Vengeance et Séduction (Part XL)

– Annabelle ? continua à appeler Amélia. Chérie où es-tu ?

    S’attendant à voir la petite Anna apparaître d’un instant à l’autre, elle s’étonna qu’à la place, un homme en habit blanc sorte de l’un des bâtiments qui faisait face au petit parc.

    Elle se dirigea vers lui en courant et se mit à le questionner.

– Monsieur, savez-vous où est ma fille ? Pardon… Bonjour.

    Il la dévisagea sans rien dire.

   Elle reprit en disant :

– Vous savez où on est ?

– Ehm…euh… dans un centre psychiatrique. Qui est votre fille ?

– Un centre… Quoi ?

    Elle reporta aussitôt son attention sur la robe blanche qu’elle avait sur le corps.

– Mais c’est quoi cette histoire ? s’étonna-t-elle. Qui m’a emmenée dans cet endroit ? Où est ma fille ?

    Sans le prévenir, elle l’agrippa par le col de sa chemise.

– Je veux voir ma fille ! Vous êtes sourd ou quoi ? Et comment suis-je arrivée ici…

– Mais madame…

– Amélia ?

   Elle le relâcha en entendant son prénom et se retourna.

   Un autre homme se tenait à quelques mètres d’elle. Il était richement vêtu, mais son visage ne lui disait absolument rien.

– Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.

    Au lieu de lui répondre, il s’adressa à l’homme à qui elle parlait un moment plus tôt, en disant :

– Vous pouvez y aller, j’ai pu voir le directeur.

– Elle est f…

– J’ai dit, allez-y, monsieur.

    Celui-ci finit par s’en aller, en secouant la tête.

– Pourquoi il s’en va, lui ? Et vous, qu’est-ce que vous me voulez ?

   Oscar fit la grimace en constatant de qui Anna tenait une partie de son caractère. Et pas que cela, la fille et la mère se ressemblaient comme deux gouttes d’eau ; c’était déstabilisant d’avoir cette femme en face de lui, après tout ce qu’il avait fait à sa fille. Enfin, son frère et lui.

    Si seulement, elle pouvait deviner.

– Eh monsieur, vous n’êtes pas sourd n’est-ce pas ? Je vous ai posé une question.

– Je suis un ami de votre fille. Anna.

    Il la vit hausser les sourcils, avec étonnement. La pauvre ne se doutait même pas qu’il venait de mentir.

– Et je suis venu vous parler d’elle, continua-t-il. Vous permettez ?

– Vous me prenez pour une folle ?

    Ah dis donc.

– Comment un type de votre âge peut-il être ami à ma petite…

    Il la vit se figer pendant un moment, puis elle leva vers lui un regard atterré.

– Dites-moi vous, qu’est-ce que je fais ici ?

    Il allait répondre, mais elle l’interrompit à nouveau.

– J’étais…folle ? C’est cela ? On m’a internée ?

– Je vous promets de vous dire ce que j’en sais, mais venez d’abord vous asseoir, s’il vous plaît.

– Je veux sortir de cet endroit. Faites-moi sortir.

– OK madame, très bien… Mais avant j’ai des choses à vous dire. Sans quoi, ils refuseront de vous laisser partir.

    Peu convaincue, elle accepta quand même, de s’asseoir avec lui, sur le banc qu’elle occupait un moment plus tôt.

– Je vous écoute.

– Je m’appelle Oscar. Oscar Nelson.

– Je ne vous reconnais pas et vous n’êtes pas d’ici.

     Bizarre, songea Oscar. Cette femme n’avait rien d’une attardée mentale ; elle était assez raisonnable. Se pouvait-il qu’elle ait…

– Alors ?

– En effet, seule ma mère est sénégalaise. Mais j’ai grandi ici.

– Comment connaissez-vous ma petite Anna ?

    Et ça recommence.

– Il est temps de répondre à votre question d’il y’a un moment. Je crois que vous étiez très malade et que votre cerveau a été affecté…

– Ah… Vous êtes docteur ?

– Non, mais… Écoutez, je ne pourrai pas vous en dire plus parce que je n’en sais pas plus que vous. Si je suis là c’est parce votre fille m’a demandé de venir vous rendre visite.

     Elle ne dit rien.

– J’étais son patron et elle travaillait pour moi.

– Son patron ? Quel patron ?

– De quoi vous souvenez-vous exactement ?

     Elle porta une main à sa tempe, avant de répondre :

– De moi, d’Anna et…de mon mari.

– Le père d’Anna ?

– Oui.

– Qu’avez-vous vu dans votre dernier souvenir ?

– Je viens de vous le dire. Anna venait de fêter ses huit ans. Et le soir, alors que nous nous apprêtions à dormir, son père est parti.

– Où ?

– Il m’a quitté. C’est tout ce dont je me souviens.

     À l’instant précis, Oscar comprit qu’elle ne savait pas que de longues années s’étaient écoulées et que sa « petite Anna » était devenue adulte. Son esprit était demeuré figé dans le passé. C’est fou, mais bien réel.

– Ce dont vous vous êtes souvenue, commença-t-il, a eu lieu, il y’a plusieurs années.

– Qu’en savez-vous ?

– Je le sais, parce que je connais Anna et elle n’a pas l’air d’avoir huit ans, vous pouvez me croire.

– Comment…

– Au fait, vous avez été très affectée par le départ de votre mari. Mais vous n’étiez pas folle, vous aviez juste perdu la mémoire. Et pendant ce temps, les années ont passé, de nombreuses années au cours desquelles Anna a grandi. Vous comprendrez si je vous dis qu’elle est à présent une femme, une vraie.

     Amélia le lorgna, comme s’il délirait complètement.

– Vous êtes fou, vous aussi ? demanda-t-elle.

– En quelque sorte. Par contre…

    Il plongea la main dans sa poche et en retira son téléphone portable qu’il se mit à fouiller.

– Qu’est-ce que vous faites ?

– Ce n’est qu’un téléphone, Amélia.

    Il finit par trouver ce qu’il cherchait et lui tendit l’appareil sur lequel figurait une photo. Sur cette photo, on y voyait Anna à ses débuts dans son entreprise, et quelques autres employés.

– Ça, c’est Anna, fit-il, en la lui montrant du doigt.

    Amélia observa longtemps la photo avant de dire :

– Vous l’avez truquée.

– En aucune façon. Je ne suis pas un…

– Si vous dîtes la vérité, où est-elle, hein ?

    D’après ce qu’il venait de voir, il était hors de question de lui dire que sa fille s’était faite enlevée par un autre fou. En arrivant au centre, il s’était attendu à trouver une malade, mais visiblement, celle-ci avait retrouvées toutes ses facultés psychologiques.

– Vous ne dites rien ?

– Elle est en voyage d’affaires et c’est moi qui suis chargé de vous rendre visite, pour le moment.

– Vous, le patron ?

– Elle a deux enfants, dit-il, changeant de sujet. Des jumeaux.

    Cette fois, il lu de l’inquiétude dans ses yeux.

– Je sais qu’il est difficile de me croire, mais sachez qu’Anna sera très heureuse lorsque je lui dirai que vous êtes guérie.

– Je… Des jumeaux, vous dîtes ?

– Edy et Aida. Vous avez un petit fils et une petite fille, Amélia.

– Ma fille s’est donc mariée ?

– Pas encore.

     Évidemment que cet imbécile de frère qu’il a ne s’était pas encore décidé à la demander en mariage.

– Mais vous pouvez êtes tranquille.

– Comment puis-je l’être quand j’ignore si ma fille va bien ? Si elle est heureuse ?

      Il soupira malgré lui.

– Je vous ferai sortir d’ici.

– Comment ? Vous n’êtes pas docteur.

– Mais j’ai les moyens de le faire. Par contre je veux que vous me promettiez de ne pas vous inquiéter, le centre doit être convaincu que vous êtes complètement guérie.

     Il se leva.

– Je reviendrai dans quelques jours.

– Avec Anna ?

– Insha’Allah, ce sera le cas. Mais je ne peux rien vous promettre, elle est de plus en plus occupée.

– Elle trouvera du temps pour sa mère. Qui s’occupe des enfants ?

– Leur père.

 ***

     La première chose que fit Samuel lorsqu’il rentra chez lui, fut de rappeler Oscar. Ce dernier était la première personne à qui il avait téléphoné plus tôt, lorsqu’il avait commencé à avoir des doutes. Et comme par miracle, il avait accepté de l’aider au lieu de l’engueuler

– Ils ont disparus, fit-il.

– Je m’en doutais. J’ai été rendre visite à la mère d’Anna.

– Pourquoi ?

– Je voulais m’assurer qu’elle allait bien. C’est dingue, mais cette femme a retrouvé la mémoire.

– Comment… ?

– Je ne peux pas parler de cela au téléphone. Je m’apprête à prendre l’avion.

      Quelques secondes s’écoulèrent en silence.

– Merci Oscar.

      Ce dernier grommela un « uhmm », avant de raccrocher.

      Qu’il ait accepté, malgré tous leurs problèmes n’étonnait pas Samuel. Il se souvenait du jour où quelques mois plus tôt, il avait demandé pardon à Anna, devant lui, se foutant de son opinion. En fait, Oscar ne le faisait pas pour lui, mais pour Anna, il en était sûr.

      Seulement rien, aucun indice ne prouvait qu’ils allaient la retrouver. Elle n’avait pas ses papiers sur elle, donc impossible de quitter le pays, mais… Qu’adviendrait-il si ce foutu psychopathe, lui faisait du mal ? Il avait bien vu comment il la regardait ce matin et son erreur était de n’avoir pas été plus vigilant. S’il lui arrivait quelque chose, jamais il ne s’en remettrait. Du jour au lendemain, elle avait pris une place tellement importante dans sa vie, qu’il ne s’imaginait plus vivre sans elle.

       C’est vrai que devoir la voir en amie était moins douloureux que la savoir morte.

***

– Allô ?

– Alex !

– Il n’est pas là. Qui est-ce ?

– Je sais que c’est toi, Lex. Je suis rentrée de voyage et j’aimerais te voir.

– Me voir, Sonia ? Tu me prends pour un idiot ou quoi ? Tu crois que j’ignore qu’ils me recherchent ?

      Elle soupira à l’autre bout du fil.

– Elle t’aime, au moins ?

– Mêle-toi de ce qui te regarde.

– J’imagine que non. Alors pourquoi fais-tu tout ça ? Après tout ce que tu as perdu tu souhaiterais finir ta vie en prison ? Maman mourrait de chagrin si elle pouvait voir ce que tu es devenu, papa aussi, et Luna…

– FERME TA GUEULE !

– Tu crois que Luna serait fière d’avoir un père tel que toi ? Je me demande même si tu ne l’as pas toi-même blessée.

– Tu n’as aucune idée de ce qui s’est passé.

– Tu as dit à l’hôpital que c’était un accident, mais tu sais quoi ? Je ne te fais plus confiance.

– Je n’ai pas tué ma fille, Sonia.

– Dans ce cas, ne fais pas de mal à Anna, ramène là, ses enfants ont besoin d’elle.

– Je ne lui ferai rien, je l’aime ! Tu peux comprendre ça ?

– Tu es mon sang Alex. Mais si tu m’y contrains j’aiderai la police à te retrouver et crois-moi tu n’aimerais pas que Samuel Anour mette la main sur toi.

      Il eut un mauvais rire.

– Tu es comme Anna, vous avez toutes les deux beaucoup d’imaginations. Je sais que tu pourrais me retrouver grâce à cet appel, mais si tu fais ça sœurette, je la tue.

      Il raccrocha.

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