Je m’appelle Tatiana (Part XXXIV)

– Désolé, il fallait que je me défoule, s’excusa-t-il d’une voix calme.

    Mais je percevais toujours sa colère. Je la partageais. Il n’était pas du genre à rester les bras croisés alors que son amoureuse s’était faite agressé. Il devait se sentir impuissant et donc frustré. Je l’étais aussi.

– Je comprends, répondis-je avec soulagement.

– ‎Il fallait lui couper sa bite, dit-il. J’aurais été là, je l’aurais saigné à mort. Au sens propre du terme.

– ‎Hum. Tu sais ce qui me fait le plus peur dans toute cette histoire ? lui demandai-je.

– Non dis-moi, répondit-il.

– La partie qui me fait le plus peur, ce n’est ni le sentiment de solitude ou le noir qui me remplit petit à petit, ni le fait de le croiser par hasard et de me faire agresser à nouveau. Ce qui me fait le plus peur c’est de te perdre à cause de tout ceci. Que tu ne me crois pas, ou que je te dégoûte. Quand tu as raccroché j’ai cru que c’était la fin. J’étais sur le point de casser mon téléphone quand tu as rappelé. Est-ce que j’ai des raisons de penser ça ?

– Non, répondit-il immédiatement. Je t’ai déjà pardonnée quand tu m’as trompé avec Martial. Ce n’est pas quand tu vas te faire violer que je ne le ferai pas. Il n’y a rien à pardonner d’ailleurs. C’est plutôt à moi de te demander pardon, au nom de la gente masculine. Ce gars n’est pas digne d’avoir une bite entre les jambes. Tu aurais dû le rendre impuissant prévu.

– Je l’aurais fait si on ne m’avait pas dit qu’il ne méritait pas que je me salisse les mains pour lui, répondis-je.

– Je pourrais envoyer des gens après lui tu sais, me confia-t-il. Mais je veux m’occuper de lui moi-même. Aussi vais-je prendre mon mal en patience. Je finirai par lui tomber dessus.

     Il se tut pendant un court moment.

– Tu sais quoi chérie ? me demanda-t-il soudain.

– ‎Non dis-moi.

– ‎Tu vas t’en sortir, et je serai là à chaque pas que tu feras. Je ne vais jamais te quitter parce que toi et moi, c’est à la vie et à la mort. Nous allons nous en sortir ensemble. ‎Et je sais que tu n’as pas envie de suivre une quelconque thérapie, mais nous savons tous les deux que c’est ce qu’il y a de mieux pour toi. Ça t’aidera à te comprendre et à comprendre tes sentiments. Je n’ai aucune idée de ce que tu traverses, de comment tu te sens ou encore comment te sortir de là. J’aurais aimé arranger tout ceci mais malheureusement je ne suis ni Dieu, ni un super-héros. Mais je serai là à chaque petit pas que tu feras, je partagerai ta peine et je sécherai tes larmes. Je serai à tes côtés pour te tenir la main dans ta marche vers la guérison. Comme toutes les autres tempêtes, celle-ci aussi passera et je serai la maison dans laquelle tu t’abriteras en attendant que ça passe.

      Il avait l’art des beaux discours. Il savait trouver les mots appropriés quand il le fallait.

– Je suis tellement émue par tout ce que tu viens de dire, gémis-je. Je ne sais même plus quoi dire.

– Dis-moi juste que tu vas rappeler ce docteur, répondit-il. Tu vas d’abord le remercier de ma part. C’est rare de nos jours de voir des gens qui se soucient autant des autres. Ensuite tu vas lui demander de te présenter au psy dont il t’a parlée. Je m’occuperai moi-même de l’aspect financière la thérapie.

– Non ce ne sera pas nécessaire, répondis-je. J’ai un chèque de dix millions qui ne demande qu’à être empoché et dépensé.

– Ce n’est pas négociable, répondit-il. Garde cet argent pour plus tard, quand tu feras des projets. Tu pourras par exemple l’utiliser pour débuter ton projet d’orphelinat.

– D’accord chéri. Je souhaite à toutes les filles d’avoir quelqu’un qui les comprend, qui les protège et qui est toujours là pour elles, dans leurs vies. Quelqu’un comme toi. J’ai vraiment beaucoup de chance de t’avoir…

– Non c’est moi le plus chanceux. J’avais besoin de toi dans ma vie. Tu m’as apporté la stabilité dont j’avais besoin, rien que pour ça, je te serai éternellement reconnaissant.

     Je souris.

– Ma mère est passée à la maison ce matin, lançai-je sans préambule.

– Attends tu parles de Marielle ? Ta belle-mère ?

– Non, je parle de ma génitrice.

– Excuse-moi mais elle n’est pas censée être morte ?

– Si. Mais je me suis toujours doutée qu’il s’agissait d’un mensonge. Ce matin mon père m’a expliqué pourquoi il nous avait fait croire ça. Et je trouve qu’il avait parfaitement raison.

– Et pourquoi il a fait ça ?

– Il avait laissé le choix à ma mère. Elle devait soit s’occuper de nous ou soit aller vivre avec son amant. Elle est partie avant le retour de mon père. La mort est quelque chose qu’on ne comprend pas vraiment mais on s’y fait parce que la personne qui est morte n’a pas eu le choix. Mais l’abandon c’est tout autre chose. Savoir que la personne est en vie mais qu’elle a choisi quelqu’un d’autre à ton détriment : c’est tout simplement horrible comme sensation.

– C’est vrai, tu as raison sur ce point. Et comment vis-tu ça ?

– Je ne sais pas encore, répondis-je. J’ai juste une raison de plus pour revoir ce docteur.

– Ouais, j’imagine le bazar dans ta tête actuellement. Ça doit être traumatisant de voir la personne que tu as cru morte toute ta vie.

     J’eus un sourire amusé.

– Non ce n’est même pas ça, le rassurai-je. Je m’en fous qu’elle soit en vie ou pas. Surtout après ce que j’ai appris ce matin.

– Ah ! Quelle est cette autre raison alors ?

     J’hésitai avant de répondre. Je voulais trouver les bons mots. Mais il n’y a pas de bons mots pour annoncer une bonne nouvelle. Ni de bon moment d’ailleurs. Le bon moment c’est celui qu’on finit par choisir et les bons mots ce sont ceux qui viennent sans qu’on se les répète un millier de fois dans la tête.

– Je porte ton enfant.

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