Vengeance et Séduction (Part XLI)

Cinquième jour

– Tu n’aurais pas dû m’appeler avec un numéro masqué.

– Désolé, mais j’ai perdu mon téléphone. J’ai dû en acheter un autre.

– OK. Tu es sûre qu’on pourra passer la frontière ? Vous ne vous ressemblez pas tellement.

– Ne me vexe surtout pas, Alex. Mais de toute façon, nous verrons si d’ici peu, elle aura toujours son visage d’ange.

– Ça va. C’est quoi le nom de ton ami ?

– Il te reconnaîtra lui-même, une fois là-bas.

– Très bien. Par contre, toi, tâche d’être discrète. Méfie-toi d’Anour.

– Tss tss, tu sais bien que même sous torture, je ne dirai rien. En plus, il ne m’intimide pas du tout, le beau gosse. Bientôt, ils perdront tous espoir et Anna ne sera plus qu’un souvenir pour eux.

***

– Je ne veux pas que la police s’en mêle, déclara Samuel, à sa mère.

– Tu vas te rendre malade Samuel, regarde toi, ce n’est pas en t’acharnant de la sorte qu’elle reviendra. Tu as pensé aux enfants ?

    D’un mouvement brusque, il se leva et souleva la table, qu’il renversa, ainsi que tout ce qui s’y trouvait.

– Laisse-moi, dit-il ensuite, évitant de la regarder. Laisse-moi seul s’il te plaît.

– Réfléchis…

– Comment veux-tu que je le fasse avec toute cette pression ! aboya-t-il.

   Puis lui-même se dirigea vers la porte et sortit. Peu de temps après, il quitta également la maison.

   Il devenait impossible de se concentrer pour dénicher ne serait-ce que le plus petit des indices. Bientôt une semaine qu’Anna avait disparu et les autres commençaient déjà à perdre espoir. Même Oscar avait fait de son mieux pour aider à la retrouver, mais rien, c’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Et plus les heures passaient, plus il avait l’impression qu’il fallait laisser tomber et attendre. Le plus comique étant que maintenant, il allait devoir affronter l’avenir et s’occuper d’Edy et Aida, tout seul.

– Où est-ce que tu es, dis donc… ne cessait-il de répéter.

    Au début, il avait songé à boire pour oublier, comme dans le bon vieux temps, mais c’était précisément un jour où il avait trop bu, qu’elle était entré dans sa vie. S’il n’était pas sorti se saouler la gueule, il ne l’aurait probablement pas connue, même s’il est certain qu’Oscar aurait trouvé un autre moyen de le nuire.

    Il en était à réfléchir, quand la sonnerie d’un téléphone portable attira son attention. Ce n’était visiblement pas sien, donc il fouilla le véhicule du regard et finit par retrouver le fameux téléphone. Pensant que c’était certainement celui de sa mère, il le prit et décrocha.

– Allô ?

    Une voix d’homme lui répondit.

– Vous êtes qui ?

    Étrange, pensa Samuel.

– Je veux parler à Espéra, ordonna ensuite la voix.

    Espéra… Il se souvint du jour où il avait obligé cette infirmière à le suivre ; ce devait être à ce moment qu’elle avait oublié son téléphone. Néanmoins, l’homme à l’autre bout du fil intriguait Samuel, ce qui lui fit répondre :

– Elle est sous la douche. Et vous, qui êtes-vous ?

    Il y eut une sorte de juron, puis l’autre reprit en disant :

– Dites à votre salope de petite amie que je veux mon argent et que je ne vais pas attendre qu’elle finisse de se faire sauter. Je veux mon argent !

    Wow !

– Vous savez ce que je lui ferai si je l’attrape ? Je lui arracherai sa langue pour qu’elle sache qu’on ne se fout pas de Djail.

    Après cette dernière menace, il raccrocha, laissant Samuel un peu plus perplexe qu’avant. C’était une blague ou quoi ? Cette fille semblait sortir d’un couvent, avec ses airs de sainte.

   «Exactement comme Anna quand tout a commencé»

    Il repoussa d’autres idées noires et par curiosité, se mit à fouiller dans le répertoire du téléphone.

    Évidemment qu’ils auraient dû y penser beaucoup plus tôt ; personne n’avait songé à localiser le fameux kidnappeur, grâce à un simple appel téléphonique. C’était pathétique.

    Il trouva très vite le numéro «Alex» et n’hésita une seule seconde avant de lancer l’appel. Mais malheureusement pour lui, ses efforts n’aboutirent à rien et on l’informa que le numéro était indisponible. Il réessaya, encore et encore, mais obtenu toujours la même réponse. Ce qui le poussa à rappeler le fameux Djail. Ce dernier n’avait certainement rien à voir avec la situation actuelle, mais s’il avait appris une chose au fil du temps, c’était qu’il ne fallait «jamais négliger les moindres détails». Il fallait qu’il ait cet homme en face de lui.

    Il recomposa le numéro et l’autre décrocha à la première sonnerie.

– Allô, fit-il d’une voix bourrue. Tu as mon argent ?

– Désolée, commença Samuel. Il ne s’agit pas d’Espéra mais de son petit ami.

    Il y’eut silence à l’autre bout du fil.

– Vous êtes là ?

– Qu’est-ce vous voulez ? Pourquoi avez-vous rappelé ?

– Je croyais avoir entendu que vous vouliez votre argent. Alors ?

– Passez-moi Espéra.

– Je vous ai dit qu’elle est « occupée ». C’est Espéra ou l’argent votre problème ?

– Hum je suppose que cette salope n’a pas pu trouver mes huit cents mille, c’est pour cela qu’elle vous a demandé de décroché à sa place. Vous avez du culot, vous, pour accepter de vous mêler à cette histoire.

     Huit cents mille ? pensa Samuel. Quel genre de service aurait-il pu lui coûter une telle somme ? Enfin…

– J’aime Espéra et je suis prêt à vous donner plus que cette somme pour que vous lui fichiez la paix.

– Combien ?

    L’air soudainement intéressé dudit Djail ne surprit pas Samuel, bien au contraire.

– Un million. C’est assez pour qu’on n’entende plus jamais parler de vous ?

    L’homme parut réfléchir.

– Vous savez ce qui arrivera s’il s’avérait que vous vous payiez ma tête ?

– Vous n’avez pas d’autre choix que de me croire, de toute façon c’est à prendre ou la laisser et je suis tout aussi capable de vous trouver et de vous faire enfermer.

– Qui êtes-vous au juste ?

– Je vous conseille vivement d’accepter mon offre ; cela nous épargnerait à tous d’autres embrouilles. Par contre je veux savoir le genre de service que vous avez rendu à Espéra.

– Vous allez me faire croire que votre petite amie ne vous tient pas informé de ses affaires ? Elle est bonne celle-là.

     Samuel s’éclaircit la gorge.

– Vous savez, tout le monde a de petits secrets, surtout les femmes. Je vous offre un million cinq cents et vous me dites tout ce qu’il y a à savoir.

– Deux millions.

– C’est à prendre ou à laisser.

– Quand est-ce que j’aurai l’argent ?

– À l’instant où vous me direz ce que je veux savoir.

***

    Environ une heure plus tard, Samuel s’arrêta devant ce qui devait être la maison de ce « Djail ». Ce dernier avait été clair, il ne pouvait pas sortir.

    Mais Samuel découvrit enfin pourquoi, lorsqu’une jeune femme à moitié aveugle, vint lui ouvrir la porte. Lui qu’il s’était attendu à une sorte de résidence pour junkies fut surpris de constater qu’il avait été très loin de la réalité. Il s’était même attendu à voir des hommes armés jusqu’aux dents ; les quartiers populaires de Dakar, ça craint parfois la nuit. Et même si lui, n’avait aucune arme sur lui, il avait pris le soin de ne pas non plus apporter le moindre franc avec lui. Ce n’aurait pas été très prudent de sa part.

– Venez avec moi, dit la jeune femme, en refermant la porte derrière elle.

    Il se retourna et la détailla du regard.

– Où ?

– Venez.

– Dis à ton mari de sortir.

     Elle secoua la tête qu’elle avait baissée.

– Djail est mon père.

– Par…

– Où est l’argent ? demanda une voix derrière eux.

     À peu près celle qu’il avait eue au téléphone, une heure plus tôt.

– Farah, monte t’occuper de ton frère.

    La jeune femme s’éclipsa et les deux hommes se retrouvèrent seuls.

– C’est vous que j’ai eu au téléphone ? demanda Samuel, avec étonnement.

    L’homme en face de lui semblait visiblement avoir atteint la quarantaine, mais il n’avait rien du profil de gangster auquel sa voix et ses paroles faisaient penser.

– Je vous ai posé une question. Où est l’argent ?

    Bon, ce n’était pas moins grave.

– Vous deviez me donner certaines informations, vous avez oublié ?

– Pourquoi ne pas directement demander à Espéra ? Elle sait que vous êtes là ?

    Samuel tourna les talons et fit mine de partir.

– Je reviendrai lorsque vous serez disposé à parler.

– Attendez.

    Il s’arrêta.

– Je sais que vous avez pensé à une histoire louche et que vous ne me donneriez sans doute pas la totalité de l’argent si je vous disais de quoi il s’agit.

– Essayez toujours. C’est bien vous qui avez parlé de couper la langue à une pauvre infirmière ?

– Vous blaguez ? Il y’a quelques jours, elle est venue me voir avec un type et ils n’avaient pas l’air d’être pauvres, je peux vous l’assurer.

     «Un type». Le front de Samuel se plissa d’inquiétude.

– Un type. Quel type ?

– Écoutez, venez-vous asseoir et je vous…

– Désolé je ne pourrais pas m’asseoir. Parlez-moi plutôt du type qui accompagnait Espéra. De quoi avait-il l’air ?

– Cela va vous coûter plus qu’un million et…

– Qu’est-il arrivé à votre fille ? Comment elle s’appelle, Farah, c’est cela ?

– Qu’est-ce que…

– Je ne suis pas idiot. Vous avez besoin d’argent pour des problèmes de santé, n’est-ce pas ?

– Oui. Quel est le rapport ?

– Je consens à prendre en charge tout ce que vous voudrez et à vous sortir de la misère si et seulement si vous renoncez à vos airs d’escroc et m’aidez.

    Le fameux Djail écarquilla les yeux de surprise.

– Qui êtes-vous ?

– Ne vous en préoccupez pas et répondez à ma question. Qui était l’homme qui accompagnait Espéra ?

– Elle l’appelait Lex.

    C’était la fille de Djail qu’ils avaient crue partie qui venait de parler. Elle s’approcha de Samuel.

– Mon père leur a vendu le seul héritage de notre mère et il a honte d’en parler. Ne l’écoutez surtout pas.

– Farah retourne dans votre chambre, ordonna son père.

     Elle se tourna vers lui.

– Tu vas persister dans le mensonge et laissez Ahmed mourir ? Tu vas me priver d’une opération et permettre que je devienne complètement aveugle ? Dieu te punira, père, Dieu te châtiera pour le restant de tes jours !

– Qui est Ahmed ? s’enquit Samuel.

– Mon frère. Il est malade et son traitement coûte très cher. Écoutez monsieur, je vais vous dire la vérité, moi.

– Tu es folle Farah ?

– Laissez votre fille parler ou oubliez l’argent, Djail.

– Quand la fille est venue premièrement, elle avait entendu dire que mon père voulait vendre une propriété qui vaut des millions à seulement cinq cents mille.

     Samuel se tourna vers Djail.

– Cinq cents mille ?! s’écria-t-il.

– Elle vaut à peine deux millions, expliqua ce dernier.

– Non, père, tu mens. Je ne suis pas ignorante au point de ne pas savoir que la maison de Mâ vaut plus que cela. La fille, celle que vous appelez Espéra est revenue un autre jour avec un type aussi grand que vous. Et ils ont parlé à mon père. J’étais dans la cuisine, mais j’ai tout entendu. Ils voulaient que personne n’apprennent qu’ils avaient acheté et ils ont promis à mon père beaucoup plus qu’il ne demandait et ont même promis de lui rendre la maison après quelques jours. Seulement depuis, nous n’avons pas eu le moindre centime ! Mon frère souffre et si moi je ne me fais pas opérée je perdrai la vue pour de bon.

     Elle s’était mise à pleurer, tandis que Samuel demeurait sans voix. Tout ce que venait de dire cette fille concordait parfaitement avec ce qu’avait dit Oscar deux jours plus tôt : leur kidnappeur retenait Anna quelque part et il s’apprêtait à découvrir où.

– Dites…

– Je ne dirai rien, sans mon argent, coupa Djail. Et vous pouvez toujours demander à votre soit disant petite amie.

– Elle n’est pas ma petite amie. Je la soupçonne d’être au contraire complice de l’enlèvement de ma femme.

– C’est ça, prenez-nous pour des idiots.

     Samuel se tourna vers Farah et mit une main sur son épaule. Elle semblait visiblement très malheureuse.

– Je ne peux pas te demander de me faire confiance, dit-il, mais je te donne ma parole que si tu m’aides, j’aiderai ton frère et toi. J’en ai les moyens.

     Elle eut un sourire triste.

– Le traitement est tellement cher et moi…

– Moi aussi j’ai des enfants, des jumeaux. Et leur mère a disparue à peine quelques jours après leur naissance. Je sais ce que ça fait d’avoir peur de perdre une personne qu’on aime. Je te demanderais juste de faire preuve de pitié envers ces deux petits êtres.

     Elle finit par acquiescer tandis que son père prenait un air menaçant.

– Je t’ai dit de fermer ta…

    Samuel l’arrêta à temps.

– Tu te rendras complice d’un enlèvement si tu t’opposes à ce que ta fille parle.

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