Vengeance et Séduction (Part XXXII)

   S’il n’avait tenu qu’à eux, ils auraient passé toute la journée, puis le reste de l’après-midi au lit. Mais pour une analyse dont il ignorait l’importance, Samuel dû conduire Anna à l’hôpital, puis à leur retour, ils avaient invité sa mère à déjeuner. Myriam était restée longtemps, assez longtemps pour s’apercevoir que quelque chose avait changé entre ces deux-là.

   Samuel remarqua le regard soupçonneux de sa mère, et comme il s’y était attendu, elle le bombarda de questions lorsqu’il se retrouva seul avec elle. Anna se trouvait dans la cuisine à ce moment.

– Qu’as-tu fais ? demanda-t-elle d’un ton accusateur.

– C’est-à-dire ?

– Cesse tes manières avec moi, veux-tu ? Mais rassures moi, tu lui as dit pour…

– Non.

– Dans ce cas pourquoi étais-tu tout le temps collé à elle, durant l’examen ? J’ai bien vu que tu n’avais pas un seul instant lâché sa main.

    Il la dévisagea avec amusement.

– Cela ne te ressemble pas du tout, maman. Il n’y a aucun mal à ce que je prenne soin de la mère de mes enfants.

   Myriam fronça les sourcils, et baissa un peu plus le ton.

– Tu devrais cesser de rendre la vie impossible à cette jeune femme Samuel, après tout ce qu’elle a enduré par ta faute.

   Il ne répondit rien, ce qui l’encouragea à poursuivre en disant :

– Dis-moi la vérité, tu ne l’aurais quand même pas amené ici pour coucher avec elle !? Ce serait lui manquer de respect après ce que tu m’as dit à l’hôpital.

– Maman, s’il te plaît changeons de sujet.

– Es-tu quand même amoureux, Samuel ?

– Non, coupa-t-il, tout à coup irrité. Et je ne veux pas parler de ça.

– Alors je trouve anormal et sorcier que tu mettes Anna dans ton lit, après m’avoir assuré que jamais elle ne sera ma belle-fille…

   Un bruit de plat cassé résonna tout près d’eux, leur faisant tourner la tête.

   Le regard de Samuel rencontra celui d’Anna et sa respiration se bloqua. Il n’avait pas besoin d’être magicien pour savoir qu’elle était là depuis un moment, et qu’elle les avait entendus. Plus précisément, elle avait entendu ces choses qu’il ne pensait pas mais qu’il avait dit, et que sa mère venait de répéter. Pourquoi avait-il fallu qu’ils reparlent de tout ça précisément aujourd’hui ?

   D’un geste brusque, il repoussa la table et se leva.

– Ne m’approche pas ! fit-elle en tendant la main, pour le dissuader d’avancer.

– Ce n’est pas ce que tu crois.

   Sans un mot, elle tourna les talons et retourna dans la cuisine. Frustré, il la suivit.

– Ne fais pas ça, le prévint sa mère.

– Que je ne fasse pas quoi !? demanda-t-il, les nerfs à vif. Tu n’aurais jamais dû parler de ça.

– Si cela peut servir à faire remuer tes méninges, j’assume.

   Furieux, il se dirigea vers la cuisine. Il fallait qu’il parle à Anna. Il fallait qu’elle sache qu’il était désolé.

   Même si désolé n’était pas le mot.

   Alors qu’il s’était attendu à la trouver en larmes, elle était debout devant une table, en train d’éplucher un avocat. C’était la chose la plus déstabilisante qui lui soit arrivée ; il s’attendait à ce qu’elle crie, lui demande des explications, comme à son habitude. La voir aussi calme et silencieuse, après ce qu’elle avait entendu, le frustrait encore plus.

   Il referma la porte derrière lui.

– Si tu crois que je vais me plaindre et te blâmer, c’est peine perdue, déclara-t-elle.

– Tu es en colère, dit-il en s’approchant.

– Reste où tu es. Je viens de te dire de…

– Tout ce que tu as entendu n’était pas vrai.

   Elle eut un rire amer.

– Parce que je suis folle et que je ne sais pas ce que j’ai entendu ? Ah très bien.

   La frustration de Samuel augmenta.

   C’est le moment de le lui dire, lui souffla une voix.

– Tu ne comprends pas.

– Effectivement que je ne comprends pas comment j’ai pu être aussi stupide. Je suis vraiment bonne pour l’asile, de m’être donnée à toi tout en sachant que cela n’y changerait rien de toute façon. Dois-je te rafraîchir la mémoire sur le nombre de fois, où tu m’as mise en garde ?

– Anna…

– Tu veux que je te rappelle toutes ces fois, où tu me disais que ce ne serait jamais rien de plus que du sexe entre nous ? J’ignore pourquoi tu t’attends à me voir en colère, j’étais prévenue, je ne devais rien espérer. Ah oui, et encore moins après avoir comploté contre toi.

– Cesse de raconter des…

   Elle reposa brutalement ce qu’elle tenait en main, tandis que ses yeux se remplissaient de larmes.

– Je t’aimais, mon Dieu tu n’imagineras jamais à quel point !

   Le pouls de Samuel s’accéléra.

– Personne ne m’avait jamais autant fait souffert.

   À présent les larmes coulaient sur ses joues et elle s’empressa de les essuyer.

– Mais c’est fini tu m’entends ? Si tu as ne serait-ce qu’un peu de respect envers ma personne ne…ne…

   Elle se figea d’un seul coup, puis s’écarta de la table tandis que son visage se crispait. Samuel ne mit pas beaucoup de temps à comprendre que quelque chose n’allait pas lorsqu’elle s’agrippa à la table.

– Tu as des contractions ? demanda-t-il inquiet.

   Elle secoua vigoureusement la tête.

– Je viens de perdre mes eaux, il…faut que tu m’emmènes à l’hôpital.

   Il s’approcha d’elle, peu sûr de la manière dont il allait s’y prendre.

– Attends…non, appelle ta mère !

– Il serait…

– Je vais accoucher ici putain, appelle-la !

   Au même moment, la porte s’ouvrit.

– Mais que sont ces cris ? demanda Myriam lorsque son regard se posa sur Anna.

   Elle porta sa main à sa bouche avant se précipiter vers elle.

– La voiture Samuel, nous n’avons plus de temps à perdre.

   Partagé entre la peur et l’incertitude il ne bougea pas.

– Je ne veux pas aller à l’hôpital, j’ai trop mal, protesta Anna en gémissant.

– Non ma chérie ça va aller. Samuel !

***

– Écoutez, je veux savoir comment se déroule les choses, vous ne n’allez tout de même pas me laisser sans nouvelles !

– Vous êtes dans un hôpital monsieur et il y’a des malades autour de…

   Sans crier gare, Samuel empoigna le jeune docteur par le col de sa chemise.

– Je me fiche de vos malades, alors maintenant dites-moi si les enfants et la mère vont bien.

– Ils ont réussi à faire sortir l’un des bébés, mais…

– Mais quoi ?

– Écoutez, je n’en sais pas plus que vous. Il y’a des complications, mais votre mère se trouve auprès de votre femme.

   Pas le moindre rassuré, Samuel le relâcha quand même. Tout était de sa faute.

– Nous pourrions porter plainte pour coups et blessures, dit une voix derrière lui.

   Il se retourna.

– Vous ?

   Il vit Alex le toiser de mépris.

– Je savais qu’un truc du genre allait finir par arriver. Je n’aurais jamais dû vous laisser l’emmener.

   Samuel fut surpris par son ton.

– Vous avez un problème avec moi ? s’enquit-il.

– Je n’ai aucun problème avec vous Anour, mais s’il arrivait quelque chose à Anna… Je vous ferai regretter de l’avoir fait souffrir ?

   Un rire incrédule échappa à Samuel et il fit un pas en avant.

– Parce que selon vous je l’ai fait souffrir ? Pourquoi ne pas y aller en même temps ? Venez me foutre une raclée puisque je le mérite.

   Sans rien ajouter, Alex s’en alla et disparut au bout d’un couloir.

   Les minutes s’écoulèrent, puis les heures, jusqu’à ce que n’y tenant plus, Samuel sortit de l’hôpital. Une minute de plus et il allait devenir fou.

   Il décida d’aller chercher les affaires d’Anna. Encore une fois il avait foiré, mettant cette fois la vie de trois êtres en danger.

   Maintenant il comprenait ce qu’avait traversé Oscar lorsqu’il avait cru sa femme morte ; il avait l’impression que son cœur se divisait en deux rien qu’en pensant que par sa faute, l’un tout comme l’autre pouvait mourir.

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