Je m’appelle Tatiana (Part XXII)

     Je fis de mon mieux pour cacher ma perplexité.

– Tu veux boire quelque chose ? redemandai-je à Alex en anglais.

– Pas pour le moment, répondit-il.

– Je boirai si tu bois avec moi, annonçai-je à Dwight en me levant.

     Mon téléphone choisit ce moment pour se mettre à vibrer. Je soupirai presque de soulagement quand je vis le nom de ma cousine s’afficher sur l’écran.

– Je dois prendre cet appel, m’excusai-je en m’éloignant de lui à grands pas.

     Je décrochai le téléphone et le portai à l’oreille.

– Vous êtes là ? lui demandai-je.

– Oui nous sommes en retrait dans la rue, répondit-elle.

– Il vient de me proposer à boire et j’ai accepté à condition qu’il boive avec moi.

     Il y eut un court moment de silence.

– J’espère que tu sais ce que tu fais, me dit-elle. Surtout fais très attention à toi.

– Promis, répondis-je. Maintenant soyez attentif.

    Je replaçai mon téléphone dans mon soutien-gorge avec l’appel en cours.

    C’était la deuxième fois en une soirée que je faisais une promesse que je n’étais sûre de tenir. Je n’étais même pas sûre de vouloir être à cette soirée glauque. Je veux dire quel genre de fête fait-on sans musique, ni d’autres invités qu’une bande de filles qui n’ont visiblement que très rarement l’occasion de mettre les pieds dans une piscine. Cela ressemblait plus à une fête improvisée à la dernière minute qu’à une vraie fête. Dwight savait parfaitement ce qu’il faisait. Mais pour la famille, je suis prête à descendre aux enfers. Aussi, revins-je vers lui.

– Désolée. Où en étions-nous ?

– Je te proposais à boire, répondit-il en me tendant une coupe de champagne.

    Je le lui pris à contrecœur. Il avait une autre coupe à la main lui aussi. Je cherchai du regard le crucifix dont m’avait parlé Tatiana. Il ne l’avait pas autour du cou mais autour du poignet.

– J’ai envie de marcher, lui dis-je.

    Pour mieux réfléchir, j’avais l’habitude de marcher. Et il me fallait penser à chacun de mes actes pendant que j’étais dans cette maison.

– Je te fais visiter la maison ? me proposa-t-il.

– Oui pourquoi pas, répondis-je.

    Je portai mon verre à la bouche, les lèvres hermétiquement closes.

– Viens donc, me dit-il.

    Je le suivis donc à l’intérieur de la maison. Nous traversâmes un long couloir qui aboutissait sur le salon.

– Tiens ma flûte j’arrive, me dit-il en me tendant son verre.

    Je lui pris son verre des mains et il se rendit à l’étage. Je posai les deux verres sur la table basse. J’essuyai la tache de rouge à lèvres que j’avais laissé sur le bord de mon verre. Je pris ensuite la sienne à la main. Je m’assis en attendant qu’il revienne.

    Quand il redescendit quelques minutes plus tard, il ne portait plus son short trempé. Il portait un jean et un tee-shirt.

– Excuse-moi, dit-il en s’asseyant.

    Il prit la coupe de champagne, probablement droguée, et le vida d’un trait. Je souris d’un air satisfait.

– Je vais me resservir je reviens, me dit-il.

– Prends tout ton temps, lui répondis-je.

     Il s’éclipsa et revint avec toute la bouteille. Je bus un peu de mon (en italique) verre.

– Alors Jayde, fit-il en s’asseyant à côté de moi. Tatiana m’a dit que sa cousine viendrait mais elle a omis de me dire que tu étais encore plus belle qu’elle.

     Je souris.

– Toi aussi tu n’es pas désagréable à regarder, répondis-je.

– Parle-moi un peu de toi. Je veux connaître la jeune femme qui se perche ces talons de quinze centimètres.

     Je ne pus m’empêcher de glousser.

– Que veux-tu savoir dis-moi.

– Tout ce qu’il faut savoir, répondit-il avec cet éternel sourire dont m’avait parlé Tatiana.

     Je bus une autre gorgée.

– Pose-moi toutes les questions que tu voudras. Ou plutôt, parle-moi de ces photos, lui dis-je, désignant les photos accrochées contre le mur.

     Je bus une troisième gorgée. Maintenant que j’avais évité sa drogue, je pouvais boire au moins cette coupe.

     Il se mit à me raconter l’histoire des photos mais je ne l’écoutais plus. Toute mon attention était concentrée sur le col de la bouteille de champagne. Une soudaine chaleur m’envahit.

– Il fait chaud ici tu ne trouves pas ? l’interrompis-je en m’éventant avec ma main.

– Oh désolé j’ai oublié d’allumer la clim, m’expliqua-t-il.

     Il prit la plus petite des commandes sur la table basse et mis la clim à fond. Il poursuivit son exposé mais j’avais toujours aussi chaud.

     Je compris ce qui se passait quand je me sentis mouiller. Mes tétons se durcirent, menaçant de percer mon soutien-gorge non-rembourré. Si le tissu de ma robe n’avait pas été aussi épais, ils se montreraient facilement. Par contre, si je restais assise trop longtemps, la mouille dans ma culotte allait arriver jusqu’à ma robe parce que je mouillais comme une chienne en chaleur.

     Il avait sûrement mis quelque chose dans le verre. J’ignorais ce que c’était et surtout comment il l’avait mis dedans. Mais je savais que sa seule présence ne suffisait pas à me mettre dans un tel état, surtout que j’éprouvais du dégoût pour lui.

     Je faisais de mon mieux pour cacher mon excitation mais les grosses gouttes de sueur sur mon front me trahissaient.

– Tout va bien ? me demanda-t-il. Tu transpires alors que la clim est à quinze degré.

– Oh oui, répondis-je d’une voix que l’excitation avait rendue rauque.

     Je me raclai la gorge pour essayer de retrouver ma voix normale.

– Est-ce que je peux utiliser tes toilettes ? m’enquis-je en me levant.

– Oui par ici, me répondit-il en se levant à son tour.

     Je le suivis à l’étage, prête à lui griffer le visage s’il tentait quoi que ce soit. Il me montra une salle de bain. Il ouvrit la porte et la retint pour que j’entre. Mais j’hésitai. Ce geste m’aurait paru normal s’il n’était pas un violeur.

     Une lueur malsaine traversa son regard. Je compris alors que les carottes étaient cuites pour moi et qu’il me fallait appeler à l’aide. Entrer dans la salle de bain serait me condamner moi-même.

     Le sexe. L’une des plus belles œuvres de Dieu diront certains. Mais moi, dans mon cas, je le considérais comme une arme de destruction massive. Sans ces choses entre nos jambes la plupart des guerres n’auraient peut-être pas lieu et moi, je serais peut-être en train de dormir parce qu’il n’y aurait jamais eu de viol donc sûrement pas de vengeance. Je ne me retrouverais donc pas coincée devant une salle de bain hésitant à entrer ou prendre mes jambes à mon cou.

     Mais puisque Dieu n’oublie jamais ses enfants, une sonnerie de téléphone me tira de ma séance de philosophie. C’était le sien. Il le sortit de la poche de son jean et décrocha avant de me dire :

– Rejoins-moi en bas quand tu auras fini.

     J’opinai du chef.

– J’arrive, je descends, dit-il au téléphone.

     Je m’enfermai dans la salle de bain, m’adossai à la porte puis poussai un long soupir. Je sortis mon téléphone pour vérifier que l’appel était toujours en cours.

– Vous êtes là ? demandai-je en portant le téléphone à mon oreille.

– Oui chérie, répondit instantanément Tatiana. Tout va bien ?

– Je crois qu’il serait temps que vous venez me chercher, lui répondis-je. Ce mec est un vrai malade. Il a mis du viagra dans mon verre. Enfin le sien…Bref venez me chercher ! Je commence à devenir folle, je suis excitée à un point que vous ne pouvez pas imaginer.

– Où es-tu ?

– Dans une salle de bain à l’étage. Je me suis enfermée à l’intérieur. Il a reçu un appel et a dit qu’il arrivait.

– Où est Alex ? me demanda Tavio.

     Alex. J’avais presqu’oublié que j’étais accompagnée.

– Probablement au bord de la piscine, répondis-je. Appelez-le et dites-lui de venir me chercher.

– D’accord. Mais je crois savoir où se rend Dwight, me dit-elle. Quelqu’un l’attend devant la maison.

– Quelqu’un ? Mais qui ?

– Je ne sais pas. Je n’arrive à distinguer son visage d’ici. Quoi qu’il en soit, on va attendre qu’il retourne à l’intérieur pour le suivre.

      J’allais répondre quand j’entendis cogner à la porte.

– Qui est-ce ? criai-je.

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