Vengeance et Séduction (Part XXXIII)

– Tiens bon, répétait inlassablement Myriam en tenant la main d’Anna et en lui essuyant le front à l’aide d’une serviette humide. Celle-ci n’arrivait toujours pas à croire que durant tout ce temps, elle avait porté des jumeaux sans jamais se douter de quoi que ce soit. À présent l’un reposait dans les bras d’une infirmière tandis que l’autre s’entêtait à ne pas vouloir sortir.

– Qu’on le fasse sortir ! se mit-elle à hurler, regrettant d’avoir refusé la césarienne. Faites le sortir nom de…Dieu…

   Pourquoi diable lui avait-on caché la vérité ? Elle ferma les yeux, mais les rouvrit aussitôt.

– Samuel…

   Elle se mit à sangloter, ignorant les encouragements de la sage-femme.

– Nous voyons la tête de l’enfant, dit cette dernière. Poussez madame, faites un peu plus d’efforts.

   Anna serra les dents et de toutes ses forces elle poussa une dernière fois.

– Encore un peu, vous y êtes presque.

– Je ne sens plus mes pieds…

– Allons une autre poussée et vous serez délivrée.

   Du regard, Myriam l’encouragea.

– Sois forte ma belle.

   Une autre poussée et effectivement elle le sentit glisser entre ses cuisses.

***

   Encore une fois, Samuel fut heurté au refus catégorique des infirmières.

   Mais cette fois ci, il prit son mal en patience, refoulant tous les mauvais scénarios qui lui venaient à l’esprit. Ils allaient forcément bien.

   Mais cela faisait plus de trois heures qu’il était là…

   Lui le célèbre Samuel Anour en train de trembler dans une salle d’attente. Cela en était presque comique, mais pourtant il n’en concevait aucune honte.

   Une porte s’ouvrit et il se retourna.

– Où étais-tu passé bon sang ? s’enquit Myriam lorsqu’elle apparut. Elle n’a pas arrêté de demander d’après toi !

   Il observa l’expression de son visage ; rien de grave, mais quand même…

– Cesse de me regarder comme un animal battu, ils vont bien.

   Il haussa les sourcils, peu rassuré.

– Ils ?

– Mes petits fils et leur mère évidemment. C’est une jolie petite fille et un garçon.

   Il en ressentit un immense soulagement ainsi qu’une joie indescriptible. Dire qu’il était sur le point de craquer.

– C’est la dernière fois que j’entre dans un hôpital, ils n’ont rien voulu me dire et j’ai cru devenir fou ! Y a-t-il vraiment eu des complications ?

– Tu devrais directement parler au docteur. Quand Anna a su qu’il restait un bébé à l’intérieur, elle a paniqué la pauvre !

– Quand est-ce que je pourrai la voir ?

   Au même moment, une infirmière l’interpella.

– Monsieur Anour ? Troisième chambre à gauche s’il vous plaît.

– J’y vais.

– Attends, le retint Myriam. Je n’ai pas besoin de te rappeler qu’en ce moment elle est très faible.

– Je sais.

– Non, tu ne sais rien. Ne compliques pas les choses, vous aurez tout le temps de parler Samuel. Tu viens d’être père et c’est tout ce qui compte présentement.

   Après une bise sur sa joue, elle prit la direction des toilettes.

***

   Luttant contre la fatigue et le sommeil, Anna gardait les yeux fixés sur les deux berceaux disposés à côté de son lit. Elle avait encore du mal à y croire et se demandait comment un tel miracle était possible.

   L’idée d’avoir un enfant de Samuel, l’avait toujours secrètement emplie de joie, mais ce n’était rien comparé à ce qu’elle ressentait présentement. Elle avait l’impression de vivre un rêve éveillée, et rien qu’en posant les yeux sur les deux petits êtres auxquels elle venait de donner vie, son cœur débordait d’amour.

   La porte s’ouvrit, laissant apparaître Alex.

– J’espère ne pas t’avoir réveillée, dit-il, l’air soucieux.

   Elle secoua la tête. Il s’approcha du lit, et prit sa main qu’il porta à ses lèvres.

– Tu as été très courageuse.

– Mes cris ont dû te parvenir depuis le dernier étage.

   Il sourit et ses yeux se posèrent sur les berceaux.

– C’est incroyable. Je comprends mieux pourquoi tu te plaignais de manger autant.

   Anna lui rendit son sourire, mais faiblement.

– Je crois qu’ils ont bien fait de ne rien me dire à propos des jumeaux. J’aurais fait une crise rien qu’en imaginant deux vies dans mon ventre.

– Tu as déjà choisi des prénoms ?

– Pas encore… Je dois le décider avec Samuel.

– Oh évidemment, excuse-moi.

    Elle tiqua.

– Tu n’as rien dit de mal.

– Non. En fait si, je lui ai dit que s’il t’arrivait quoi que ce soit, il aurait affaire à moi.

    Il serra sa main dans la sienne.

– Je m’en vais à Johannesburg bientôt.

   Les yeux d’Anna s’agrandirent de surprise.

– Mais pourquoi ?

– Je compte ouvrir ma propre clinique là-bas. Un peu partout si Dieu le veut, mais je commencerai par là.

– Pourquoi pas ici ?

   Il la fixa intensément.

– Je serai toujours là si tu as besoin de moi, ne t’inquiète pas.

   Elle soupira.

– Et moi qui comptais rattraper tout ce temps perdu. Tu pourras au moins rester jusqu’au baptême de mes enfants ?

– Euh… normalement, j’avais prévu prendre un vol mardi mais…

– S’il te plaît Alex. Je ne te reverrai sûrement pas avant de longs mois.

– On pourra toujours s’appeler. Tous les jours.

– OK, mais promets-moi de rester jusqu’au baptême et d’accepter d’être le parrain des jumeaux.

   Il ne dit rien et elle demanda :

– Tu pars retrouver quelqu’un là-bas à Johannesburg ?

– Pourquoi ?

– Je me disais que depuis tout ce temps, tu as quand même dû avoir une vraie relation. Non ?

– Je n’ai pas de temps à consacrer aux femmes, répondit-il, en lui caressant la paume de la main. Je préfère me contenter des relations de courtes durées.

   Tous les mêmes, songea Anna. Mais au moins, lui il avait le mérite d’être honnête.

– Tu voulais avoir deux adorables petites filles Lex.

– Avec toi.

– C’était… impossible. Je t’aime beaucoup et je veux que tu sois heureux.

– Es-tu heureuse avec lui ?

    Le cœur d’Anna se serra.

– Être amoureuse ne veut pas dire que tu seras forcément heureuse avec lui. Il a beau tenir à toi, il ne t’aimera jamais comme moi je t’aime.

    Il se massa l’arête du nez.

– Épouse-moi Anna.

   Malgré la stupeur sur son visage, il ne la laissa pas l’interrompre et poursuivit en disant :

– Samuel Anour ne te mérite pas.

– Arrête Alex, tu ignores tout ce par quoi nous sommes passés lui et moi. Tu ne sais rien de lui.

– Je n’ai pas besoin de mener une enquête sur lui pour savoir qu’il te fera souffrir. Il le fait déjà et il te prend pour acquise.

– Ce n’est pas vrai…

   Oh si c’est vrai, et tu le sais très bien, la nargua une petite voix intérieure.

– Je ne vaux pas mieux que lui. Je te ferai souffrir des fois, c’est inévitable dans une relation, mais jamais je ne te manquerais de respect et tu le sais.

   Elle secoua la tête.

– Tu es un homme formidable et je te souhaite de trouver quelqu’un qui te mérite. Pas quelqu’un comme moi.

– C’est toi que je veux Anna.

   De nouveau la porte s’ouvrit et cette fois c’était celui qu’elle avait tant souhaité voir lorsqu’elle avait cru sa dernière heure arrivée. Alex ne se redressa pas pour autant, et garda sa main dans la sienne.

– Désolé de vous avoir interrompu, déclara Samuel. Je repasserai plus tard.

   Avant qu’elle ne réagisse, il était parti.

– Tu veux que je le rappelle ? demanda Alex devant le visage figé de la jeune femme.

– Non… Je veux être seule, j’ai sommeil.

– Je sais qu’il est parti à cause de moi. Alors…

– S’il te plaît Alex, nous reparlerons de tout ça une autre fois. Je… j’ai besoin d’être seule un moment.

   Lorsqu’elle entendit la porte se refermer un moment plus tard, elle ferma les yeux, et peu après sombra dans le sommeil.

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