Je m’appelle Tatiana (Part XXXI)

    Je sursautai et le test m’échappa des mains. Quand je levai la tête pour voir qui c’est, je me retrouvai devant ma génitrice.

– Qu’est-ce que vous faites là ? m’écriai-je, incrédule.

– Désolé je ne voulais pas te faire peur, répondit-elle en faisant un pas dans ma direction.

     Elle ramassa le test de grossesse sur le sol et regarda dessus. Je le lui arrachai des mains et remontai ma culotte.

– Sortez de ma salle de bain !

– Que se passe-t-il ? demanda Jayde d’une voix ensommeillée. Qui est cette femme ?

– Rien chérie, répondis-je. Retourne dormir.

    Je me levai de la cuvette des toilettes. Je les dépassai toutes les deux et me rendis dans le salon. J’attendis que ma chère mère daigne se joindre à moi. Elle avait laissé son sac à main dans un des canapés au salon.

    Elle finit par sortir de ma chambre. Je l’attaquai tout de suite :

– Je pensais avoir été claire la dernière fois ! Je n’ai pas eu de mère quand j’en ai eu le plus besoin alors ce n’est pas maintenant que je n’en ai plus besoin que tu vas forcer les choses.

     C’était totalement faux. La vraie vérité est que j’en avais besoin. J’avais besoin qu’on s’occupe de moi. Surtout si je devais porter cette grossesse. Je voulais que pour une fois les rôles soient inversés. Que je ne sois pas celle qui s’occupe de tout le monde et se néglige. Mais le lui dire ou le lui montrer serait lui faciliter les choses.

– Je t’ai vue sortir de cette pharmacie un test de grossesse à la main et…

– Tu m’as suivie ? la coupai-je. Tu m’as suivie de la pharmacie jusque dans ma salle de bain ?

    Je n’en croyais pas mes oreilles. J’étais dans tous mes états.

– Je… Oui.

– Je ne comprends pas ton soudain besoin de revenir dans nos vies mais laisse-moi te dire que tu t’y prends très mal. Me suivre jusque dans ma salle de bain est la pire idée que tu aies pu avoir dans ta tentative de reconquête. Ce qui se passe dans ma salle de bain relève de ma vie privée et jusqu’à preuve du contraire, je ne t’ai pas encore accepté dans ma vie, jusqu’à te laisser t’introduire dans mon intimité. Qu’est-ce qui t’a pris de faire ça ?

– Rien du tout, répondit-elle la tête baissée. Je voulais juste m’assurer que tout allait bien. J’ai vu le résultat du test…

– Je l’ai vue aussi. Et comme je viens de te le dire plus tôt, c’est privé.

– Que comptes-tu faire ?

– Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase « c’est privé » ?

     Elle me regarda dans les yeux pour la première fois.

– Je ne vais pas te faire de sermon sur le rôle ou les responsabilités d’une mère, ce serait totalement ridicule. Je sais que j’ai été absente dans les moments où ton frère et toi aviez le plus besoin de moi. Et je ne m’attends pas à ce que vous me pardonniez, pas de si tôt en tout cas. Mais aujourd’hui je suis là. Et je sais que tu as besoin de moi. Peut-être que tu n’en as pas conscience ou que tu ne le nies parce que tu me détestes. C’est tout à fait justifié. Mais sache que quoi que tu décides de faire de cet enfant, tu auras besoin de moi.

      Je la foudroyai du regard.

– Tu te sers d’un bébé qui n’est même pas encore né pour te rapprocher de moi ?

– Non ce n’est pas ça, répondit-elle. C’est juste que…

     J’entendis la porte du salon grincer. Je me retournai pour voir qui c’était.

– Qu’est-ce que tu fais ici Ayélé ? demanda mon père.

– Bonjour papa, m’empressai-je de saluer.

– Je suis venue voir mes enfants, répondit-elle.

    Je glissai le test de grossesse dans la poche de ma robe.

– Je t’ai pourtant formellement interdit de t’approcher d’eux ! tonna mon père.

– ‎Ce sont aussi mes enfants. Je leur ai donné la vie et je peux les voir quand je veux ! répliqua notre génitrice.

– Tu as perdu ce droit dès la minute où tu es partie, rétorqua-t-il. Sors d’ici et ne reviens plus jamais ou je serai dans l’obligation de prendre des mesures drastiques pour t’éloigner.

     Mon père était vraiment furax. Je ne l’avais jamais vu autant en colère de toute ma vie.

– Tu ne peux pas faire ça, répondit ma mère d’une voix plaintive.

     Papa s’apprêtait à répondre quand j’intervins.

– Taisez-vous tous les deux !

    Mon père parut choqué mais ne dit plus rien.

– Vous êtes les plus âgés dans la pièce et c’est vous qui vous criez dessus comme des enfants qui se disputent la dernière part de pizza. Est-ce qu’on peut se parler calmement comme les adultes que nous sommes ?

     Ils hochèrent tous les deux la tête comme des enfants en train de se faire réprimer.

     Je commençai par ma mère.

– D’abord je t’ai dit que je n’ai pas envie de te connaître. Je ne veux rien avoir à faire avec toi.

– ‎Ne dis pas ce genre de choses chérie, répondit-elle d’une petite voix.

    Je l’ignorai et fis volte-face pour parler à mon père.

– Tu nous as dit qu’elle était morte et à ce que je sache les morts ça ne parle pas, jusqu’à débarquer chez les gens à 6h du matin alors j’attends des explications de ta part.

     Je croisai les bras, attendant qu’il m’explique la situation.

– C’est ce que tu leur as dit ? Que j’étais morte ?

– ‎Oui. Et j’aurais souhaité que ce soit la vérité. Ça nous aurait évité tout ceci.

    Elle prit un air choqué. Mais j’étais d’avis avec mon père. Elle aurait dû rester là où elle était. Une crise familiale était la dernière des choses dont j’avais besoin.

– Je sais que je te dois des explications chérie, continua mon paternel. Mais je vais plutôt laisser ta chère mère te les donner.

– ‎M’avais-tu laissé le choix ?

– Oh oui ! Tu avais très bien le choix.

    Je levai les mains pour les arrêter avant qu’ils ne finissent par se déchirer entre eux.

– Pourquoi tu es partie ? demandai-je à ma mère.

– ‎Ton père m’avait forcé la main, répondit-elle. Il m’avait obligée à partir.

     Mon père s’approcha et s’assit dans un des fauteuils.

– Où est ton frère ? me demanda mon père.

– ‎Il doit être en train de dormir, répondis-je.

– Appelle-le, m’ordonna-t-il.

    Je me rendis dans la chambre de Tavio. J’ouvris les fenêtres et lui retirai sa couverture. C’est le seul moyen de le réveiller sérieusement.

– Qu’est-ce qu’il y a encore ? râla-t-il en se couvrant la tête avec un coussin.

– Papa veut nous parler, répondit-il. Il nous attend dans le salon avec la mère porteuse qui nous a donné la vie.

    Il se mit debout malgré lui. Il se rendit dans la salle de bain et revint une minute plus tard. Nous retournâmes dans le salon tous les deux.

– Asseyez-vous, nous dit-il.

    Je m’assis à côté de mon frère en face de mon père.

– Toi aussi ! ordonna-t-il à ma mère.

    Elle s’assit le plus loin possible de nous.

– Maintenant raconte à tes chers enfants comment je t’ai forcée à t’en aller, lui demanda mon père.

2 commentaires sur “Je m’appelle Tatiana (Part XXXI)

  1. Je ressens plus l’envie de lire ces extraits à chaque paragraphe. Ce ouvrage n’est pas comme les autres. Il est particulier et c’est ça quime donne plus envie de continuer à le lire. L’intrigue et le suspense son de la partie. 1000 merci à cet auteur que je souhaiterai rencontrer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *