Vengeance et Séduction (Part XLVI)

ENVIRON DEUX SEMAINES PLUS TARD.

    Presque tout était rentré dans l’ordre. Grâce à l’aide d’Oscar, Anna avait réussi à faire sortir sa mère du centre, juste après que Samuel, elle et les enfants, soient retournés à Dakar. Pour la seconde fois, Oscar demanda Andréa en mariage et sa réponse fut sans hésitation : ils allaient renouveler leurs vœux, mais cette fois de la manière la manière la plus sincère, parce qu’une chose était sûre, ils avaient fait des progrès, tous les deux. Oscar était convaincu qu’il ne changerait peut être jamais complètement, mais pour sa famille, il avait décidé de faire abstraction du passé. Il allait épouser la femme qu’il aimait et c’était à ses yeux, une seconde chance qu’il était prêt à saisir. Sans parler de leur deuxième enfant qui était en route.

***

– C’est le plus beau mariage auquel j’aie jamais assisté, commenta Anna, quelques jours plus tard, à la réception de mariage d’Oscar et Andréa.

     Elle donna un coup de coude à Samuel.

– N’est-ce pas chéri ?

     Il fit mine de sourire, alors qu’il avait l’esprit complètement ailleurs.

– Absolument.

– La robe d’Andréa est très belle, mais je crois que j’aurais préférée une beige, plutôt qu’une blanche.

    Elle haussa les épaules.

– Quoiqu’il en soit, ce n’est pas la robe qui compte. Ni le gâteau d’ailleurs, ni les… Tu m’écoutes ?

– Je t’écoute Anna.

    Elle déposa sa fourchette.

– Je me trompe ou tu es vraiment en train de mater la fille en rouge là bas ?

    Il suivit son regard et découvrit une fille assez banale, qu’il ne connaissait nul part et qu’il n’était nullement en train de « mater ».

– Je ne la regardais pas, j’avais l’esprit ailleurs.

– Et pourquoi précisément alors que je te parle ? Tu regardais son derrière.

– Foutaises.

    Il se leva, manquant de renverser son verre de vin sur la table. Heureusement que toutes les personnes présentes à leur table étaient allé se servir et que le bruit de la musique couvrait la voix d’Anna.

– Où est-ce que tu vas ?

– Prendre de l’air, répondit-il, avant de s’en aller.

    Il ne remarqua qu’elle l’avait suivi qu’une fois dehors.

– Je réponds quoi à ton frère s’il demande d’après toi ?

– Ce que tu veux.

– Si c’est comment formuler une demande en mariage qui te rend nerveux et à ce point irritable, je me demande comment tu aurais réagis si tu avais été présent dans la salle d’accouchement.

    Il s’arrêta net, avant de se retourner, pour lui faire face.

    Elle lui lança une petite boîte qu’il attrapa.

– Tu as oublié ça ce matin dans la salle de bain. dit-elle. Alors c’était quoi le plan ? Une dernière dispute, en souvenir du bon vieux temps ?

    Interloqué, il s’empressa de vérifier l’intérieur de la boîte : elle y était toujours, la bague. Il l’avait acheté deux jours plus tôt, après avoir pris sa décision, mais ensuite il avait hésité à lui faire sa demande en mariage.

– Alors ?

– Acceptes-tu de m’épouser, Anna ?

– Non.

    Il se tut un bref instant, avant de reprendre en disant :

– Écoute mon ange…

    Il fit plusieurs pas vers elle.

– Ce n’est pas ce que j’avais prévu. Pas de cette façon.

– Tu as quand même entendu ce que j’ai dit ? J’ai dit non.

– À quoi ?

– Je ne deviendrai pas ta femme.

– Tu l’es déjà.

– Non, je ne suis que la mère de tes enfants.

– Alors deviens-le ?

    Elle le foudroya du regard, tandis qu’il avançait toujours.

– Deviens ma femme, devant Dieu et devant les hommes.

    Elle croisa les bras.

– C’est toujours non, Anour.

– Et si je me mettais à genoux ?

    Il joignit le geste à la parole et posa un genoux à terre.

– Comme ça.

– Ce sera toujours non, désolée.

    Elle l’ignora durant encore de longues minutes, pendant qu’il essayait de la convaincre d’accepter de se marier avec lui. Puis quand il commença à trouver sa position inconfortable, il se leva et se rapprocha d’elle.

– On peut retourner à l’intérieur ?

– Oui, répondit-il, avec calme et en lui tendant la main.

     Lorsqu’elle lui tendit la sienne, il l’emprisonna aussitôt et de son autre main, il lui passa au doigt la bague qu’il avait sortie de sa boîte.

– Je nous déclare mari et femme, fit-il, d’un ton solennel, en adoptant son air le plus sérieux.

     Elle ouvrit la bouche pour protester, mais il l’interrompit d’un baiser.

– Vous pouvez embrasser la mariée, murmura t-il, en l’attirant à lui.

     Elle secoua la tête, tandis que son visage s’illuminait d’un sourire.

– Que vais-je donc pouvoir faire de toi ?

– Tu pourrais par exemple me répondre par un « Oui, Samuel chéri, j’accepte de devenir ton épouse et de passer le restant de mes jours à tes côtés » ? fit-il, alors qu’elle nouait ses bras autour de son cou.

– Mmmm ?

– Je te rendrai très heureuse, compléta t-il. Tu le sais déjà, j’espère ?

– J’ai appris à ne plus en douter, une seule seconde.

– Alors ?

– Oui, Samuel chéri, j’accepte de devenir ton épouse et de passer le restant de mes jours à tes côtés.

     Elle lui donna un coup sur l’épaule.

– Nous ne sommes pas au temps de Shakespeare, monsieur. Alors je rectifie, oui oui et oui je veux devenir ta moitié et vieillir à tes côtés. J’accepte non pas parce que cela devait arriver, mais parce que je suis sûre et certaine qu’aucun homme ne pourra m’épauler et me supporter comme tu l’as toujours si bien fait.

     Elle leva les yeux aux ciel.

– Sans parler de nos disputes. J’avoue que des fois, je suis tentée de t’étouffer durant ton sommeil.

     Il faillit s’étrangler de rire.

– Au cas où tu serais encore tentée, je te rappelle que tu ne peux pas vivre sans moi.

     Elle éclata de rire.

– Ah non ?

– Héooo, les amoureux ! cria une voix

     C’était la nouvelle secrétaire d’Oscar, Jasmine.

– Le gâteau va être coupé et les mariés vous réclament. Faites vite !

     Ils se hâtèrent de retourner à l’intérieur.

***

– Merci à vous tous ici présents, d’être venus assister à mon mariage, dit Oscar, une fois que le gâteau fut coupé et qu’on les ait arrosés Andréa et lui, de champagne. Où devrais-je plutôt dire mon « remariage » ?

     Des rires parcourent l’assemblée des invités. Il reprit.

– Quoi qu’il en soit, je vous suis très reconnaissant et je souhaite à bon nombre d’entre vous d’avoir la chance de vivre ce que je vis avec cette femme si spéciale.

     Il leva sa coupe de champagne en posant les yeux sur Andréa, qui était assise à leur table, les yeux braqués sur lui.

– À Andréa ! cria un homme, que tout le monde imita avant d’applaudir.

    Des « à Andréa », fusèrent toutes parts, tandis que le maître de cérémonie reprenait la parole. Il invita les mariés à ouvrir le bal, puis les témoins suivirent, dont Samuel et Anna.

– C’est la première fois que nous dansons ensemble, murmura Samuel, juste après avoir enlacée la jeune femme.

    Elle sourit.

– Tu sembles plutôt bien t’y connaître.

– Quoi ? Quelques pas par ci et là ? Je suis seulement assez intelligent pour comprendre que ce n’est pas de la magie.

   Anna déposa un baiser sur sa tempe.

– Merci.

   Il ne dit rien.

– De me rendre heureuse, d’avoir fait irruption dans ma vie. De m’avoir pardonnée.

– Je t’aime.

– Moi encore plus !

– J’en doute, protesta-t-il. J’ai été le premier à succomber.

– N’importe quoi, c’est moi qui ai…

– Alors ce petit fêtard s’est finalement décidé à entrer dans la cours des grands ?

     Ils redressèrent la tête. Oscar tendait la main vers Anna, pour l’inviter à danser, quand ses yeux se posèrent sur sa bague. Au même moment, Samuel remarqua Andréa et alla danser avec elle.

– Heureuse ?

– Très, répondit Anna, en souriant.

     Chose qu’elle n’aurait jamais cru possible. Sourire à Oscar Nelson, l’homme qui l’avait manipulée pendant longtemps.

– Et même si j’ai du mal à le croire, je te dois en partie, tout ce qui m’arrive aujourd’hui.

– Comme le dit si souvent ma mère « vous êtes destinés l’un à l’autre ». Tu as réussi à le caser, ce n’est pas donné à n’importe qui d’accomplir un tel exploit, alors félicitations.

– Félicitations à toi aussi, patron.

     Enfin. Toute cette colère avait disparu. Tout le mépris qu’elle avait longtemps éprouvé à son égard, avait disparu et elle en était soulagée. Qui a dit que la vengeance apaise ? Bien avant la cérémonie de mariage, Oscar les avait tous réunis. Certaines choses avaient été mises au clair et certaines vérités avaient été révélées. La seule chose qu’Anna avait retenue était qu’ils formaient malgré TOUT une famille et que les membres d’une famille parviennent toujours à se pardonner, quoi qu’il arrive. Parfois le pardon peut prendre du temps, des jours, des semaines, voire des années, mais au final, il en vaut toujours la peine.

                                       Fin.

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