Vengeance et Séduction (Part XLIII)

– Merde !

– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Farah, percevant l’inquiétude de Samuel.

    Il ne répondit pas, mais elle le vit manipuler son téléphone d’une main, tandis que l’autre tenait le volant.

– Nous allons avoir un accident ! fit-elle en fixant sur lui son regard embrumé. Vous êtes sûr d’aller bien ?

– J’irai bien si tu te contentais de m’indiquer le chemin à prendre.

– Ah…pardon. Mais c’est vous qui conduisez donc…

– Allô ? l’interrompit-il en collant le téléphone à son oreille. Je crois qu’il est tant que les autorités s’en mêlent. Non… Mais je suis sûr que l’infirmière est dans le coup, elle a menti…

    L’échange dura quelques minutes, avant qu’il ne se concentre à nouveau sur la route.

    Il avait cru qu’entendre la voix d’Anna l’apaiserait, mais depuis tout à l’heure il se sentait affreusement coupable, et lâche. Lâche, parce que contrairement à elle, il aurait pu lui avouer ou du moins lui dire ce qu’elle représentait pour lui ; cela leur aurait évité bien de dommages et ils n’auraient pas eu tant de regrets. Mais de toute façon, maintenant elle savait et c’était encore mieux que lorsqu’elle pensait qu’il était incapable d’éprouver quoi que ce soit. Maintenant, elle savait que même le dernier des salauds avait un cœur.

***

– Alors comme ça, tu pensais pouvoir m’échapper aussi facilement ?

    Anna porta son attention sur le visage d’Alex et fut prise de nausée. Il avait raison : elle l’avait à moitié défiguré avec cette eau chaude.

    Il montra le téléphone qu’elle avait laissé tomber, du regard.

– Donne-moi ça.

    Au lieu de l’écouter, elle se leva et se mit à reculer jusqu’au lit.

– Kay fi sama khôl (viens ici mon cœur).

    Il referma la porte derrière lui.

– Fiche le camp ! lui lança-t-elle.

    Il lui refit face, lui montrant ce qu’il restait de son visage.

– Le mal par le mal, Anna. Tu n’aurais pas dû.

    Il avançait en même temps qu’elle reculait.

– Pourquoi fais-tu ça ? Loutakh ? (pourquoi ?).

– Damaa laa bugue (je t’aime).

    Elle secoua la tête, avec pitié cette fois.

– Je t’aimais comme un ami. J’aurai beaucoup fait pour toi.

– En épousant le père de tes enfants ? Ouais c’est ça !

– Nous étions séparés !

– Comme si cela comptait, ironisa-t-il.

– Ça…

    En un clin d’œil, il fut près d’elle, la retenant par le pied, lorsqu’elle sauta sur le lit pour se diriger vers l’autre bout.

– Viens ici, je te dis !

    Il la tira par les deux pieds, ignorant les coups qu’elle réussit à lui donner. C’était comme si l’eau chaude n’avait eu aucun effet sur lui, mises à part les brûlures.

– Tu commences sérieusement à me taper sur les nerfs, déclara-t-il, en refermant une main rugueuse sur la gorge de la jeune femme.

   Le visage d’Anna se crispa et elle essaya de le griffer, en vain.

– A…lex… Al…

– Un dernier souhait ?

   Il la propulsa violemment au sol, puis se dirigea à nouveau sur elle. Mais lorsqu’il l’attrapa pour la retourner, elle respirait péniblement et avait les yeux fermés. Un filet de sang s’échappait également de son nez.

– Debout, je ne suis pas en mesure de te porter, tu le vois bien ?

    Il la secoua dans tous les sens, puis n’obtenant pas de réponse, il décida de la tirer hors de la chambre, par les pieds.

– Comme dans les films, murmura-t-il, pour lui-même.

    C’est seulement à ce moment, qu’il remarqua la tâche de sang sur l’un des pieds du lit. À l’évidence, elle s’était cognée dessus en tombant et s’était évanouie. Mais ce ne devait pas être si grave. Enfin…pas plus grave que la manière dont ils allaient mourir tous les deux.

    Il la tira jusqu’au salon et s’arrêta un moment pour admirer sa poitrine qu’il avait dénudée un moment plus tôt, avant qu’elle ne songe à en finir avec lui. C’est vrai qu’au début, il avait songé à leur offrir à tous les deux, une nouvelle vie, ailleurs, mais maintenant cela n’allait plus être possible et tout ça à cause d’elle ! Comment allait-il pouvoir expliquer ses brûlures ? Encore qu’il n’avait pas le temps d’aller à l’hôpital ; l’autre pimbêche avait téléphoné et peut-être même bien qu’on les avait déjà repérés. Et là encore, si Sonia n’avait finalement rien dit ! La technologie et ses progrès…

    Alex alla chercher une chaise dans la salle à manger et lorsqu’il revint, elle était déjà revenue à elle.

– Bon on a assez joué. Maintenant, tu vas te lever et faire tout ce que je te dirai, à moins que tu n’aies pas envie de revoir et Samuel et les gosses.

    Comme il l’avait prévu, elle se redressa lentement et finit par se lever.

– Finies les bêtises. N’essaie plus de me fausser compagnie.

– Laisse-moi partir.

– Oh si que je le ferai. Mais pas si tu me mets de nouveau en colère.

– Qu’est-ce… Que veux-tu ?

– Sûrement pas l’argent d’Anour. Assieds-toi donc là, dit-il en désignant la chaise.

     Anna obéit, s’attendant à ce qu’il finisse par tenir promesse.

     «Tu es bien folle de lui faire confiance», lui souffla pourtant la voix de la raison. Mais avait-elle seulement le choix ? Évidemment que non. Son sort reposait entre les mains d’un malade.

– Place tes mains derrière ton dos.

    Il se débarrassa de sa ceinture et lui attacha les poignets.

– Qu’est-ce que tu vas me faire ? demanda-t-elle, malgré l’inquiétude qu’elle tentait de dissimuler.

– Rien du tout, répondit-il en observant ses mains brûlées. Tu te souviens de comment tout a commencé n’est-ce pas ?

    Il se dirigea vers la cuisine et Anna tenta de réfléchir à ce qu’il venait de dire. Elle se souvenait parfaitement de comment ils s’étaient rencontrés. Il était à sa dernière année de médecine et un soir alors que tous les deux se trouvaient dans la bibliothèque, chacun ignorant la présence de l’autre, un câble électrique ou plusieurs avaient sauté et certains livres avaient commencé à brûler. C’est vrai que sans lui, elle y serait restée puisqu’au moment de l’incendie, elle était profondément endormie, la tête dans un livre, des écouteurs aux oreilles. Mais alors quel était le rapport avec cet incendie qui datait de plus de cinq ans ?

– Ça y est, ma puce ? Tu t’en souviens ?

– Non.

– Fénékate (menteuse), cracha-t-il.

    Il tenait dans une main, un bidon de cinq litres et dans l’autre une bougie. Les yeux d’Anna s’écarquillèrent de stupeur. Il comptait…la brûler !

    Elle le vit sourire.

– Vu la tête que tu fais, je suppose que la mémoire t’es revenue. Où est-ce que tu as mis la boîte d’allumettes s’il te plaît ? J’en ai besoin.

    La gorge nouée, elle ne dit rien, de peur de ne pas au contraire hurler.

    Alex déposa ce qu’il avait en main et s’assit un moment. Il s’assit à même le sol et se mit à la fixer avec fascination.

– Tu es tellement belle, dit-il. Plus belle que Dianeba, j’avoue.

– Dianeba ?

    Il haussa les épaules.

– La mère de ma fille. Qu’est-ce que tu croyais ? Que je l’avais eu comme cadeau de Noël ? Bien sûr qu’à un moment je suis retombé amoureux.

– Oh…

– Ah tu vois bien que tu n’es pas si inoubliable que ça. Cette pouffiasse m’a brisé le cœur, tout comme toi. Mais elle… Elle a préféré partir vivre avec Wally Diop, nous laissant Luna et moi.

– Wally… ? Le fils de…

– Oui, oui, le fils de qui tu sais. Et j’imagine que toi aussi tu es avec Anour parce qu’il est plein aux as.

    Il se mit à rigoler.

– C’est toujours préférable à un cancéreux n’est-ce pas ?

    Une larme involontaire coula sur la joue d’Anna.

– J’aurais voulu t’aider, Lex.

– La ferme ! Tu aurais peut-être voulu me voir enfermé dans un hôpital psychiatrique, bourré de drogues, l’essentiel étant que je ne vous emmerde plus.

– Tu…

– Je ne te voulais pas de mal, jusqu’à ce que tu oses te frotter à lui devant moi.

    Aucun argument n’allait le dissuader de faire ce qu’il voulait, aussi Anna choisit-elle de lui dire toute la vérité.

– J’aurais peut-être pu finalement tomber amoureuse de toi, qui sait ? J’avais quitté Samuel pour de bon et si tu ne m’avais pas enlevée… Si tu m’avais laissé le temps nécessaire je t’aurai finalement suivi.

    Elle le regarda droit dans les yeux.

– Mais maintenant, tu sais quoi ? Je te suis reconnaissante d’avoir fait tout le sale boulot, parce que si tu ne t’étais pas donné autant de peine, je n’aurais jamais réalisé toute seule, à quel point je suis amoureuse de lui. Je ne t’en veux presque plus, tu es malade.

– Je suis loin d’être malade.

– Bien sûr que si, tu as un cancer qui finira par te tuer. J’ignore comment tu en es arrivé là, mais… Mais tu peux encore aller te faire soigner.

– Tu m’en diras tant.

     Il se leva enfin et s’empara à nouveau du bidon qui devait contenir… du pétrole. Elle l’avait remarqué un peu plus tôt dans la journée, mais à ce moment, elle n’aurait jamais cru qu’il en arriverait là. Qu’il allait vouloir la tuer.

– Tu m’as brûlé et je vais te rendre la pareille. Ou peut-être même bien qu’on périra tous les deux, parce qu’avec mon nouveau visage, tu comprends bien qu’il est impossible d’aller où que ce soit, n’est-ce pas ? Et puis il y’a ce que tu n’aurais jamais dû faire : appeler les secours.

– J’ai appelé Samuel.

– Et tu t’attends à ce qu’il vienne faire quoi ? Qu’est-ce que t’es bornée.

     La sonnerie d’un téléphone les interrompit, mais il la fit taire en fracassant ce dernier sur le carreau du sol. Ensuite seulement, il ouvrit le bidon et se mit à verser le pétrole sur elle.

– Désolé, mais ça risque de faire plus de mal que l’eau chaude.

    De nouveau, Anna se mit à s’agiter sur sa chaise, essayant à tout prix de se libérer des liens qui la retenaient.

    Il vida la moitié de bidon sur elle et reprit la même chose, sur lui.

– Pas si dégueulasse que ça, dit-il ensuite, en cherchant quelque chose dans sa poche. Ça a plus l’air d’être un jeu d’enfants, en fin de compte.

– Alex… Su la neexee (s’il te plaît).

– Non. Je crois avoir oublié les allumettes, un instant.

     Il se redirigea vers la cuisine en sifflotant.

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