Je m’appelle Tatiana (Part XXXIII)

     Il y eut un silence interminable. Aucun d’entre nous n’osait dire quoi que ce soit après la bombe que venait de lâcher ma mère.

– Ah ça tu ne l’as pas vu venir hein, monsieur j’ai donné la meilleure des éducations à mes enfants.

     Sans un mot, mon père se leva. Il sortit du salon.

     Je me tournai vers cette femme qui se disait être ma mère.

– Sortez de cette maison et n’y mettez plus jamais les pieds ! lui intimai-je en pointant la porte d’entrée du doigt.

     Mon père revint à ce moment avec le gardien. Il saisit, lui-même, ma mère par le bras et la tira jusqu’à la sortie.

– Si je vois encore cette femme dans cette maison je t’en tiendrai pour responsable, dit-il au gardien.

    Ce dernier opina du chef. Il s’en alla ensuite pour raccompagner ma mère jusqu’au portail.

    Mon père revint se tenir devant moi.

– L’école m’a appelé pour me demander pourquoi tu n’es pas venue à l’école cette semaine. C’est pour ça que je suis venu ce matin. Mais après ce que je viens d’apprendre, il faut qu’on ait une longue discussion toi et moi.

– ‎D’accord papa, répondis-je d’une petite voix.

– ‎En attendant j’ai une réunion, je risque d’être en retard. Passez à la maison tous les deux ce soir.

    Il sortit de la maison sans un mot de plus.

– Tu comptais me le dire ? me demanda Tavio.

– ‎Oui, répondis-je.

– ‎Alors pourquoi tu ne l’as pas fait ?

– ‎Je voulais en être sûre. Et je voulais aussi régler cette histoire avec Dwight.

     Il y eut un court moment de silence.

– C’est d’un ces enfoirés ?

– ‎Non non, le rassurai-je. Le docteur m’a dit que ma grossesse est plus vieille que mon viol donc aucune chance que ce soit d’eux.

    Il se détendit quelque peu.

– C’est donc de Youss ?

– ‎Oui, répondis-je sans hésiter.

    Pour moi il n’y avait pas de doute possible. C’était lui le seul homme à qui je m’étais donné.

– Mais il est parti depuis bientôt trois mois. Comment ça se fait que tu sois enceinte de lui depuis tout ce temps sans t’en rendre compte ?

    Je hochai les épaules.

– Même moi je n’arrive pas à me l’expliquer, répondis-je. Mais je comprendrai mieux en retournant voir le docteur.

– Il est au courant ?

– Pas encore. Je comptais lui annoncer aujourd’hui.

– D’accord. Je retourne dormir, on en reparle tout à l’heure.

    Il quitta le salon et me laissa seule avec mon test de grossesse. Je me rendis dans ma chambre pour chercher mon téléphone quand Jayde m’assaillit à son tour.

– C’est vrai que tu es enceinte ?

– Oui.

– Depuis quand ?

– Trois mois environ, répondis-je. On reparlera de tout ceci après. Pour le moment, il faut que je passe un appel important.

     Je pris mon téléphone et sortis de la chambre. Je décidai de me rendre sur le toit de la maison pour ne pas être déranger. Plus je montais les marches et plus les battements de mon cœur devenaient incontrôlables. Comme si chaque marche que je montais me rapprochait du jugement dernier.

     Je m’installai dans le vieux canapé que Tavio avait installé là. Le doigt tremblant, je composai le numéro de Youss. Comme à son habitude, il décrocha aussitôt. Mon cœur s’arrêta net quand j’entendis sa voix. Mais ce n’était pas le moment de me dégonfler.

– Ça va chéri ? lui demandai-je.

– Oui oui. Et toi ça va mieux ?

– Hum.

     Je pris une profonde inspiration.

– Tu te rappelles quand je t’ai dit que je traversais une période quelque peu compliqué et que je t’en parlerai après ?

– Oui parfaitement, répondit-il. Tu te sens prête maintenant ?

      Je hochai la tête comme s’il pouvait me voir.

– Mais ne m’interrompt pas avant la fin, lui dis-je. Quoi que je puisse te dire, attends la fin de mon récit pour réagir d’accord ?

     Il hésita un moment avant de répondre.

– D’accord je vais faire l’effort, répondit-il. Et si je n’ai pas compris une partie, je pourrais te demander de m’expliquer ?

– Oui. Mais sois le plus attentif possible parce que c’est très pénible à raconter. Alors me répéter…

– Ça commence à me faire peur cette histoire, avoua-t-il. Commence.

    Ma gorge devint sèche tout à coup. Mon estomac se noua rien qu’en imaginant sa réaction après ce que j’étais sur le point de lui raconter. Mais je ne pouvais plus faire marche arrière. Je fis l’exercice de respiration que m’avait appris Alex. Ça m’aida à me détendre un tant soit peu.

– Bon je me lance.

    Je commençai donc mon récit. Je lui racontai absolument tout, de l’invitation à la vengeance, en passant par le viol, le passage chez le docteur et le plan pour la vengeance. Mais je ne mentionnai pas la grossesse. Je voulais d’abord savoir s’il voulait toujours de moi, indépendamment du fait que je portais son enfant. Je ne voulais pas qu’il décide de rester avec moi à cause du bébé.

   Il n’y eut aucune interruption de sa part. Il m’écouta si silencieusement qu’à un moment je me demandai s’il était toujours à l’autre bout du fil.

   Quand je finis le récit, il ne dit rien. Aucun son ne sortait de mes écouteurs, je n’entendais que sa respiration sifflante. Je pleurais sans même m’en rendre compte.

    Une minute après la fin du récit, il raccrocha.

    C’est la fin, me dis-je. Je jetai mon téléphone sur la petite table sur laquelle Tavio avait l’habitude de déposer sa chicha puis éclatai en sanglots. Cette fois ce n’était plus des pleurs silencieux mais des cris de rage. J’étais à la fois triste et très en colère. Il fallait que je me défoule.

   Je commençai à balancer les coussins du canapé dans le vide. Quand il n’y eut plus rien à balancer, je m’attaquai au canapé lui-même. Je le renversai. Je saisis mon téléphone, prête à le fracasser contre le mur quand il se mit à sonner. Je l’aurais jeté si je n’avais pas reconnu la sonnerie. Je m’empressai de décrocher.

– Allô ?

 

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