Je m’appelle Tatiana (Part XXIX)

– Ceci est un malentendu, répondit-il.

    Il me contourna et s’adressa aux policiers.

– Messieurs, c’est mon fils que je veux que vous arrêtiez. C’est lui sur le sol.

    L’agent de police sortit la clé des menottes et libéra Tavio.

– Vous avez un kit de premiers soins ?

– Il doit y en avoir dans la voiture, répondit Tavio. Sortons de cette maison.

    Il saignait de manière inquiétante. De quoi faire tourner l’œil à un hémophobe.

    Je l’emmenai hors de cet asile de fous avant qu’un autre ne nous court après un couteau. Dwight et son ombre restèrent en compagnie des policiers et de son paternel.

– Qu’est-ce qu’il a ? s’enquit Jayde.

    Elle accourut.

– Mais il saigne abondamment, remarqua-t-elle. Je vais lui faire un pansement le temps nous nous rendions à l’hôpital.

– Je vous y conduirai, ajouta Alex.

– Ce n’est rien de bien grave, répondit Tavio. Le pansement suffira. Pas besoin d’aller à l’hôpital.

    Jayde l’emmena près de la voiture et le fit s’asseoir, les pieds dehors, sur la banquette arrière. Je la vis s’agenouiller devant lui pour s’occuper de son bras.

– Tu as été vraiment courageuse tout à l’heure, me dit Alex, m’entourant d’un bras.

– Merci, répondis-je d’une voix presque éteinte. Dommage que je ne lui ai rien fait.

– Tu en as fait beaucoup, répondit-il. Tu crois que ce salaud a déjà été confronté aux conséquences de ses actes ? Tu l’as humilié devant tout ce beau monde. Avant de s’en prendre à une autre fille, il y réfléchira à deux fois.

      Je lui adressai un sourire épuisé. Je n’étais pas du même avis mais je ne pouvais plus rien faire. Je l’avais peut-être humilié publiquement mais rien n’avait changé en moi. Je pensais qu’il s’en était sorti trop facilement. Beaucoup trop. Mais je n’avais plus la force de combattre un tel sociopathe.

     Je ne voulais plus rien de tout ça sur le moment. Ce que je voulais ? Je voulais manger pour deux. Manger comme si j’essayais de remplir ce vide en moi. Je voulais dormir sans me réveiller en sursaut au milieu de la nuit, trempée comme un footballeur. Je voulais prendre du temps pour moi. Je voulais m’occuper de moi et de ce bébé que je portais. Je voulais vivre à nouveau.

      Je touchai mon petit trophée de guerre autour de mon cou.

– Quelqu’un se cache là-dedans ?

     Je sursautai. Perdue dans mes pensées, je ne m’étais pas rendue compte que Martial s’était approché de nous. Et je ne m’étais pas non plus rendue compte que j’avais instinctivement posé ma main sur mon ventre pendant que je pensais au bébé.

– Peut-être bien, répondis-je.

– Je peux te parler une minute ? me demanda-t-il.

– Je vais voir comment va le bras de Tavio, me dit Alex.

     Il s’éloigna, me laissant seule avec mon ex meilleur ami.

– Avant que tu ne me demandes le fameux « pourquoi » qui me fera raconter ma vie à l’envers, je me mets à table. Je sais que je te dois des explications. Et pas des moindres.

– Tu as déménagé sans me prévenir. Tu as disparu du jour au lendemain sans laisser de nouvelles. C’est vrai que ce n’était plus trop ça entre nous après ce qui s’est passé mais… Je n’ai qu’une seule question : quand tu me regardais d’un air béat en répétant que tu étais désolé, est-ce que c’était sincère ou tu jouais la comédie ? Faisais-tu semblant d’avoir une case en moins ?

      Il haussa les épaules sans répondre.

– J’ai passé ces derniers mois à culpabiliser de t’avoir mis dans cet état. Je m’en voulais et j’ai essayé de te retrouver.

– C’était le moyen que j’avais trouvé pour m’éloigner de toi. Il le fallait. Pour le bien de tous, il fallait que je sorte de ta vie. Mon père avait commencé quelque temps avant sa mort. Avec mon aide ma mère a réussi à la terminer. Et quand elle a voulu qu’on déménage, je m’y suis opposé au début. Je voulais rester près de toi. Mais après ce qui s’est passé, je ne pouvais plus. Faire semblant d’avoir une case en moins, c’était mon moyen de te fuir. Je suis donc parti.

– Tu vendais de la drogue depuis l’époque ?

– Oui.

      En l’écoutant, j’avais compris que ce mec n’est pas mon meilleur ami. Il ne l’avait jamais été auparavant.

– Ce n’est pas le genre de choses qu’on cache à celle qu’on appelle sa « meilleure amie », lui fis-je remarquer.

– Je sais. Mais je ne pouvais pas te dire non plus. Tu m’aurais proposé ton aide. Mais j’avais besoin de me prendre en main moi-même.

– C’est l’excuse la plus stupide que tu m’aies jamais sortie. Te prendre en main en vendant de la drogue ? Quand tu tomberas, ce que je ne te souhaite pas, ce sont les que tu crois aider que tu mettras à mal. C’est vrai qu’on n’a jamais trop d’argent mais pense à ça et choisis une voie qui t’aidera à vivre longtemps auprès des tiens. Porte-toi bien.

     Je m’éloignai de lui sans un mot de plus. Je n’avais plus grand chose à lui dire. Je rejoignis les autres.

– Ça va chéri ? demandai-je à mon frère.

     Il hocha la tête.

– Allons tous manger quelque chose avant de rentrer à la maison, leur dis-je à tous.

     Toute la bande se mit en voiture pour rentrer. Nous laissâmes cette maison maudite et tous ses problèmes derrière nous.

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