Je m’appelle Tatiana (Part XXVII)

     Un homme était entré dans le salon. Comment ? Personne ne le savait. Il portait un jean bleu, un tee-shirt blanc et des baskets blanches. Mais la montre en or à son poignet trahissait son apparence modeste.

     Il avança vers nous au milieu du salon.

– Mademoiselle, dit-il en s’adressant à Imelda. Quoi qu’il ait pu faire, il n’en vaut pas la peine. Croyez-moi, je suis son père.

    Une exclamation s’éleva de la petite foule rassemblée dans le salon.

– C’est mademoiselle ?

– ‎Imelda.

– ‎Allons parler dans mon bureau s’il vous plaît, dit-il.

– Moi je n’ai rien à dire, répondit-elle. C’est avec elle qu’il faut parler.

    Elle me désignait. Le monsieur se tourna vers moi.

– Venez avec moi s’il vous plaît.

    Il entra dans le long couloir qui menait à l’arrière de la maison.

    Je consultai mon frère du regard.

– Je viens avec toi, me dit-il.

    Nous suivîmes le monsieur dans son bureau.

    ‎Il s’était déjà assis derrière le bureau. Il m’invita à m’asseoir à mon tour. Je pris place en face de lui.

– Je voudrais vous parler seul à seule si c’est possible.

– ‎Ce n’est pas possible, répliqua Tavio. Vous allez devoir dire ce que vous avez à dire devant moi.

– Je pourrais aussi appeler la police et vous faire enfermer pour agression à domicile, lança-t-il.

– ‎Seulement si je vous en laisse le temps, répondit Tavio d’une voix calme.

    Il posa la tête de la batte qu’il tenait sur son épaule.

– Monsieur, c’est mon frère jumeau. Ce que m’a fait votre fils l’affecte tout autant que moi, le coupai-je. Et je n’ai pas de secrets pour lui.

– ‎Très bien vous êtes ?

– ‎Tatiana, répondis-je.

– ‎Tatiana quoi ?

     Je reculai sur ma chaise.

– Tatiana Ajavon.

– ‎Je suis Brandon Riggs. Mais appelez moi Brandon. Que vous a fait mon idiot de fils ?

     J’hésitai un moment. Qu’allait me sortir ce monsieur Brandon-Rolex-En-Or si je lui révélais les agissements de son fils ? N’allait-il pas se foutre de moi ?

– Votre fils a drogué ma sœur et a abusé d’elle avec quatre de ses potes, répondit Tavio avant que je n’ai fini de réfléchir.

     Brandon parut choqué. Il se pinça l’arrête du nez. Il resta silencieux pendant un long moment avant de reprendre la parole.

– Mademoiselle Ajavon, fit-il. Je suis vraiment désolé pour ce que mon fils vous a fait. Je n’ai pas besoin de preuves pour vous croire, je sais qu’il l’a fait. Dwight a toujours été un enfant perturbé. Je veux dire les enfants de six ans, ça court partout, ça a des jouets, ça regarde des dessins animés et j’en passe. Lui à six ans, il réclamait des animaux de compagnie. Il les gardait quelque temps et les tuaient après. À main nue. ‎Quand j’ai fini par comprendre qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond chez lui je l’ai envoyé voir un psy. Il avait sept ans à l’époque. Depuis il a toujours eu un suivi psychologique. Mais la mort de sa mère lui a enlevé le peu de raison et le peu d’humanité qui lui restait.

– C’est pour nous raconter sa vie que vous nous avez demandé de venir dans ce bureau ? l’interrompit Tavio.

    Il ne lui accorda aucun regard.

– ‎Mais après ce qu’il vient de faire, je crois qu’il est bon pour l’asile, continua-t-il, imperturbable. J’en ai marre de devoir toujours nettoyer la merde derrière lui. Le devoir d’un père est de protéger son enfant et de s’assurer qu’il reçoive la meilleure des éducations. Mais pour lui il n’y a plus rien à faire. Aussi vais-je, une dernière fois, nettoyer sa merde et ensuite, je le confronterai aux conséquences de ses actes.

     Il sortit ce qui me sembla être un chéquier et un stylo d’un des tiroirs de son bureau. Il signa un chèque puis me le tendit en me disant :

– J’espère que ceci saura vous consoler pour ce que mon fils vous a fait.

    Je pris le bout de papier et le lut. Cinq millions. C’est ce qu’il me proposait pour enterrer cette histoire.

– C’est ce que vaut ma dignité à vos yeux ? Cinq malheureux millions ? Vous pensez que je fais tout ceci pour l’argent ?

     Il faisait partie de ces gens qui pensent que l’argent résout tous les problèmes, qu’il suffit d’un bon chèque avec plein de zéros et hop ! La catastrophe est évitée. Mon père n’était peut-être pas le plus riche du monde, mais je ne manquais de rien. Alors qu’il me propose de l’argent pour que je laisse couler cette histoire était comme une insulte à mes yeux.

– Je sais bien que l’argent ne vous rendra pas ce que vous a pris mon fils, répondit-il. Je veux que vous vous fassiez plaisir avec cet argent, que vous vous occupiez de vous et des vôtre avec.

– Que je m’occupe de moi et des miens ? m’emportai-je. Mais quel tact ! Genre on est habillé en haillons pour venir vous demander à manger ?

      Je lui jetai le chèque à la figure et me levai d’un bond. Je sortis du bureau, Tavio sur les talons.

      Il me rattrapa dans le couloir.

– Attends Tatiana, me fit-il. Je sais que le but de tout ceci n’est pas l’argent mais quand même. Que veux-tu de plus ?

– Qu’il paie pour ce qu’il m’a fait ! m’exclamai-je en croisant les bras.

     Il soupira.

– Il a déjà avoué ce qu’il t’a fait, il s’est excusé publiquement. Même si c’est par contrainte, il l’a fait. J’ai même la vidéo.

    Il me montra son téléphone.

– Que peux-tu demander de plus ?

– Je veux lui enlever l’envie de recommencer, répondis-je. Ce mec n’éprouve aucun remord par rapport à ce qu’il m’a fait. Il s’est juste excusé pour sauver son engin.

– Tu as déjà gagné Tatiana. Considère cette somme comme un bonus. Tu as eu ta vengeance. Alors libère-toi de cette haine que tu nourris à son égard. Il ne vaut pas toute l’énergie que tu déploies pour lui. Je ne pensais pas pouvoir dire ça un jour mais ce soir j’ai compris que la violence ne résout rien. Elle aide juste à créer d’autres problèmes. Et ce genre de problème, c’est la dernière des choses dont tu as besoin.

      Il prit mon visage entre ses mains pour me regarder dans les yeux.

– Je ne laisserai plus jamais personne te toucher de la sorte, dit-il. Il est le premier et le dernier à l’avoir fait.

    Je décroisai les bras. Il me prit dans ses bras et me serra très fort contre lui.

– Rentrons à la maison, me dit-il.

    Nous étions sur le point de retourner dans le salon quand Brandon sortit de son bureau.

– Attendez jeunes gens, lança-t-il.

5 commentaires sur “Je m’appelle Tatiana (Part XXVII)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *