Vengeance et Séduction (Part XLV)

– Sonia ?

    Il ouvrit la portière et descendit du véhicule.

– Qu’est-ce que tu fais là ? s’enquit-il, avant de se souvenir qu’elle était la sœur d’Alex.

– C’est elle qui a fait ça ? demanda celle-ci, en fixant Anna, une expression d’horreur sur le visage. C’est elle qui l’a mis dans cet état ? Il ne reste quasiment rien de lui !

    Elle détourna les yeux et se mit à pleurer.

– Ce n’est pas la faute d’Anna, elle a failli mourir, elle aussi.

– Tu veux dire que…

– J’ignore pourquoi, mais c’est bien lui qui a mis le feu. Il ne mérite pas que tu t’effondres.

– C’était mon frère… C’était mon unique famille et il était très malade, tu comprends ça ? Non, tu ne peux pas comprendre, parce que les choses se sont passées comme tu l’espérais, comme vous l’espériez tous.

– Tu m’accuses ? Sais-tu seulement ce qu’il avait l’intention de faire ?

    Pour toute réponse, elle s’éloigna à pas rapides, le laissant stupéfait.

    Lorsqu’il regagna la voiture. Anna le regardait, sans mot dire, comme si elle s’attendait à ce qu’il lui reproche tous les maux du monde.

– Je suis désolée, murmura-t-elle.

– Moi aussi. Il faut que tu te fasses examiner, Sonia parlera aux autorités.

– Sonia ?

– La sœur d’Alex. C’est une longue histoire, mais pour le moment, il faut que je t’emmène à l’hôpital.

– Je n’ai rien, Samuel. J’aimerais juste pouvoir serrer mes enfants dans mes bras, ils me manquent tellement.

     Samuel jeta un coup d’œil à Farah, à l’arrière ; elle s’était endormie. Ensuite il prit le visage d’Anna dans sa main et le tourna dans les deux sens.

– Tu vois… ? Je vais très bien.

– Pour certaines blessures, comme les commotions cérébrales, les symptômes n’apparaissent que plus tard. Il faut te mettre sous observation.

– Tu sais…

– Il t’a frappée.

    Elle pinça les lèvres et se crispa.

– J’ai raison ?

    Malgré elle, elle dû approuver.

– Mais il n’était pas lui-même, ce n’est pas l’Alex que j’ai connu.

– Que t-a-t-il fait d’autre ? demanda-t-il.

– Rien, il a essayé de me brûler vive, mais je m’en suis miraculeusement sortie indemne. Quand je pense à la façon dont j’aurais pu mourir…

– A-t-il essayé d’abuser de toi ?

    Elle s’interrompit, en se rappelant de ce qu’il avait tenté de lui faire, avant qu’elle ne le brûle, à l’eau chaude. La pensée insupportable qu’il aurait pu parvenir à ses fins, la traversa et elle tourna la tête vers la vitre, tandis que des larmes coulaient sur ses joues.

– Partons d’ici, s’il te plaît.

    Samuel mit le contact et l’instant d’après, ils s’en allèrent. Cependant, elle n’avait toujours pas répondu à sa question et cela le perturbait. Et si ce fou à lier avait vraiment profité de sa vulnérabilité ? L’incertitude le rongeait, à tel point qu’à deux reprises, il brûla le feu.

    Au bout d’un moment, Anna s’endormit, elle aussi, le laissant à ses sombres pensées. Dieu savait depuis combien de temps, elle n’avait pas pu dormir, du sommeil du juste. Mais quoi qu’il se soit passé, il était déterminé à ne plus la lâcher, un seul instant. Même s’il restait encore entre eux, l’épisode de sa trahison, il était prêt à tourner la page et à leur accorder à tous les deux, une nouvelle chance ; maintenant qu’il savait qu’elle tenait à lui, autant que lui à elle, la donne allait être changée.

***

– Allons, allons, mon pauvre petit mari, ne pleure plus. Je suis là, shut… Je suis là.

    Tandis que Myriam, berçait inlassablement Edy, qui n’arrêtait pas de pleurer, Oscar, lui était assis dans un coin, en train de réfléchir.

– À bien y penser, dit sa mère, cet enfant te ressemble plus qu’il ne ressemble à son père.

    Il releva la tête.

– Toi aussi, tu étais très irritable étant petit.

    Il eut un sourire en coin et secoua la tête.

– Je suppose que Samuel, lui, était l’ange incarné ?

– Non, lui il passait toutes les journées à manger et à dormir. Comme Aïda, tu vois ?

    En effet, celle-ci dormait paisiblement, dans son berceau.

– J’espère qu’il n’y a aucun souci ? Tout va bien ?

– À part que la complice de notre kidnappeur se soit enfuit et qu’il me tarde de rentrer chez moi, oui tout va bien. Samuel a enfin retrouvée Anna.

– Je savais qu’il allait y parvenir.

– Pourquoi en étais-tu si certaine ?

– J’ai toujours eu confiance en Dieu et ces deux-là sont destinés l’un à l’autre. C’est comme Andréa et toi, chéri, une mère sent ces choses-là.

    Il ne dit rien, lorsqu’elle s’approcha de lui.

– Tu veux le prendre un instant ? Tu ne les as jamais touchés, depuis qu’ils sont nés.

– J’ai déjà assez de mal avec Fleur, alors…

– Fleur t’adore et tu ne devrais pas avoir peur d’elle. D’Edy non plus, les enfants aiment tout le monde, jusqu’à un certain âge.

– Je n’ai pas peur des enfants.

– Si. Tu as peur de mal les tenir, de ne pas pouvoir répondre à leurs attentes, de ne pas pouvoir les aimer.

– J’aime ma fille et mes neveux.

– Je sais, mon ange. J’ai vu comment tu les regardais lorsque tu es arrivé et c’est un soulagement que cette partie de toi, n’ait pas disparu.

– Comment ?

     La porte s’ouvrit, laissant entrer Anna suivit de Samuel. Le visage de Myriam s’illumina d’un grand sourire.

– Jerejef Ya’Allah (merci mon Dieu). Je suis tellement contente de te revoir, ma chérie.

    Anna s’approcha d’elle et l’étreignit.

– Moi aussi, ma tante. Je n’imagine pas à quel point vous avez dû prier pour moi.

    Ses yeux se posèrent ensuite sur son fils et elle voulut le prendre dans ses bras. Cependant, une main se posa sur la sienne, interrompant ainsi son geste ; c’était Oscar. Elle le dévisagea avec incrédulité.

– Qu’est-ce qu’il y’a ? demanda-t-elle.

    Il fit signe à Samuel et ce dernier prit la parole, en s’avançant vers elle.

– Ce ne serait pas prudent que tu les prennes, Anna, tu manques de force. Il faut que tu voies un médecin.

    Elle se retourna.

– Tu plaisantes ?

    Sans prévenir, elle alla jusqu’au berceau d’Edy, pour le soulever, lui. Là encore, on l’en empêcha. Samuel emprisonna carrément ses mains, dans les siennes. Elle passa de la surprise à la nervosité.

– Qu’est-ce que tu fais ? Lâche-moi !

    Il lui montra ses mains.

– Tu as les mains meurtries, tu ne peux pas les porter, tu auras mal.

– Je veux avoir mal, laisse-moi prendre ma fille, s’il te plaît !

    Une larme coula sur sa joue.

– Je ne te comprends pas, pourquoi m’empêches-tu de…

– Tu as pensé à si tu t’évanouissais soudainement ? demanda Oscar. À moins que tu ne veuilles qu’un incident ait lieu, il faut que tu te fasses examiner, avant.

– Ils ont raison, ajouta Myriam. C’est uniquement pour ton bien, les enfants ont besoin que tu ailles bien.

     Elle allait crier qu’ils n’avaient aucun droit de lui imposer leur volonté, mais le regard de Samuel l’en dissuada et elle finit par capituler. S’ils voulaient la preuve qu’elle allait bien, ils allaient l’avoir. Ensuite, elle allait pouvoir de nouveau être avec ses enfants…et Samuel.

    Pourtant, ils n’eurent qu’à faire quelques pas dans le couloir, pour qu’elle perde connaissance. Samuel se trouvait derrière elle à ce moment et il lui évita une chute brutale, au sol. Ensuite, il dû la porter, alors qu’une infirmière accourait.

– Par ici, s’il vous plaît. Dépêchez-vous !

***

     De légers gazouillements tirèrent Anna de sa torpeur. Elle voulut ouvrir les yeux, mais n’en fit rien. C’était la troisième fois, qu’elle renonçait à s’arracher à l’obscurité dans laquelle elle se trouvait, d’ailleurs. Elle percevait des voix, aussi lointaines, les unes que les autres et une autre petite voix dans sa tête, lui disait qu’elle était morte, depuis longtemps et qu’elle allait s’en rendre compte par elle-même, si elle ouvrait les yeux. Voilà pourquoi, elle s’obstina à les garder fermés.

    Avant ça, elle avait fait le même rêve étrange, à deux reprises, où on l’y voyait sur un lit d’hôpital, les yeux clos, le visage livide et autour d’elle se trouvaient toutes les personnes, qui avaient fait partie de sa morne existence. Samuel était assis dans un coin, la tête baissée et les épaules affaissées. Elle ne voyait pas son visage, mais il ne lui fallut aucun effort pour s’apercevoir qu’il pleurait, à chaude larmes. D’ailleurs, toutes les personnes présentes dans la salle pleuraient et comme par miracle, Amélia s’y trouvait également. Elle tenait quelque chose dans ses bras et avait les yeux rivés sur le corps immobile de sa fille. Dans le rêve, elle semblait normale, comme si elle était guérie ; la preuve elle n’arrêtait pas de murmurer « ma petite Anna ».

     Les gazouillements reprirent et le rêve prit à nouveau fin, comme la fois précédente. Les voix se rapprochèrent également et pour la première fois, elle prit conscience qu’un corps chaud était blotti contre le sien. Un corps qui ne tenait pas en place et qui de plus, tirait sur sa robe. Elle le toucha et reconnut immédiatement la tête duveteux, les joues et les petits bras d’un nourrisson. Cette fois, elle ouvrit les yeux.

– Anna ?

    Elle tourna légèrement la tête et son regard croisa celui de Samuel. Il était dans un piteux état, la chemise horriblement froissée, l’air accablé et il avait même une barbe qui devait dater de trois jours. Lui qui…

    Trois jours ?

    Elle regarda autour d’elle avant de reporter son attention sur le bébé qui était posé sur sa poitrine. C’était Edy. Ses grands yeux marron la fixaient avec perplexité, tandis que son pouce et son index étaient grand enfouis dans sa bouche. Elle lui sourit et lui caressa la tête.

– Salut, mon amour.

    Ensuite, elle se tourna à nouveau vers Samuel.

– Que s’est-il passé ? demanda-t-elle.

– Tu ne te souviens de rien ?

    Il prit sa température, en lui touchant le front.

– Je vous avais bien dit que j’allais bien, dit-elle, en faisant la moue.

– Tu n’as pas ouvert les yeux depuis trois jours et ta respiration s’est soudainement arrêtée, Anna.

    Elle écarquilla les yeux et le regarda plus attentivement. Il avait vraiment pleuré ? Comment…

– Le docteur a dit que tu étais en train de te laisser mourir, malgré que tu n’aies rien de grave, à part une blessure à la tête. C’est à cause d’Alex ? Tu crois vraiment que tu aurais pu quoi que ce soit, pour lui ?

– Samuel…

– Rassure moi que tu ne vas pas passer le restant de tes jours à culpabiliser, soit disant qu’il était malade et que tu aurais pu l’aider. Tu as oublié ce qu’il a fait, ou quoi ?

– Samuel, s’il te plaît.

     Elle voulut se redresser, mais y renonça très vite. La tête lui faisait très mal et sa vision était floue.

– Pourrais-tu me donner un peu d’eau, s’il te plaît ?

     Il l’aida à se mettre sur le dos, puis prit un verre sur la table, qu’il porta à ses lèvres.

– Tu as des hallucinations ? demanda-t-il, un moment plus tard.

– Des quoi ?

– Des hallucinations, des picotements au niveau de la tempe. C’est probable, tu ne t’étais pas encore complètement remise de l’accouchement avant tout ça. Visiblement.

– Ah, mais j’allais plutôt bien. J’étais en pleine phase de perte de poids.

     Elle haussa les épaules.

– Tous ces médecins abusent, quand est-ce qu’on pourra rentrer chez nous ?

– Ce soir, si d’ici là tout se stabilise.

– Ok, d’accord.

     Il se pencha et l’embrassa sur le front.

– Repose-toi, je vais passer un coup de fil et je reviens. J’emmène Edy avec moi, sa petite sœur risque d’être jalouse.

     Il sortit et revint une heure plus tard. Après s’être assuré qu’Anna était en mesure d’allaiter à nouveau convenablement ses enfants, le docteur les autorisa à quitter l’hôpital.

     Oscar prit congé, après avoir échangés quelques mots avec son frère et comme par hasard, Myriam le suivit. Ce qui fit tiquer Anna, car malgré tous les sourires bienveillants autour d’elle, les brefs coups d’œil de Samuel ne lui avaient pas échappé.

     Lorsqu’il fut l’heure d’aller se coucher et après avoir endormis les jumeaux, elle lui posa la question qui lui brûlait les lèvres, depuis un moment.

– Au fait, il se passe quoi avec Oscar ?

– Rien, répondit Samuel. Pourquoi ?

– Il m’a évité durant toute la journée et il était très pressé de s’en aller. J’ai donc pensé qu’il y avait un problème.

– M…ouais.

– Alors ?

– Andréa est enceinte, j’ai oublié de te le dire.

     Elle leva un sourcil.

– Ah ça ?

    Son air stupéfait arracha un sourire à Samuel.

– Nous allons avoir un neveu.

– Où une nièce ? Je n’aurais jamais pensé que ce serait aussi rapide, comment ça se fait ?

      Elle se coucha et il se glissa à ses côtés.

– Quoi ? Tu veux savoir comment on fait un bébé ?

     Elle pouffa de rire et se mit sur le côté, pour lui faire face.

– J’imagine que c’est ce qui le rendait aussi nerveux ? Ça n’a pas dû être facile de la laisser seule pendant des jours, après ce qu’ils ont traversé, tous les deux.

– Je trouve que nous aussi, nous avons traversé des choses et pas des moindres.

     Elle prit appui sur l’un de ses coudes.

– À propos…, dit-elle, tu te souviens de ce que tu m’as dit il y’a quelques jours ?

– Ça dépend. À quel moment ?

– Quand je t’ai appelé, avec le téléphone d’Alex. Quand je t’ai dit que je t’aimais, tu…

– J’ai dit que c’était réciproque. Tu veux que je te le répète ?

– Tu ne me l’avais jamais dit avant.

– J’ai été idiot, c’est vrai.

– Totalement d’accord !

     Elle se blottit contre lui.

– Ton odeur, ton parfum m’a manqué. Tes baisers m’ont manqué, tes caresses et par dessus tous nos disputes.

    Il éclata de rire et elle redressa la tête.

– Je t’assure. Tout de toi m’as manqué.

    Il l’embrassa dans le cou.

– C’est très malin de vouloir me déconcentrer, soupira-t-elle.

– Toi aussi tu m’as manquée, avoua-t-il. Il ne s’est pas passé une seule minute, sans que je ne regrette de n’avoir pas profité de ce que la vie m’offrait, malgré toutes mes erreurs : toi.

– Heureusement qu’il n’est pas trop tard, n’est-ce pas ? C’est qui la fille qui t’accompagnait ?

– Farah.

– Qui est-elle ?

– Disons que Dieu la mise sur mon chemin pour que je te retrouve. Mais ça aussi c’est quelque chose que je te raconterai plus tard. En revanche, il faut que je t’annonce quelque chose d’important.

     Anna resta muette.

– C’est à propos de ta mère.

    Elle se raidit automatiquement.

– Hey, du calme, la rassura-t-il. Tout va bien.

– Qu’est-ce donc ?

– Elle a retrouvé la mémoire. Elle se souvient enfin de tout.

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