Vengeance et Séduction (Part XXXIX)

« A chacun sa conception du Happy End. »

– Prenez à gauche. Oui là, cet immeuble…garez-vous juste là.

    Samuel suivit les instructions d’Espéra et finit par se garer. Puis, ils sortirent du véhicule.

– Et maintenant ? s’enquit-il, impatient.

– Monsieur…

– Je n’ai pas le temps d’écouter vos explications, d’accord ? Conduisez-moi à lui, à présent.

– Écoutez ce que j’ai à vous dire s’il vous plaît. Alex est très dangereux, c’est un psychopathe et vous n’avez pas idée de ce qu’il pourrait lui faire s’il se sent menacé.

    Le sang de Samuel se glaça instantanément dans ses veines.

– S’il la touche…

– J’ignore pourquoi il fait ça, mais j’ai l’impression qu’il la connaît depuis assez longtemps. Alors si…

– Attendez, attendez. Comment savez-vous tout ça ? Comment pouvez-vous affirmer avec certitude qu’il a un problème ?

     Elle soupira.

– J’ai été sa petite amie pendant quelques temps. Et vous n’imaginez pas tout ce qu’il a pu faire quand j’étais là. Par contre, je vous assure qu’il n’a jamais torturé qui que ce soit et que s’il retient Anna, c’est peut-être parce que…parce qu’il l’aime.

– Ah vraiment ? Si enlever une personne à sa famille est votre conception de l’amour, vous êtes tout aussi malade que ce type. Qu’est-ce qui vous a pris de ne pas en informer l’hôpital ?

    Elle secoua la tête.

– Je l’aimais. Et je croyais que c’était pareil pour lui. Mais… Pourquoi ne pas prévenir les autorités ? Faire un communiqué à la télé ?

    Exaspéré, il fit signe de le devancer, ce qu’elle s’empressa de faire.

    Cependant, il se révéla qu’elle avait raison, lorsqu’une fois à l’étage, Samuel pu constater par lui-même que l’appartement était quasiment vide. Il n’y avait ni Alex, ni Anna. La seule chose, qui leur prouva que la jeune femme était bien passée par là, fut une boucle d’oreille qu’il repéra tout de suite.

     Il la ramassa et la montra à Espéra.

– Vous voyez ça ? fit-il. Ce matin encore, elle le portait à son oreille. Ce qui signifie que votre cher psychopathe n’y est pas allé de la manière douce.

     La jeune femme ouvrit la bouche, avant de la refermer aussitôt.

– Où a-t-il pu l’emmener, bon sang ?

– Vous croyez…que…

– Mieux vaudrait pour vous que vous ne sachiez pas ce que je crois. Et considérez-vous comme ayant perdu votre travail, parce que je vais vous pourrir l’existence à tous, je vous le jure !

     Sans attendre, il sortit.

***

– Ouvre la bouche, Anna.

    Lasse de lutter et de pleurer, elle obéit et prit dans sa bouche, la cuillère pleine de nourriture que lui tendait Alex.

– Tu vois, j’aime quand tu te montres douce. C’est bien ce qui m’a toujours plu chez toi, dit-il en lui caressant l’épaule, de sa main libre.

    Elle eut un mouvement de recul, ce qui le fit rire.

– Tu vas finir par t’habituer à ce que je te touche, ne t’en fais pas. C’est vrai que passer de meilleur ami à petit ami ça fait un peu bizarre, mais ce n’est pas le plus important.

    Anna le regarda avec le peu de pitié qu’elle était encore capable de ressentir pour lui et secoua la tête. Ses mains qu’il avait de nouveau attachées lui faisait très mal et elle avait l’impression que ses seins enflaient à chaque minute ; dire que ses enfants étaient en train de mourir de faim… La douleur et l’amertume qui lui nouaient l’estomac, n’était rien comparé à la douleur physique. Elle se renvoyait quelques heures en arrière, lorsque Samuel, son Samuel l’avait prévenue de se méfier d’Alex. Si seulement !

    Mais comment aurait-elle pu deviner qu’il était devenu un monstre au cours de ces dernières années ? C’était encore plus incroyable que décevant. Comment avait-il pu en arriver là ? Qu’est ce qui lui y avait poussé ? Elle refusait de croire qu’il ait toujours été ainsi, obsédé par elle.

– J’ai soif, murmura-t-elle.

    Il ne se fit pas prier et approcha un verre d’eau de ses lèvres.

    Plus les secondes et les minutes s’écoulaient, plus elle regrettait de n’avoir pas pu avoir sincèrement avoué à Samuel qu’elle l’aimait plus que tout, et qu’elle n’avait jamais cessé de l’aimer malgré leurs disputes incessantes. Si seulement il savait à quel point ! Maintenant… Maintenant rien ne prouvait qu’elle le reverrait un jour. De même que ses adorables jumeaux qu’elle avait aimés à la seconde où elle les avait eus. Tous les instants de bonheur qu’elle s’était imaginé passer avec eux, allaient partir en fumée, rien que parce qu’elle n’avait pas voulu écouter l’homme qu’elle prétendait pourtant aimer follement.

    Un sanglot lui échappa.

– Bon, je crois que tu dois être fatiguée et donc je te conduirai dans ta chambre.

    « Sa » chambre ? Enfin une bonne nouvelle dans tout cet enfer…

– Nous allons faire chambre à part, la prévint-il en se levant, mais ne crois pas que je suis con, Anna. Je fermerai la porte à clé. Je ne peux pas prendre le risque que tu t’enfuis.

     Il l’aida à se lever et défit enfin ses liens, la faisant frémir de soulagement.

– J’ai mal, Alex, s’il te plaît… Ne me remets plus ces liens.

– Oui pour que tu te tires ? Tu devrais arrêter de regarder leurs séries débiles.

– Je te jure que je ne partirai pas…

     Il haussa les épaules et dit finalement :

– De toute façon, tu ne pourras pas sortir d’ici, moi vivant. Encore que tu ne sais rien de l’endroit où nous sommes.

     Elle ferma les yeux et se laissa guider par lui jusque dans une chambre qu’il désigna comme étant la sienne.

– Je vais te laisser te reposer et reprendre des forces, déclara-t-il. Mais après il faudra que tu manges, parce que je t’aime et je ne te laisserai jamais mourir de faim. Maintenant, dors. Fanaanal ak jàmm ! (Bonne nuit)

     Il ressortit de la chambre et referma la porte derrière lui, la verrouillant également à clé. Une fois seule, Anna couvrit son visage de ses mains et se remit à pleurer. Ce cauchemar était loin d’avoir une fin. Jamais elle ne verrait ses petits grandir et jamais elle n’aurait la chance de vieillir aux côtés de Samuel, comme elle l’avait si souvent rêvé. En l’espace de quelques heures, elle était passée d’une mère heureuse à la femme la plus malheureuse qui soit. Un simple claquement de doigt et la chance avait tourné.

     Dans son malheur, elle se souvint d’une personne qui elle aussi, appartiendrait bientôt à son passé.

***

    Les mains croisées sur sa poitrine, l’esprit ailleurs, Amélia regardait les autres habitants du Centre où elle était internée se promener, sans vraiment les voir. Ses pensées étaient à des kilomètres de là, des années en arrière. Elle voyait une jeune femme qui lui ressemblait, mais paraissait visiblement beaucoup plus jeune et belle. Cette jeune femme avait l’air très triste et se trouvait assise sur un lit, aux côtés d’un homme, dont le visage lui était vaguement familier.

– Cela ne peut plus continuer, Amélia, dit ce dernier. Je ne t’aime pas, je ne t’ai jamais aimé et je ne peux plus continuer à faire semblant.

    Alors qu’il s’attendait à une réponse de sa part, elle se contenta de fixer le lit sur lequel dormait une fillette de huit ans.

– Dis quelque chose.

– Ne pars pas, dit-elle enfin. Fais le pour elle, pour notre fille.

– Tu sais bien que je n’ai jamais voulu avoir d’enfants, déclara l’homme, toujours assis. Anna était une erreur.

– Mais tu l’aimes ! Tu as beau ne pas m’aimer, tu l’aimes elle, malgré ta froideur.

– Comment veux-tu que j’aime une gosse que je n’ai jamais voulu ? ironisa-t-il. Elle est mon sang et ça s’arrête là.

     La jeune femme secoua la tête.

– Quand tu comprendras, ce sera trop tard, Charles.

     En même temps que ce prénom résonna dans sa tête, Amélia eut l’impression de recevoir un seau d’eau froide sur la tête et elle se leva soudainement.

– Charles ? appela-t-elle en regardant autour d’elle. Anna ? Anna ?!

     Ne voyant rien d’autre que des malades en habits blancs, elle se rassit et entreprit de se souvenir de l’endroit où elle se trouvait. Elle observa ses mains, son habit et tâta ses cheveux.

      Que se passait-il ? La dernière chose dont elle se souvenait était la nuit où son mari les avait abandonnées, sa fille et elle. Mais où se trouvait donc Anna ? À l’école ? Chez les voisins ? Quel était cet endroit étrange et tous ces gens habillés de blanc ?

– Anna !

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