fis violence pour ne pas lever les yeux au ciel. Je me tournai vers elle.

– Je sais qu’on a beaucoup à rattraper toutes les deux, lui dis-je. On a tout le temps pour ça. Mais là, il faut vraiment que j’y aille tu comprends ?

– Parfaitement, répondit-elle en hochant la tête. Il faut que je rentre aussi. Je ne serai pas là  à ton retour du coup. Mais je repasserai plus tard.

– Ça marche, acquiesçai-je en l’embrassant rapidement.

    Je me postai devant le miroir et aplatit le devant de ma robe pour voir si la grossesse se faisait voir. Mon ventre était légèrement rebondi. Je l’avais remarqué depuis un moment mais je pensais que je prenais juste du poids et que quelques séances d’abdos le ferait disparaître.

     Je sortis de la maison. Je me rendis à la clinique en priant pour que ce ne soit pas là où mon père avait sa réunion. Je me rendis directement devant le bureau du docteur Amela. Je toquai à la porte en priant pour qu’il ne soit pas en rendez-vous.

– Entrez ! lança-t-il.

     J’entrai dans la pièce sur son invitation. Il était assis derrière son bureau.

– Asseyez-vous, me dit-il en me montrant le siège en face.

    J’obtempérai.

– Je suis vraiment content que vous m’ayez recontacté, commença-t-il. Je commençais à m’inquiéter.

– Vous n’aviez pas de raison, répondis-je. Je devais régler quelques trucs. C’est fait. Je veux en savoir plus sur ma grossesse.

– Je vais d’abord vous faire une prise de sang pour quelques analyses et ensuite , si vous vous sentez prête, je vais vous faire une échographie.

– D’accord, répondis-je.

    Il saisit le combiné sur son bureau et passa un coup de fil.

– Préparez la salle d’échographie, dit-il avant de raccrocher.

    Il leva le regard vers moi.

– Le père ne viendra pas ?

– ‎Non il n’est pas ici, répondis-je. Il est en France. Mais je vais lui proposer d’y assister par un appel vidéo.

– ‎Très bonne idée, commenta-t-il. À part ça comment vous sentez-vous vraiment ?

– Mieux depuis la dernière fois que je suis passée, répondis-je.

    Je sortis mon téléphone de mon sac à main pour envoyer un message à Youss.

– Venez avec moi, me dit le docteur.

    Je le suivis dans une salle différente de celle où il m’a examiné la première fois. Une infirmière nous y attendait. Il me laissa seule avec l’infirmière.

– Vous avez peur des aiguilles ? me demanda cette dernière.

– Pas vraiment, répondis-je en secouant la tête.

     Je changeai d’avis quand je vis prendre la grosse seringue posée sur un plateau.

– C’est avec ça que vous comptez me prélever le sang ? lui demandai-je en désignant la seringue.

– Oui, répondit-elle.

– Il vous en faut autant ?

     Elle m’adressa un sourire rassurant.

– Vous ne sentirez rien, me dit-elle. Tendez le bras.

     J’obéis. Elle noua une élastique autour de mon bras. Elle prit un peu de coton, l’imbiba d’alcool et me nettoya une partie de l’avant-bras à la recherche d’une veine. Quand elle la trouva enfin, elle prit la seringue sur le plateau.

– Attention je vais vous piquer, me prévint-elle en approchant l’aiguille.

     Elle me plongea lentement l’aiguille dans la veine. J’eus un petit mouvement de recul.

– Désolée, fit-elle.

     Elle se mit à tirer doucement le piston de la seringue jusqu’à ce qu’elle se remplisse de mon sang. Elle retira ensuite l’aiguille de mon bras, le remplaçant par un bout de coton. Elle couvrit la seringue avec son bouchon puis mit un sparadrap sur le coton qu’elle m’avait laissé sur le bras.

     Elle sortit de la pièce, le plateau à la main. Elle revint une minute plus tard avec une blouse.

– Mettez ceci, me dit-elle en me la tendant. Le docteur va venir d’un moment à l’autre.

    Elle ressortit de la salle pour que je me change.

    Si  j’avais deviné une seule seconde qu’il voudrait me faire une échographie, j’aurais porté un pantalon et un tee-shirt. Je retirai ma robe et enfilai la blouse contre mon gré. Mon téléphone à la main, je m’allongeai sur le lit et me couvrit les jambes avec une couverture. J’appelai enfin mon homme sur FaceTime. Il décrocha tout de suite.

    C’était la première fois que je le voyais depuis son départ. Il avait changé. Il avait laissé pousser sa barbe, ce qui le rendait plus beau et plus que jamais.

– Qui t’a donné le droit d’être aussi beau loin de moi ? m’enquis-je.

– Et toi qui t’a donné le droit d’être aussi sexy sans moi dans les parages ?

– Tout m’est permis, répondis-je. Toi par contre, tu dois être comme je veux que tu sois. Il n’est pas question que d’autres filles admirent cette belle gueule. Je pense à te faire tatouer mon nom sur le front.

     Il éclata de rire.

– Je suis très sérieuse, continuai-je en riant à mon tour.

– Non mais sérieux je n’ai jamais vu une femme enceinte aussi sexy auparavant, dit-il quand il s’arrêta.

– Attends quelques mois de plus et on verra si tu tiens le même discours, répondis-je.

     Le docteur et l’infirmière choisirent ce moment pour faire leur entrée dans la pièce.

– Vous êtes prêtes ? me demanda le docteur.

     Je hochai la tête. Il prit une chaise haute et vint s’asseoir à côté du lit. Il rapprocha l’échographe et l’alluma. Il enfila une paire de gants en plastique. Je tenais mon téléphone de manière à ce que Youss puisse assister à tout ce qui se passait dans la pièce.

– Passe-moi le gel, dit-il à l’infirmière en tendant la main.

     Elle lui tendit le tube contenant le gel. Il retira le bouchon et mit un peu du gel sur mon ventre. Il prit le bout de l’appareil et le plaça sur mon ventre.

– Regardez sur l’écran, nous dit-il pendant qu’il promenait le bout de l’appareil sur mon ventre.

    Le bébé était là. Je pouvais le voir recroqueviller sur lui-même. Il avait les poings serrés et sa petite poitrine battait rapidement. Il bougeait légèrement par moment.

     Tout devint réel dès la seconde où je posai mes yeux sur mon bébé. C’est une chose d’apprendre qu’on est enceinte, c’en est une toute autre de voir son enfant bouger, voir son cœur battre.

– Chéri tu le vois ? demandai-je en me tournant vers Youss.

     Il semblait concentré sur l’écran. Le bonheur se lisait sur son visage. Je rapprochai le téléphone de l’écran pour qu’il puisse mieux le voir.

– Je te présente ton mini-toi, lui dis-je.

– Il me ressemble déjà, répondit-il.

– C’est vrai qu’il a déjà ta grosse tête.

    Il sourit. Il était comme fasciné par cet petit être qu’on voyait sur l’écran.

– On peut déjà connaître son sexe ? demandai-je au docteur.

– Oui c’est possible, répondit-il.

     Il ramena l’appareil en bas de mon nombril.

– Alors ? s’impatienta Youss.

4 commentaires sur “Je m’appelle Tatiana (Part XXXV)

  1. Tu as commencé avec le viol pour nous faire croire que c’etait un court metrage (de peu et court episode) mais tu continues par nous dire que la vie de l’au dela existe, voila ça se rallonge les épisode ça n’a pas encore pris fin…
    Cool tout s’est bien passé ,quel bonheur pour les lecteurs!!!on attend le sexe

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