Vengeance et Séduction (XXXV)

   Le « non » d’Anna resta suspendu entre eux, tandis qu’elle revivait ces derniers mois où elle avait juré de se passer de lui sans vraiment y parvenir. Maintenant qu’elle avait la force et le courage de complètement  tourner cette page de sa vie, il était hors de question qu’elle fasse marche arrière.

   Ils s’observèrent en silence durant de longues minutes, jusqu’à ce qu’elle détourne le regard, et qu’il se décide de nouveau à prendre la parole.

– Tu en es « sûre » ? demanda-t-il.

– Oui, répondit-elle.

– Regarde-moi dans les yeux.

– Il n’est pas question de mes yeux, il…

– Regarde-moi dans les yeux Anna. Ensuite seulement, je n’insisterai plus je te le promets.

   Ses deniers mots lui serrèrent le cœur, mais elle n’avait plus rien à y perdre. Elle ignorait ce qu’il s’attendait à voir à travers ses yeux, mais cette fois ci, elle était bien décidée à ne pas revenir sur ses paroles. Relevant la tête, elle croisa son regard. Aussitôt toutes les choses qu’elle avait soigneusement enfouies dans une partie de sa tête, se mirent à défiler devant ses yeux. Du fameux soir où il l’avait trouvée presque gelée par le froid dans cette rue sombre, jusqu’au moment où la vérité avait éclaté au grand jour. Il aurait pu lui donner une chance de s’expliquer sur le moment, mais du pied il avait refoulé ses sentiments. Il lui avait tourné le dos. Toutefois, qui pouvait l’en blâmer ? L’amour ne se force pas ! Ses parents en étaient le parfait exemple et elle ne voulait pas vivre ça. Elle méritait mieux ; tout le monde mérite mieux.

   Elle prit une profonde inspiration.

– Satisfait ?

– Très.

– Et bien dans ce cas, dit-elle, les yeux toujours rivés aux siens. Il ne reste plus qu’à décider de l’endroit où je vais m’installer avec les enfants.

   Changer de sujet de conversation était le seul moyen de faire baisser la tension.

– Ce serait mieux que vous restiez chez moi pendant quelques temps, répondit-il.

– Je ne veux pas devenir encombrante, et il n’y a pas assez d’espace là-bas.

– Désolé j’avais oublié. Donne-moi jusqu’au baptême et vous pourrez déménager.

   Elle hocha la tête, même si l’idée de devoir vivre avec lui pendant encore des jours, ne l’enchantait guère. Il aurait été préférable de couper tous les ponts, mais cela s’avérait être impossible avec Edy et Aida. Leurs enfants les liaient à vie…

   Samuel alla déposer Edy dans son berceau, puis avant de s’en aller, il se tourna vers elle.

– Puisses-tu être heureuse, dit-il. Tu le mérites.

***

   Des jours plus tard…

   Anna était en pleine séance d’exercice, histoire de retrouver peu à peu sa forme d’avant, lorsqu’elle entendit sonner à la porte. Les jumeaux s’étaient endormis après plusieurs tétées et Samuel s’était fait un plaisir de les emmener avec lui dans sa chambre. C’était un papa poule très attentionné, il fallait le reconnaître. Les premiers jours n’étaient pas faciles mais elle appréciait le fait qu’il se soit aussi vite attaché à eux. Contrairement à l’enfance qu’elle avait eue et malgré leur séparation, elle voyait qu’il était prêt à faire des efforts et elle lui en était reconnaissante.

   Par contre il n’était pas revenu sur sa décision concernant le fait qu’Alex ne serait pas le parrain des enfants et elle avait fini par lâcher prise pour ne pas qu’il aille s’imaginer des choses. Il n’y aurait jamais rien entre Alex et elle ; c’était une certitude.

   Elle alla ouvrir et fut très surprise en s’apercevant de l’identité du visiteur.

– Alex ? fit-elle abasourdie.

   Il avait les traits tirés et paraissait très différent. Jamais auparavant elle ne l’avait vu comme ça.

– Je peux entrer ? demanda-t-il.

– Ah…euh… Je ne sais pas comment va réagir Samuel, tu sais…il était en colère quand je…

– Il est jaloux, comprends le.

– Non ce n’est pas ça.

– Il faut que je te voie.

   Elle le jaugea durant quelques secondes. Visiblement quelque chose n’allait pas.

   D’un signe de tête, elle l’invita en entrer, priant pour que Samuel se soit endormi lui aussi. Une dispute était ce qu’elle désirait le moins. Elle désigna un fauteuil à Alex.

– Tu veux boire quelque chose ?

   Il eut un sourire.

– J’aurais volonté accepté un verre de whisky, mais je ne tiens pas à vexer Anour.

– Ah…bon. Comment as-tu deviné où il habitait ?

   Il haussa les épaules.

– Ce n’est pas le plus important.

   Son regard quitta son visage pour sa poitrine que moulait un débardeur en coton, avant de s’arrêter sur son ventre.

– J’essaie de perdre du poids.

– Il ne faut pas non plus en abuser. Tu as deux bouches à nourrir. À propos…

   Il se leva si brusquement qu’elle faillit sursauter.

– C’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de…

   Il se pinça l’arête du nez.

– Désolé je ne voulais pas parler de ça maintenant.

   Anna posa sa main sur son épaule.

– Tu sais que tu peux me faire confiance Alex.

   Il demeura silencieux durant quelques secondes, puis il demanda :

– Pourquoi ne m’aimes-tu pas Anna ?

– Alex s’il te plaît…

– Non ne t’inquiète pas… Je n’insisterai plus.

– Tu es sûr que ça va ? Tu n’as pas l’air très en forme.

– Oui j’ai…

   Soudainement, il l’attira à lui et posa ses lèvres sur les siennes. Choquée, Anna ne réagit pas immédiatement, mais lorsqu’elle put enfin le repousser elle tenta de se libérer de son emprise.

– Ne me repousse pas s’il te plaît Anna !

– Mais qu’est-ce que tu fais ?!… Arrête !

   Il força ses lèvres, ignorant ses protestations.

– Lâche-moi !

   Il la relâcha juste au moment où Samuel apparût.

   La respiration bloquée, Anna s’attendit à ce que ce dernier réagisse mal, mais il n’en fit rien et se contenta de dire :

– Cela ne vous ressemble pas de forcer une femme docteur.

   Alex le toisa. Puis se tourna vers Anna qui elle, fulminait de colère.

– Je suis désolé, dit-il. Je n’aurais pas dû faire ça. Mais c’était ma manière de te dire adieu.

   La colère de la jeune femme retomba aussitôt.

– Oh… Comment…

– De toute façon je n’arriverai pas à te convaincre de venir avec moi, alors je m’en vais.

– Mais tu m’avais promis de…

– Je reviendrai.

   Sans rien ajouter il se dirigea vers la porte. Pourquoi avait-elle l’impression qu’il n’allait pas bien ?

– Alex !

   Elle se lança à sa poursuite, mais une fois dehors, sa voiture était déjà partie.

– Mon Dieu, que se passe-t-il ? murmura-t-elle.

– Tu devrais faire attention avec ce type, dit Samuel derrière elle.

   Elle se retourna.

– Je suis très sérieux. Il agit comme un drogué.

   Sans blague ? C’est vrai qu’Alex semblait perturbé, mais c’était parce qu’elle avait refusé de le suivre, rien de plus.

– Il va bien, c’est juste que…

– Je n’ai pas l’intention de me mêler de tes affaires, mais fais attention Anna.

***

   Une heure plus tard, elle demanda à s’entretenir avec Alex à l’hôpital, mais on lui apprit qu’il avait démissionné depuis plus d’une semaine.

   C’était absurde ! Soit il ne voulait pas la voir, soit…

– Désolée madame, mais le docteur Alex est très malade et il a décidé d’aller suivre un traitement au Liberia.

– Euh non… Vous devez faire erreur. Il devait voyager mais je crois que c’était pour aller s’installer à Johannesburg, pas au Liberia.

   La jeune infirmière la regarda avec des yeux ronds.

– Vous êtes sûre que nous parlons de la même personne ? demanda Anna, impatiente.

– Écoutez, le seul cardiologue que nous avions ici il y’a une semaine, s’appelait bien Alex mais il a démissionné parce qu’il devait aller se faire soigner. Vous n’êtes pas au courant qu’il est atteint d’un cancer de poumons ?

   Le cœur d’Anna manqua un battement. Cette fille était tombée sur la tête ou quoi ?

– Ah désolée, je pensais que vous étiez une amie.

– Évidemment que je suis une amie d’Alex, mais j’ignorais… Attendez, vous avez parlé du Liberia ?

– Oui, c’est son premier voyage depuis la mort de sa fille.

– Sa…fille ?

– Bon écoutez madame, je doute fort que vous connaissiez le docteur Alex si vous ignorez de telles choses. J’ignore qui vous êtes, mais il faut que je retourne travailler.

– Oh pardon ! Attendez…

– Quoi ?

– La vérité c’est que Lex et moi nous étions perdus de vue depuis des années. Je l’ai revu ici il y a quelques semaines, mais j’ignorais… Enfin je ne savais même pas qu’il avait une fille.

   Son interlocutrice la scruta du regard, puis dit :

– Lorsqu’il est venu s’installer ici il y’a deux ans, il avait une petite fille de six mois, Luna.

   Luna ? Anna déglutit, il lui avait menti ?

– J’ai… J’ai travaillé pour lui en tant que baby-sitter, je n’étais encore qu’une interne ici et la plupart du temps, quand il n’était pas chez lui c’est moi qui gardais la petite.

– Et sa mère ?

– Comment voulez-vous que je le sache ? Il n’en parlait jamais. Même quand lui et moi avons commencé à sortir ensemble il n’a rien voulu me dire. Si j’ai rompu, c’est parce qu’il gardait trop de secret pour lui et aussi parce qu’il avait juste besoin de quelqu’un avec qui passer la nuit, si vous voyez ce que je veux dire.

   Anna acquiesça, quoique choquée. Il ne pouvait pas s’agir du même homme.

– Et le… bébé ?

– J’ignore comment ça s’est passé. Je sais juste qu’Alex avait bu et fumé et qu’il a ensuite eu un accident de route avec la petite Luna. Elle n’a pas survécu à une blessure au front.

   La main sur la bouche, Anna retint un cri de stupeur.

– Excusez-moi, j’y vais. J’ai du travail.

   L’infirmière s’en alla, la laissant encore sous le choc de telles révélations. Elle avait du mal à croire qu’Alex lui ait caché qu’il avait une fille et qu’elle était morte. Sans doute, qu’il s’en tenait pour responsable, mais ce n’était pas logique ; quel parent faisait ce genre de choses ?

   Tout cela n’avait aucun sens. Elle devait lui parler.

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