Vengeance et Séduction (Part XXXI)

Quelques jours plus tard…

   Tard dans la nuit, Samuel sortit de la douche, une serviette nouée sur le bassin. Il était prêt à se coucher. Pourtant, toutes sortes de pensées se bousculaient dans son esprit et il craignait de ne pas trouver le sommeil tout de suite.

   Quatre jours s’étaient écoulés après qu’il ait réussi à convaincre Anna de venir vivre avec lui. Maintenant, il était moins inquiet que lorsqu’il la savait seule et sans aucune forme de sécurité, et il attendait avec impatience l’arrivée des jumeaux. Cependant, même si tout était bel et bien terminé entre eux, il n’arrivait toujours pas à se la sortir de la tête. Depuis qu’elle était là, ils ne s’étaient plus disputé, ils s’entendaient presque bien et discutaient comme d’anciens amis, ce qui supposait que la page était tournée pour de bon, du côté de la jeune femme.

   Bon sang, il n’était pas censé fantasmer sur elle. Pourquoi c’était si difficile de la voir autrement que la femme qu’il aimait ?

   Pour l’heure, il se sentait terriblement frustré. Épuisé, il s’allongea sur son lit. Hélas, le même visage s’imposait à lui. Et dire qu’elle se trouvait dans la chambre attenante en ce moment et qu’il n’aurait qu’à faire quelques pas pour la rejoindre…

   Trop énervé pour trouver le sommeil, il se leva et décida d’aller faire un plongeon dans la piscine. Au moins cela l’aiderait à penser à autre chose. Encore une fois, il fut reconnaissant à l’agence immobilière qui lui avait trouvé cette mini villa. Pas très spacieuse, mais assez bien pour accueillir deux nouveau-nés jusqu’au moment où il leur achèterait leur propre maison.

   Il cherchait l’interrupteur du salon, lorsqu’un bruit lui fit redresser la tête. Il alluma la veilleuse du plafond qui tamisa la pièce d’une couleur bleu pâle. Ensuite il la vit.

   Elle était là. Assise sur le canapé, le regard dans le vide. Lorsqu’il s’approcha, elle tourna la tête vers lui.

– Je t’ai réveillé ?

– Je ne dormais pas, répondit-il en s’asseyant à côté d’elle. Tu as besoin de quelque chose ?

   Elle lui montra un verre d’eau qu’elle avait en main.

– Je dors très rarement ces temps-ci. Et j’ai comme l’impression qu’il y’aura des complications. J’ignore tellement de choses.

– Tout va bien se passer. Demain je demanderai à maman de venir s’installer ici.

   Elle eut un sourire timide.

– Je te remercie beaucoup, mais quoi qu’il advienne ce ne sera jamais comme si ma propre mère avait été là.

   Il hocha la tête. Il ne pouvait pas savoir ce qu’elle ressentait, mais au moins il comprenait.

   Après lui avoir pris le verre, il l’aida à se lever.

– Retournons nous coucher, il se fait tard.

   Elle acquiesça et le suivit. Arrivés dans la chambre qu’elle occupait, Samuel fut surpris de voir que son lit n’était pas défait. Il était plus de minuit !

– Euh… Le canapé est quelque fois plus confortable. Et je n’arrive pas à m’endormir avec autant de place, ça me fait tout bizarre.

   Évidemment qu’il aurait dû y songer et lui demander son avis lorsqu’il avait commandé ce lit de quatre places. Il n’avait songé qu’à lui faire plaisir, sans réellement se soucier de ce qui était nécessaire ou pas.

– Je suis désolé de n’avoir pas y avoir pensé. J’aurais dû te demander avant.

– Non, ne t’inquiète pas. J’apprécie tout ce que tu fais pour me mettre à l’aise.

   Elle s’assit au bord du lit, et tapota de la main la place à côté d’elle.

– Tu veux bien me tenir compagnie encore quelques minutes s’il te plaît ?

   Indécis, Samuel demeura debout, à la regarder. Ce n’était pas une bonne idée, dans l’état actuel des choses et dans leur état à tous les deux. Elle était enceinte, et il la désirait comme un fou ; cela virait presque à de la perversité, mais c’était toujours ainsi. Il ne pouvait pas être aussi proche d’elle sans que certaines idées ne se mettent à germer dans son esprit.

   Elle n’est plus à toi de toute façon, le nargua une petite voix.

– Tu devrais dormir Anna.

   Elle soupira.

– Je sais, et je m’endormirai sûrement si tu restes avec moi. S’il te plaît.

   Elle le suppliait, ce qui n’arrivait jamais.

– OK, maugréa-t-il. J’arrive.

   Il retourna dans sa chambre pour enfiler un pantalon et un T-shirt. C’était toujours mieux qu’une simple serviette.

   Lorsqu’il réapparut, elle s’était couchée et avait remonté la couverture jusqu’à son menton. Il la rejoignit.

– Merci, dit-elle lorsqu’il l’enserra dans ses bras.

***

   Lorsqu’elle se réveilla le lendemain, Anna se sentait milles fois mieux que les jours précédents. Elle se sentait reposée et étrangement, ses sautes d’humeur matinales avaient disparues.

– C’est la première fois que je t’entends parler dans ton sommeil, la taquina Samuel lorsqu’elle apparut dans la salle à manger.

   Elle ignorait à quel moment, il était retourné dans sa chambre, mais il était resté assez longtemps pour qu’elle s’endorme.

– Je me suis découvert d’incroyables talents, répondit-elle en s’asseyant.

   Après un long silence, rompu régulièrement par le bruit des cuillères, il reprit la parole.

– Oscar a appelé.

– Oscar ? répéta-t-elle la bouche pleine, manquant de s’étouffer. Il t’a appelé, toi ?

   Une première !

– J’ignore de quoi il s’agit exactement, mais je lui ai dit d’attendre.

– C’est-à-dire ?

– Il aimerait tous nous rencontrer, ma mère incluse.

– Oh et bien…

– Y compris toi bien sûr.

   Elle fronça les sourcils.

– Pourquoi moi ? Je ne fais pas partie de votre famille.

– Soit. Mais tu d’une manière ou d’une autre tu en fais partie.

– À cause du bébé.

   Il acquiesça.

– Et pourquoi lui as-tu demandé d’attendre ?

– Tu es presque à terme, inutile de te rappeler qu’aucun voyage n’est possible pour toi.

– Il pourrait venir, non ? Quoi qu’on fasse, il sera l’oncle de notre fils.

   Elle haussa les épaules et mordit dans un croissant au miel.

– Tu devrais goûter à ce truc, suggéra-t-elle en fermant les yeux de satisfaction. C’est divin.

– Tu ne devrais pas autant t’empiffrer.

– Je ne risque pas de grossir vu que je suis déjà enceinte jusqu’au cou.

   Elle rouvrit les yeux. Ceux de Samuel étaient rivés sur sa bouche. Une chaleur inattendue se propagea en elle.

– Arrête de me regarder comme ça.

– Comment ?

– Je sais ce à quoi tu penses.

– Je ne peux pas m’en empêcher.

– Tu devrais.

– Pourquoi ? Personne ne risque d’être jaloux.

– Samuel.

   Sans prévenir, il se leva et lui tendit la main.

– Viens.

– Je ne…

– Tu pourras toujours dire non. Mais sois honnête envers toi-même, tu en as envie.

   Elle déposa sa cuillère dans son assiette.

– Le sexe ne fera qu’aggraver la situation, tu y as pensé ?

– Tu as peur de subitement tomber amoureuse de moi ?

   Elle roulait des yeux. Il prit son menton dans sa main.

– Tu as le choix entre accepter et refuser…

   Puis il reporta de nouveau son attention sur ses lèvres.

– Mais de toute façon, je ne te laisse pas le choix.

   Il se pencha et sa bouche vint couvrir la sienne, à la fois douce et exigeante. Rien à voir avec le baiser qu’il lui avait donné quatre jours plus tôt, pour rendre Alex jaloux.

   Anna se trouva ramenée des mois en arrière, lorsqu’une seule chose ne comptait : être avec lui. Durant un instant, elle se laissa aller, incapable de respirer ou de penser. Tout son corps était en feu, mais était-ce raisonnable ? N’était-elle pas au contraire en train de s’exposer à nouveau à un rejet ? Une fois qu’il aurait eu ce qu’il voulait…

– Non, protesta-t-elle en se ressaisissant.

   Il la fixait plus attentivement lorsqu’elle se leva et dit :

– Tu as raison, c’est absurde.

– Écoute…

   Il l’interrompit en l’attirant à lui. Si elle y avait mis un peu plus de volonté elle aurait réussi à le repousser, mais au lieu de cela, leurs bouches de trouvèrent de nouveau avec une force presque brutal.

– Cesse d’être hypocrite et avoue que je t’ai manqué, murmura-t-il contre ses lèvres.

   Il n’imaginait pas à quel point ! Cette fusion charnelle lui avait tant manquée. Il lui avait manqué : la sensation de ses lèvres, le contact de ses mains…

   Elle l’embrassa avec fièvre, mais il y avait également de la colère et elle ne put s’empêcher de se réjouir à la pensée qu’il devait se rendre compte de ce qu’il avait perdu.

   Car c’était sa faute. Il avait tout gâché.

   Sans rompre leur baiser, Samuel l’entraîna jusqu’au salon, et l’allongea à même le sol, sur la moquette. Ensuite il s’étendit sur elle, prenant appui sur ses avant-bras.

– Cette fois il n’y a pas que nous deux, dit-il en fixant son ventre.

   Elle aurait voulu lui dire ce qu’elle ressentait, mais les mots se bousculaient dans sa tête sans pouvoir former des phrases cohérentes. Lentement, il défit les boutons de sa robe, jusqu’à dénuder totalement sa poitrine. Puis avec la même lenteur étudiée, il la déshabilla, prenant soin de faire attention à son ventre.

   À un moment, Anna ne put s’empêcher de pouffer.

– On dirait à ton premier rendez-vous, dit-elle.

– J’ai eu ma première expérience sexuelle très jeune, et j’étais loin d’être aussi maladroit que maintenant.

   Le regard soudé au sien, elle effleura son visage de ses mains.

– Que nous est-il arrivé ? 

– Aucune idée, répondit-il dérouté par sa question.

   N’était-il pas en train de se mettre à nu ? Même s’ils allaient coucher ensemble, il n’avait pas oublié qu’il n’était pas censé lui faire part de ses sentiments. Ce qui était sur le point d’arriver consisterait à faire disparaitre cette chose inassouvie qu’il y avait encore entre eux. Ensuite il la laisserait décider pour la suite. Il n’avait plus rien à perdre.

   Samuel se redressa et s’allongea à ses côtés, puis d’un mouvement souple, il referma la main sur ses hanches, pour la hisser sur lui.

– J’aime bien la vue que j’ai d’ici, fit-il avec son sourire le plus charmeur.

– Heureusement qu’il n’y a pas de femme de ménage dans cette maison, répondit Anna. Puis à son tour, elle entreprit de le déshabiller. Il fit mine de se plaindre.

– Tu es vachement lourde Anna.

– Allez, je suis bien comme ça, protesta-t-elle en appuyant sur son torse pour l’empêcher de bouger. Et ce sera plus facile.

   Elle s’avait qu’il aurait pu se libérer à tout instant, s’il l’avait voulu ; néanmoins, elle se sentait envahie par une sensation de puissance extraordinaire. C’était toujours ainsi les rares fois où il la laissait prendre les choses en main.

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