Vengeance et Séduction (Part XXXVII)

Environ trois heures plus tôt…


    Pour la quatrième fois, Anna sonna à la porte de ce qui était censé être l’appartement d’Alex.

   Malgré l’adresse qu’on lui avait donnée, elle s’était trompée de maison deux fois de suite et à présent, elle se trouvait au premier étage d’un immeuble qui semblait plutôt inhabité, vu les nombreux « à louer » scotchés aux murs et sur les portes. L’immeuble avait l’air toutefois récent et elle était sûre d’y trouver Alex cette fois. À moins bien sûr, que cette fille lui ai donné une fausse adresse.

   Elle sonna encore et frappa ensuite directement à la porte.

– Alex ? Alex, ouvre-moi s’il te plaît.

   Aucun bruit ne lui parvint en signe de réponse, à part celui lointain des passants et le klaxon des voitures. Pourtant, elle était convaincue qu’il se trouvait à l’intérieur de cette pièce, ne voulant pas lui parler. Elle ne comprenait pas exactement son attitude d’aujourd’hui, mais elle était disposée à lui venir en aide, si seulement il acceptait de se confier à elle. Son portable se mit à vibrer, et la vue du nom de Samuel la fit sursauter ; elle avait carrément oublié son appel précédent. Au même moment, des bruits de pas, se firent entendre dans les escaliers et Alex apparut alors qu’elle hésitait encore à décrocher. À sa vue, un soupir de soulagement lui échappa.

– Dieu soit loué, j’ai vraiment cru que tu t’étais enfermé à l’intérieur.

    Il s’arrêta et la regarda pendant un bon moment, avec surprise.

– Anna. C’est toi ?

– Mais bien sûr que c’est moi, fit-elle avec gêne. Tu n’es quand même pas aveugle, non ?

    Il eut un sourire crispé.

– Excuse-moi, je ne m’attendais vraiment pas à te voir ici.

– J’ai eu…

    Ah non, pas question de lui faire savoir comment elle avait eu son adresse.

– Je te croyais parti.

– Tu voulais t’en assurer ?

– Non. En fait, je voulais m’assurer que tu allais bien. Je t’ai trouvé un peu bizarre tout à l’heure.

     Il ne dit rien, sortit des clés de sa poche et s’avança vers la porte.

– Tu entres, donc ?

– Je préférerais revenir une autre fois, disons demain si tu me promets que ne bougeras pas d’ici. Tu es seul ?

    Il ouvrit la porte.

– Entre.

    Elle fut sur le point de dire qu’il fallait absolument qu’elle rentre s’occuper des enfants, mais devant son air perturbé, elle se décida à franchir le seuil.

– Alors, tu vis vraiment seul dans cet immeuble ? redemanda-t-elle. Ça fait flipper je trouve.

– J’ai appris à apprécier la solitude.

    Il referma la porte derrière lui et la devança dans une vaste pièce qui devait servir de salon. Cependant il n’y avait aucun décor, pas le moindre meuble, à part un grand fauteuil mis à l’écart.

– Je te sers quelque chose ? demanda-t-il, rompant ainsi le silence qui s’était installé. J’ai déjà tout emballé, mais je crois avoir une bouteille de Whisky quelque part.

– Non ne te gêne pas s’il te plaît, d’ailleurs je ne peux pas boire d’alcool maintenant.

    Il se massa la nuque.

– Évidemment, excuses moi.

– Je ne vois pas pourquoi tu t’excuses.

   Il lui désigna le fauteuil sur lequel elle alla s’asseoir.

– Alors, de l’eau ?

   Après un moment d’hésitation, elle acquiesça.

– C’est une simple impression, ou tu es vraiment sur tes gardes avec moi ?

– Je…

– Tu as peur de moi.

– Pas du tout Alex. Sinon jamais je ne serais venue jusqu’ici.

    Il approuva d’un signe de tête.

– Alors, quel est le problème ? En plus j’ignore toujours comment tu as fait pour avoir mon adresse.

– Une amie me l’a donnée. Et je me demandais juste si j’avais bien fait de venir, après que Samuel m’ait demandé de rentrer. Il va être furieux.

– Pourquoi ?

    Elle soupira.

– Il croit qu’il se passe un truc entre nous, mais de toutes façons ce n’est plus important, j’ai définitivement rompu avec lui.

– Pourtant tu l’aimes.

    Elle détourna le regard.

– N’est-ce pas, Anna ? Tu es très amoureuse de Samuel Anour, ne le nies pas.

– Oui. Mais il n’y a plus aucun espoir pour lui et moi. Je ne suis pas non plus ici pour parler de ça, je veux qu’on parle de toi. Que tu me dises ce qui ne va pas.

     Il eut un sourire furtif.

– Comme si tu ne le savais pas déjà.

– C’est vrai… C’est vrai que tu as un cancer ?

     L’expression du visage d’Alex se modifia instantanément, mais elle put voir qu’il n’était pas du tout surpris par sa question. Il paraissait plutôt… irrité ?

– Tu es allé à l’hôpital ? s’enquit-il aussitôt.

– Non.

– Ne la protège pas s’il te plaît.

    Le front d’Anna se plissa d’incompréhension.

– Qui donc ?

– Je te parle d’Espéra ! tonna-t-il tout à coup. C’est la seule au courant… Dis-moi ce qu’elle t’a dit.

     Peu à peu, Anna comprit qu’il faisait allusion à la jeune infirmière qui n’avait pas fait que lui donner son adresse, mais qui lui avait également parlé de « tout » ce qu’Alex avait préféré tenir cacher. Elle releva le menton.

– Je ne savais pas comment elle s’appelle. Mais oui, elle m’a dit tout ce qu’elle sait, et que tu n’as pas voulu me dire.

    Elle croisa les bras.

– Tu m’as menti.

– Ce ne sont pas tes affaires. Si tu m’avais suivi j’aurais fini par te le dire.

– Non, je n’y crois pas une seconde. Tu aurais bien pu me le dire avant. Personne ne peut vivre avec un tel poids sur la conscience Alex, on a toujours besoin d’en parler à un moment.

    Il se dirigea vers une autre pièce. Elle se leva.

– Où est-ce que tu vas ?

– Je vais dans la cuisine, je reviens.

     Elle se rassit posément. Une dispute était le plus à éviter, et en même temps, il fallait qu’elle rentre pour ne pas augmenter la colère de Samuel ; à part jouer avec, le pauvre n’avait aucune idée de comment s’occuper d’un enfant, encore que là il s’agissait de « deux ».

– Là il faut que j’y aille, dit-elle lorsqu’il réapparut, avec un verre d’eau qu’il lui tendit.

– Reste encore un peu je t’en prie.

    Il se massa les tempes, puis les yeux.

– Je ne voulais pas m’emporter je te le jure. Ce n’était pas dans mes intentions de te faire peur.

– Je t’ai dit que je n’avais pas peur de toi. Mais pourquoi serait-ce donc le cas ?

    Il posa un regard vide sur elle.

– C’est ce que j’inspire aux gens ; le mépris et la peur.

– Lex…

– Ils m’ont viré de l’hôpital parce que je suis malade.

    Anna demeura bouche bée durant un instant avant de demander :

– Tu n’as pas démissionné ? Mais…

– Pourquoi aurais-je fait une telle chose à ton avis ?

– Elle…

    Il s’approcha d’elle.

– Reste avec moi Anna s’il te plaît, j’ai énormément besoin de toi.

    Comme pour le dissuader de l’atteindre, elle porta le verre d’eau à ses lèvres, puis le lui tendit une fois vide.

– Je dois m’en aller désolée, dit-elle. On m’attend.

– Tu reviendras ?

– Bien sûr. Je te téléphonerai juste avant, pour m’assurer que tu es chez toi, répondit-elle en souriant.

    Elle s’approcha de lui et lui fit la bise.

– Prend soin de toi.

    Ensuite elle s’éloigna en direction de la porte. Mais à l’instant même où elle atteignait celle-ci, sa vue commença à se brouiller et son sac à main lui échappa.

    Une main se posa sur son épaule.

– Ça va Anna ? s’enquit Alex derrière elle.

– Euh…oui… Oui ça va.

    Elle fit un autre pas, qui manqua de l’envoyer au sol.

– Je crois… Je crois qu’il vaudrait mieux que je m’asseye un moment.

    Sans un mot, il passa un bras autour de sa taille et l’entraîna vers le fauteuil qu’elle occupait un moment plus tôt.

– Qu’est-ce qui m’arrive ? demanda-t-elle. Je ne sens plus mes jambes…

    Alex l’aida à s’asseoir, et promena une main sur son front.

– On peut dire que tu es sous amnésie.

    Les yeux d’Anna s’écarquillèrent de stupeur tandis qu’il tâtait son pouls. Elle allait lui demander ce qu’il voulait dire par là lorsque sans crier gare, ses paupières tout à coup alourdies, se fermèrent.



***



    Lorsqu’elle ouvrit de nouveau les yeux, Anna se trouvait dans une chambre obscur, les mains et pieds attachés à chaque pied d’un lit. Elle ne mit pas beaucoup de temps à comprendre ce qui lui arrivait, car au même moment, une lumière jaillit et Alex apparut. Il s’était changé, et tenait en main le téléphone portable d’Anna.

-…Alex ?

    Il ne répondit pas immédiatement et fourra l’appareil dans sa poche.

– Alex ? répéta Anna d’une voix inquiète. Mais qu’est-ce que tu fais ? Détache-moi !

– Je ne peux pas.

    La respiration de la jeune femme se bloqua durant quelques secondes.

– Quoi ?

– Si je te détache, tu t’en iras.

– Mais… Évidemment que je m’en irai. Qu’est-ce que… Tu m’as droguée ?

   Son téléphone se mit à sonner, mais il l’ignora et se dirigea vers une valise qui attendait devant la porte.

– C’est encore lui, fit-il, énervé. Pourquoi ne te fout-il pas la paix hein ?

– Samuel… ? murmura Anna.

    En guise de réponse, il sortit le téléphone de sa poche et le fracassa contre le mur.

– Je ne veux plus que tu prononces son nom. Ne pense plus à lui, parce qu’il ne viendra pas. Il ne te retrouva pas parce nous partons.

– Nous… Oh mon Dieu…

    Elle se mit à se débattre, mais les liens étaient très solides et au bout de quelques secondes elle dut renoncer.

– Ne fais pas ça s’il te plaît, implora-t-elle. Ne fait pas ça…

   Il s’approcha d’elle et commença à défaire les liens qui retenaient ses pieds prisonniers.

– Tu as dormi pendant plus de deux heures. Maintenant il est temps de se mettre en route avant que ton enfoiré de petit ami ne se fasse du souci.

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