Vengeance et Séduction (Part XXXVI)

    Depuis un moment, elle n’arrêtait pas de tourner sur place.

   Cela faisait au moins une heure qu’elle attendait l’infirmière à qui elle avait parlé un moment plus tôt, et elle espérait vraiment que cette dernière finisse par sortir pour faire entrer d’autres patients ; c’était la seule à pouvoir lui donner l’adresse d’Alex puisque personne d’autre ne semblait se souvenir de lui dans ce fichu hôpital. Ce qui était des plus étranges.

    Un coup d’œil à son téléphone, lui permis de voir huit appels manqués de Samuel. Bon sang, elle l’avait mis sur silencieux par mégarde. Profitant du fait que l’infirmière soit toujours à l’intérieur, elle se dirigea vers la sortie pour essayer de le joindre. Il décrocha à la première sonnerie.

– À quoi tu joues tu peux me le dire ? demanda-t-il directement.

     Il était visiblement en colère et elle n’ignorait pas pourquoi.

– Rentre immédiatement.

– Les enfants…

– Écoute Anna, je n’ai pas la moindre envie de me disputer avec toi. Alors tu vas gentiment rentrer, mais qu’est-ce que tu as dans la tête ?

– Ne t’énerves pas, j’arrive.

    Il lui raccrocha au nez.

    Samuel avait toutes les raisons de s’emporter, et elle ne voulait pas imaginer sa réaction s’il devait apprendre pourquoi elle était sortie. Bien qu’ils ne soient désormais que de simples parents vivant ensemble à cause de leurs enfants, elle ne pouvait pas le blâmer de s’inquiéter, encore que ceux-ci n’étaient âgés que de quelques jours seulement.

– Vous n’êtes pas partie ? s’enquit une voix derrière.

   Elle se retourna et éprouva un immense soulagement en voyant celle qu’elle attendait depuis tout à l’heure.

– J’ai oublié de vous poser une dernière question avant que vous ne vous en alliez. Vous permettez j’espère.

   L’autre fronça sourcils.

– Allez-y.

– Vous savez s’il a déjà quitté le pays ?

– Je n’en sais rien. Il ne m’a rien dit.

– Ah… Pourrais-je avoir son adresse dans ce cas, s’il vous plaît ?

– Écoutez madame…

– C’est très important.

– Je comprends, mais je doute fort qu’il y soit. Et quand bien même, je ne vous conseillerais pas d’y aller.

    Le doute s’insinua en Anna. Cette fille lui cachait quelque chose, elle en était certaine. Quelque chose concernant Alex, mais qu’elle voulait à tout prix garder secret.

– Je sais qu’il ne va pas bien et je veux l’aider.

– On n’aide que ceux qui consentent à se faire aider. Mais de toute façon si vous tenez autant y aller, tant pis.

    Elle sortit d’une des poches de sa blouse, un bloc-notes et un stylo. Au bout de quelques secondes, elle lui tendit un bout de papier sur lequel figurait l’adresse. Anna respira un grand coup.

– Merci beaucoup.



***


– Tu en es sûr ?

– Elle est sortie il y’a environ quatre heures. Écoute, c’est peut-être ridicule mais j’ai l’impression qu’il lui ait arrivé quelque chose de grave. J’ai essayé de la joindre en vain, je vais devenir fou.

– J’avoue trouver cela très étrange.

– Il fera bientôt nuit et les enfants vont bientôt se mettre à réclamer le sein, merde !

    Il entendit son interlocuteur soupirer à l’autre bout du fil.

– Écoute ce qu’il y a faire, c’est tout d’abord d’emmener Edy et Aida dans un hôpital. Là-bas, ils trouveront de quoi les nourrir, je veux dire qu’ils sauront quoi faire. Et pendant ce temps, nous pourrons songer à localiser Anna. À moins qu’il ne s’agisse d’un enlèvement, elle n’a pas bien pu aller loin.

– Je te rappelle.

     Samuel raccrocha et se dirigea vers la chambre des enfants. Pourquoi n’y avait-il pas songé plus tôt ? Comment n’avait-il pas pu deviner plus tôt qu’elle était allée rejoindre ce type ? Il fallait être stupide pour ne pas voir qu’il se passait un truc entre ses deux-là. Et si quelqu’un aurait pu l’enlever ou lui faire quoi que ce soit dans cette ville où elle ne connaissait personne c’était bien lui !

    Il entendit la porte d’entrée s’ouvrir.

– Samuel ?

    Il redescendit chaque enfant dans un bras.

– Je suis venue aussi vite que j’ai pu dit-elle en portant une main à sa bouche. Ne me dis pas que c’est vrai !

    Il soupira.

– Tu crois qu’elle s’est faite enlevée ? Ce n’est même pas envisageable, bon sang, elle ne connaît personne ici.

– Les ravisseurs ne connaissent pas forcément leur victime. Il faut que tu emmènes les enfants à l’hôpital, maman. Je te rejoindrai dans peu de temps.

– Où comptes-tu aller ? On devrait signaler sa disparition à…

– Il faudra attendre deux à trois jours et il en est hors de question.

     Il lui mit les nouveaux nés dans les bras et retourna se changer.

– Viens, je vous y conduis, dit-il lorsqu’il réapparut. Ne perdons pas de temps.

– Que comptes-tu faire au juste, demanda Myriam une fois dans la voiture.

– Je te prierai juste de prendre soin de tes petits-fils. Je m’occupe du reste.


***


Pendant ce temps…


– Lâche-moi Alex !

– Non, cette fois tu viens avec moi.

– Mais qu’est-ce que tu racontes mon Dieu j’ai des bébés qui sont en train de mourir de faim !

     Elle se débattit comme elle put, sans parvenir à se libérer de son emprise. Réalisant que cela ne la mènera sans doute à rien, elle se mit à pleurer, tandis qu’il resserrait les liens autour de ses poignées et l’obligeait à monter dans sa voiture. Mais même ainsi, elle ne parvint pas à l’émouvoir.

– Pourquoi fais-tu ça ? demanda-t-elle. Pourquoi…

– Parce que je t’aime.

    Un rire s’échappa de sa gorge, tandis que les larmes continuaient à couler.

– Tu m’aimes ! Alors laisses moi retourner auprès de mes enfants je t’en supplie Alex, ils n’ont que quelques jours… Je ne peux pas partir comme ça.

    Sans un mot, il referma la portière et se mit au volant.

– Ne fais pas ça Alex… Je… Écoute je partirai avec toi, où tu veux. Mais laisses moi prendre avec moi mes enfants, ne me sépares pas d’eux je t’en supplie…

    Elle l’entendit donner un grand coup au volant.

– La ferme !!

    Il se tourna vers elle.

– Tu crois que je ne sais pas que tu comptes aller le rejoindre ? C’est lui que tu aimes et pas moi !

   Anna ferma les yeux en priant que tout cela s’agisse d’un mauvais rêve. Ce n’était pas possible… Elle n’allait pas être séparée de Samuel et de ces bébés de cette manière.

– Tout… Tout ce que je voulais c’était…te venir en aide.

– Je n’ai pas besoin de ta pitié ni de ta compassion, cracha Alex. Je veux que tu me dises que tu m’aimes.

    Sans prévenir, il mit le contact et démarra.

– OK, OK…Alex je…je t’aime. C’est bien ce que tu voulais entendre ? Je t’aime, je t’aime…

– Menteuse. Je sais quand tu mens.

    Épuisée par la fatigue et les membres endoloris, Anna se laissa retomber sur le siège. C’était fini…

   Si seulement elle avait écouté Samuel. Si seulement elle avait cherché à comprendre pourquoi l’ex d’Alex ne voulait pas qu’elle aille chez lui !

   C’était à peine si elle le reconnaissait ; le jeune homme qu’elle avait connu des années plus tôt avait cédé place à un psychopathe qui n’avait pas cessé d’être obsédé par elle. Et dire qu’elle avait cru Andréa pire. Finalement l’histoire allait se répéter… Mais cette fois, il y aurait mort d’homme parce qu’elle savait déjà que jamais elle ne pourrait survivre à une séparation aussi brutale.

– Mes bébés…, se mit-elle à sangloter. Mes pauvres bébés…

– Tes bébés sauront se passer de toi, répondit Alex en haussant les épaules. Ils ont leur père et toi tu m’as moi. Quand j’imagine qu’ils auraient pu être de moi si tu m’avais épousé des années plus tôt. Mais bon, rien n’est irréparable, nous aurons tout le temps d’avoir d’autres enfants, rien qu’à nous.

– Espèce de psychopathe ! Je te tuerai si tu me touches, je te… tuerai.

     Sans s’en rendre compte, elle céda à une crise d’hystérie et se mit à crier, frappant des pieds la portière.

    Imperturbable, Alex mit de la musique et augmenta le volume, pour couvrir le bruit de ses cris.

– Je ne te l’ai jamais dit Anna mais, tu es très stupide parfois.

1 commentaire sur “Vengeance et Séduction (Part XXXVI)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *