Vengeance et Séduction (Part XXXIV)

– Où est Samuel ? demanda Anna, lorsqu’elle trouva Myriam auprès d’elle, à son réveil, chaque bébé dans un bras.

– Il est parti chercher quelques affaires. Il aurait déjà dû être de retour, normalement.

   Ah…bon, pensa Anna. Ce n’était pas si important, de toutes les façons. Enfin si, mais uniquement pour les enfants…

– Ce petit garçon ressemble énormément à son père c’est incroyable ! Et depuis il n’a pas cessé de dormir, tout comme ce dernier quand il était petit.

   Anna ne put s’empêcher de sourire devant le bonheur évident de cette femme. Elle la considérait vraiment comme une mère, mais en même temps jamais elle n’oublierait que la sienne était retenue dans un centre pour malade mentaux. Bizarrement tout ce qu’elle avait refusé de comprendre des années plus tôt lui paraissait compréhensible à présent, et elle se sentait si triste pour la femme qui l’avait mise au monde. Cette femme dont elle ignorait beaucoup de choses, mais qu’elle savait détruite à cause d’un homme qu’elle avait trop aimé sans rien y gagner en retour. L’histoire ressemblait dangereusement à la sienne, mais tout ça n’allait pas se répéter. Si elle aimait toujours Samuel malgré leurs incessantes disputes, elle n’était pas désespérée au point de s’oublier elle-même, oublier ses enfants, pour sombrer dans la folie ; sur ce point, elle avait juré de ne jamais ressembler à sa mère, encore que maintenant elle allait devoir se plier en quatre pour assurer l’éducation de deux enfants.

– Tiens je crois qu’il est là, dit Myriam.

   Comme à chaque fois qu’il était tout proche, le cœur d’Anna fit un bond. La porte s’ouvrit pour le laisser entrer suivit de… Andréa ?

   Il était allé chercher cette femme ? Non ce n’était pas de la jalousie, ni de la rancœur loin de là, mais n’était-elle pas censée être malade ? Mais comment avait-il pu envisager une telle chose sans lui en parler à l’avance ?

   Myriam dû percevoir le gêne des deux femmes car elle déposa l’un des bébés dans les bras d’Anna en lui murmurant :

– Sois patiente avec elle s’il te plaît. Elle n’a pas arrêté de harceler Oscar et Samuel pour qu’ils la laissent te voir.

   L’interpellée ne se décida à avancer qu’elle fut certaine que sa présence n’était pas indésirable.

– Andréa m’a fait promettre de lui tenir au courant dès la naissance des enfants, mais j’avoue que j’aurais dû t’en parler, dit Samuel à l’adresse d’Anna.

   Elle ne fit que hocher la tête. Malgré leurs efforts à tous, elle n’avait pas oublié la scène qui avait entraîné le rejet de Samuel. Pendant des jours, elle en avait fait des cauchemars la nuit…

– Pourquoi est-ce que tu ne viens pas prendre tes neveux dans tes bras ? proposa Myriam, pour détendre l’atmosphère. Ce qui ne fit qu’augmenter l’inquiétude d’Anna.

– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, déclara-t-elle en regardant Samuel droit dans les yeux. Pardonnez-moi, mais…

– Je te comprends parfaitement, intervint Andréa. Après… après ce qui s’est passé, ce n’est pas facile et je respecte ta décision.

– Merci.

   Puis après un moment de silence, Samuel s’avança pour prendre sa fille. Celle-ci venait de se réveiller, réclamant le sein par des pleurs.

   Comme à son habitude, Myriam intervint à temps.

– Andréa je crois que nous devons les laisser seuls un moment. Tu as déjà réservé un endroit où passer la nuit ?

– Quand Sam m’a appelé pour me dire que les jumeaux étaient sur le point de venir au monde, je n’ai rien fait d’autre que de sauter dans un avion. Et j’ai promis à Oscar de rentrer par le prochain vol.

– Oh et bien, pourquoi n’allons-nous pas déjeuner dans ce cas ? Nous serons de retour dans moins d’une heure.

   Peu après la porte se referma derrière elles.

   Une question se forma dans l’esprit d’Anna, mais elle se retint de la poser. Elle ne voulait pas rompre la magie de l’instant. Les trois êtres que son cœur chérissait le plus au monde étaient réunis avec elle dans cette chambre d’hôpital et elle ne voulait penser à rien d’autre, même s’il arriverait un moment où ils ne seraient plus réunis.

– Elle est très mignonne, dit Samuel en gardant les yeux rivés sur le joli minois tout rose du bébé.

   Elle acquiesça.

– À quels prénoms as-tu pensé ?

– Edy pour lui. Tous les prénoms de filles qui me viennent à l’esprit son affreux.

– Aida, dit Samuel. Apparemment c’est le prénom que j’aurais dû avoir.

– Sérieusement ?

– Ma mère était convaincue qu’elle allait avoir une fille. Elle a été déçue lorsqu’on lui a appris que j’étais un garçon.

   Anna ne perçu aucune amertume dans ses propos, ce qui signifiait qu’il n’avait pas été affecté par un quelconque rejet, comme elle. Comment aurait-il pu l’être ? Il y avait trop d’amour et de complicité entre sa mère et lui.

– Tu sais quand je pourrai sortir d’ici ?

– Non. Mais je préfère que tu restes encore un peu, pour être sûr qu’il n’y aura aucun problème par la suite.

– Des problèmes ?

– Une fois qu’on nous aura assuré que tout va bien pour toi et les enfants, je vous ramènerai à la maison.

   « Les enfants »

– Tu savais que ce serait des jumeaux, n’est-ce pas ?

   Il acquiesça automatiquement.

– J’avais pour obligation de ne rien te dire. Par précaution.

– Je vois. Mais cacher les résultats de ses échographies à une femme enceinte n’a jamais rien changé à la douleur ressentie.

– C’était censé t’éviter le stress et la peur de ne pas pouvoir te montrer à la hauteur. Mais tu as raison, j’aurais dû te dire la vérité.

– J’aurais préféré que tu sois là… Pour une fois.

   Il ne répondit pas dans l’immédiat, se contentant de la regarder.

– Nous ne sommes pas un couple, je ne l’ai pas oublié ne t’en fais pas. Mais c’est la première fois où j’ai eu autant besoin que tu sois avec moi, ne serait-ce que pour les voir venir au monde.

   Samuel s’éclaircit la gorge et dit :

– J’ai tout fait, mais ils n’ont pas voulu me laisser te voir. Je suis désolé.

   Il caressa la touffe de cheveux sur la tête de sa fille.

– Donne-la moi, dit Anna en déposant celui qu’elle avait dans les bras sur sa poitrine. Je dois lui donner le sein. Tu peux tenir Edy un moment ?

    Il lui tendit Aida et prit le garçon.

– Tu vois combien il est lourd ?

– Très costaud en effet pour un nouveau-né. Les donuts ont fait du chemin visiblement.

   Elle secoua la tête, puis se souvint de la question qui lui brûlait les lèvres depuis le moment où il était réapparut avec Andréa.

– Pourquoi être ressorti en voyant Alex ?

   La question à milles dollars, se dit Samuel.

–  Je n’allais pas vous interrompre en pleine conversation. Tu voulais que je me montre poli vis-à-vis de lui, si ?

– Oui, mais…

– Tu ne peux pas m’imposer sa présence, n’en parlons plus.

   Elle ouvrit de grands yeux.

– Je crois qu’il y’a un malentendu. Il n’y a rien entre Alex et moi.

   Samuel roula des yeux.

– Ça change quelque chose ?

– Non. Mais je sais que c’est ce que tu penses. Ce qui s’est passé ce matin n’aurait jamais eu lieu si c’était le cas.

   Bizarrement, il n’en ressentit aucune satisfaction ; peut-être parce qu’il savait au fond de lui qu’elle ne pouvait pas passer de lui à un autre aussi rapidement.

– Si j’essaie d’éclaircir les choses à son sujet, c’est parce qu’il a accepté d’être le parrain des jumeaux et que…

– N’y pense même pas.

– Pourquoi ?

– J’ai dit qu’il en est hors de question.

– Tu n’as pas hésité à appeler Andréa que je sache. Pourquoi n’ai-je pas le droit d’en faire autant avec un ami ?

   Il se rembrunit aussitôt.

– Un ami ? Tu plaisantes ? Ce type a carrément l’air d’être obsédé par toi.

   Un rire nerveux échappa à Anna.

– Pour une fois que quelque chose dans le genre m’arriverait ! En quoi serait-ce un problème pour toi que je fréquente Alex ? Tu m’as fait comprendre que tout était mort entre nous, de toutes les manières possibles.

   L’enfant qu’elle tenait dans ses bras se mit à pleurer et elle entreprit de la calmer.

– Ne pleure pas mon bébé, chuchota-t-elle en la berçant. Je ne voulais pas te faire peur…chut…

   Elle leva ensuite les yeux vers Samuel.

– Je ne pourrai plus vivre chez toi.

   Il ne parut pas le moindre du monde surpris.

– Pourquoi ? demanda-t-il cependant.

– Euh… j’aurai besoin de plus d’espace, et…

– Ne te sers pas des enfants pour fuir Anna. Les problèmes ne disparaîtront pas de cette manière.

– Je ne fuis pas, je pense à ma santé mentale. Si toi tu arrives à supporter toute cette situation, moi j’en ai ma claque. Nous nous engueulons comme des gamins pour ensuite retomber dans les bras l’un de l’autre et ça… Ce n’est pas l’image que j’aimerais que mes enfants aient de leur mère.

   Elle baissa les yeux sur sa fille.

– Tu es une drogue mortelle pour moi Samuel. Cette relation nous a beaucoup fait de mal, mais pas à toi autant qu’à moi. Si tu tiens à tes enfants il faudra que tu fasses une croix sur moi, pour de bon. C’était ton idée après tout.

   Après un moment de silence, il répondit.

– Je n’y arrive pas.

   Elle releva les yeux et vit que l’expression de son visage avait complètement changé. Il semblait…perturbé.

– Tu me pousses toujours à bout. Tu ne me laisse aucune chance.

– Tu as oublié que…

– Je sais pertinemment que c’est moi qui ait mis un terme à notre relation, c’est moi qui t’ai éloignée de moi mais il le fallait pour que tu comprennes le mal que tu m’avais fait Anna. C’est facile de tout le temps monopoliser l’attention en se faisant passer pour la victime. Tu n’as pas idée de ce j’ai traversé quand…

   Il fit plusieurs pas vers elle.

– Donnons-nous une dernière chance s’il te plaît. Nous ne saurons jamais à quoi cela nous mènera si nous ne prenons pas le risque en essayant de nouveau.

– Toi tu veux ma mort…

– Sans Oscar et Andréa, tout aurait pu être différent.

   Elle eut un rire nerveux.

– Tu n’aurais même pas posé les yeux sur moi sans Oscar. Je n’aurais pas fait le poids devant toutes tes maîtresses.

– C’est toi qui as porté mes enfants, pas « mes maîtresses ».

   Dieu sait qu’il fut sur le point de tout lui avouer, mais elle ne lui facilitait pas la tâche et elle semblait décidée à ne plus rien avoir avec lui.

– Cela change quoi pour toi au juste ? Tu ne sais même pas ce que tu veux.

– Soit. Je ne sais peut-être pas ce que je veux, mais j’ai besoin d’une chance, une dernière et ensuite nous serons fixés sur nos sentiments respectifs.

– Non.

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