Vengeance et Séduction (Part XXX)

« Apprendre à patienter et à laisser du temps au temps, faire les choses en son temps. »

– J’ai quelque chose à t’annoncer.

   Oscar s’écarta de sa femme et l’observa. Elle paraissait plus tendue que d’habitude.

– Qu’est-ce que c’est ?

   Elle se redressa.

– Ce n’était pas censé arriver. Si tu t’énerves je comprendrai.

   Elle ne s’était toujours pas débarrassée de la peur qu’il lui inspirait autrefois, songea-t-il. Ils avaient tous les deux fait beaucoup d’efforts durant les quelques mois qui avaient suivi son retour, mais il n’était pas sans savoir qu’il lui faudrait encore du temps pour guérir complètement et lui refaire confiance.

   De nouveau il resserra ses bras autour d’elle.

– Si tu n’as pas envie d’en parler maintenant, j’attendrai. Tout le temps qu’il faudra.

   Elle se raidit d’abord, puis poussa un long soupir, avant de déclarer :

– Je suis enceinte.

   Oscar ne réagit pas tout de suite.

– De trois semaines. Je l’ai appris hier.

– Je sais que tu es enceinte.

   Elle parut surprise et il y avait vraiment de quoi l’être.

– Comment…

– Je l’ai remarqué tout seul, la rassura-t-il. Je savais que ça allait arriver de toute façon.

– Aussi tôt ? Oscar.

– Andy.

   Elle pencha la tête, de sorte à croiser son regard.

– J’aurais pu commettre un meurtre, et aller en prison.

– Je ne les aurais pas laissé te toucher.

– Non. Mais j’aurais quand même été une meurtrière.

– N’empêche que je ne t’aurais pas abandonnée. Tu sais pourquoi ? Parce que je t’aime.

   Elle le fixa longuement avant de baisser les yeux.

– Je ne sais pas… J’ignore si tout redeviendra comme avant un jour et…

– Rien ne redeviendra comme avant, coupa-t-il en lui saisissant le menton. J’ai mis du temps à me rendre compte d’à quel point tu m’étais indispensable et ça n’a rien à avoir avec ce que nous vivons à présent.

– Tu crois ?

– Tu aimes Fleur ?

– Bien sûr. C’est l’amour de ma vie.

   Il sourit et enfouit son nez dans son cou.

– Essaie toujours de me rendre jaloux.

– Je vous aime tous les deux.

– Tous les trois.

   Elle porta une main à son ventre.

– Mais je ne pourrai jamais mettre un nom sur ce que je ressens pour toi et c’est effrayant. Tu crois que c’est de l’obsession ?

   Oscar eut du mal à répondre à cette question, qu’elle avait pourtant posé sans arrière-pensée. Par le passé, ils avaient tous cru qu’elle était obsédée par son frère, mais la vérité était qu’elle l’avait aimé à un tel point que son manque de réaction avait entraîné de la frustration et un besoin obsessif d’affection, chez elle. En quelques sortes, Samuel était apparu au bon moment. Il était tellement préoccupé par son travail et sa propre personnalité qu’il n’avait jamais su que sa femme avait tenté de se suicider. Elle était déjà malade quand son frère l’avait rencontré, et lui n’avait fait qu’alimenter sa folie en la brutalisant.

   Il ne la méritait pas. Ni ce qu’elle ressentait pour lui, ni leurs enfants. Il ne serait jamais à la hauteur. Il s’écarta d’elle pour de bon et se leva. Elle dû percevoir son inaccessibilité soudaine, car il perçu à nouveau de l’inquiétude dans ses yeux.

– Il y a un problème ? voulut-elle savoir. J’ai dit quelque chose de mal ?

   Pour toute réponse il se dirigea vers la salle de bain, se déshabilla, entra dans la douche et ouvrit l’eau.

   Durant plusieurs minutes il demeura ainsi, immobile, luttant contre ses vieux fantômes. Il y’avait cette voix qui lui disait qu’il allait continuer à leur faire du mal, quoi qu’il fasse. Qu’il était devenu un monstre à force d’avoir vécu avec toute cette haine. Puis il y’avait une autre voix qui lui assurait que les choses allaient changer, qu’Andrea finirait par oublier et peut être bien lui pardonner. D’un geste brusque, il arrêta l’eau.

   Au même moment, deux bras se nouèrent autour de lui, et il sentit une joie se poser contre son dos.

– Ne t’éloignes pas de moi s’il te plaît. Ne me laisse pas.

   Il se retourna. Elle avait enlevé la chemise de nuit qu’elle portait un instant plus tôt. À présent elle était nue.

– Si c’est à cause du bébé je suis prête à…

– Non. Ne dis pas ça.

   Elle allait parler d’avortement, il en était sûr.

– Et ce n’est pas à cause du bébé.

– Qu’est ce qui se passe dans ce cas ? demanda-t-elle, les yeux rivés aux siens. Tu ne m’aimes plus ?

– Où vas-tu chercher de telles histoires ?

– On parlait et puis soudainement…

– Je t’aime.

   Il lui prit la main et l’attira à lui.

– Je t’aime et je te le répéterai tous les jours que Dieu fera, déclara-t-il. S’il y’a quelqu’un qui ne mérite pas d’être aimé… C’est moi.

   Elle ne dit rien, se contentant de le dévisager en silence.

– J’ignore ce que sera ma vie sans notre fille et toi, mais moi aussi j’ai besoin de guérir, reprit-il. Je ne me suis pas encore pardonné d’avoir été l’homme que j’ai été Andy, et rien ne prouve que malgré ces quelques semaines de bonheur passées avec vous deux, j’ai complètement changé.

   Il prit son visage dans ses mains.

– Emmène Fleur avec toi et partez dans un endroit où je ne vous retrouverai pas de si tôt. Je te promets de vous rejoindre après mais maintenant…

– Je t’interdis de continuer.

– J’ai dit que je vous rejoindrai une fois que j’aurai mis au clair certaines choses ici.

– Et moi je viens de te dire de la fermer !

   Elle fondit en larmes.

– Tu…tu… Oh mon Dieu.

   Elle s’éloigna à reculons et finit par sortir de la salle de bain. Il ne la suivit pas.

   Ils allaient se retrouver, mais pas maintenant. Il ne pourrait pas aller de l’avant sans être sûr qu’il n’y avait pas risque qu’à un moment l’ancien Oscar ne réapparaisse. L’idée de consulter un psychothérapeute l’avait toujours rebuté, mais à présent il n’avait pas le choix. Pour sa famille, il devait le faire.

– Tiens, vas-y achève moi.

   De nouveau Andréa se tenait devant lui, mais cette fois avec un couteau de cuisine en main. Son sang fit un tour.

– Andréa ? fit-il abasourdi.

– Je le ferai moi-même de toute façon, alors vu que t’y prendras mieux, voici de quoi me tuer plus rapidement.

   Comme il ne réagissait toujours pas, elle tourna le bout pointu de l’arme vers son ventre.

– Très bien, regarde.

– Andréa ! tonna-t-il en tendant la main.

   Elle se figea, puis leva ses yeux rougis vers lui.

– Tu as peur hein ? Pourtant il y’a un moment tu voulais me chasser de ta vie. Encore une fois. Mais ce sera la dernière si tu fais ça je te le promets.

   Incapable de détourner le regard du couteau, Oscar fit un pas prudent vers elle.

– Écoute-moi…

– Je ne suis pas folle, coupa-t-elle. Je suis très lucide en ce moment même. C’est pourquoi…

– Tu as pensé à Fleur ? demanda-t-il en soupirant de frustration. Au bébé ?

   Alors qu’il s’y attendait le moins, elle jeta le couteau par terre, s’approcha de lui et le gifla de toute ses forces. Ensuite elle martela son torse de coups de poing.

– Réagis bon sang ! Frappe-moi ! Si cela peut t’aider à réfléchir.

   Il bloqua ses mains dans les siennes, l’empêchant de justesse de glisser sur le carrelage de la douche. Puis sans crier gare, il lui saisit la nuque et l’embrassa.

   Elle ne se fit pas prier avant de se presser contre lui pour répondre à son baiser. Oscar la souleva et automatiquement, elle enroula ses jambes autour de lui.

– Pardon Andy, dit-il d’une voix rauque, lorsqu’elle l’accueillit en elle. Pardonne-moi, s’il te plaît.

   Elle ne répondit pas à sa demande, mais s’accrocha plus fortement à lui. Il se figea un moment, et pressa son front contre le sien, tandis que ses mains la retenaient fermement.

– Tu es ma bouée de sauvetage, poursuivit-il. Tu as voulu me sauver de moi-même et en retour je t’ai brisée. Si un jour tu trouves la force de me pardonner…

– Il n’y a pas d’amour sans pardon. Aussi incompréhensible que cela paraisse parfois.

– Je ne veux pas te faire souffrir à nouveau.

   Il bougea, lui arrachant un gémissement.

– Fais-moi souffrir si tu veux, mais je ne partirai pas.

   Sa voix se brisa.

– Pas cette fois. Je ne veux pas que tu changes Oscar, pour moi tu es parfait, et Dieu sait que je t’aimerai toujours, toi et tes imperfections, jusqu’à mon dernier souffle.

   Une larme coula sur la joue d’Oscar, mais sa douche précédente empêcha Andréa de la voir.

– Je te promets que nous allons y arriver, dit-elle, en le serrant dans ses bras. Ensemble.

***

   Lorsqu’il arriva chez elle aux environs de dix heures, comme prévu, Anna s’était levée depuis longtemps. Elle avait déjà avalé trois gigantesques croissants, une tasse de café, et un demi-litre de jus de fruits. À présent elle se prélassait sur son éternel transat, au bord de la piscine.

– J’aurais aimé te trouver endormie, déclara Samuel en s’asseyant.

– Pourquoi ? Et comment es-tu entré ?

   Il agita une clé devant elle.

– Ma mère me l’a donnée. Ou plutôt je l’ai obligée à le faire.

– Ravie d’apprendre qu’elle s’inquiète pour ma sécurité.

   Elle se redressa.

– Je t’avais prévenu que je venais.

– Oui mais tu ne m’avais pas dit que tu allais entrer par toi-même. Tu aurais pu me surprendre toute nue.

   Samuel haussa un sourcil, surpris.

– Tu plaisantes ?

– Absolument pas. Tu me vois entrer dans un maillot de bain ? Je nage toute nue.

   Dire qu’il avait songé à autre chose, pensa-t-il.

– Cela n’aurait pas été la première fois que je te vois nue.

– J’ai comme l’impression que tu oublies toujours que je fais maintenant trois fois plus que mon poids habituel.

   Oui il oubliait à chaque fois. En fait il ne l’avait même pas remarqué, pour lui elle était là même. Parfaite.

– Tu es prête ? demanda-t-il.

– Tu es sûr que là où on va je serai plus à l’aise ?

– Fais-moi confiance.

– Je peux encore refuser non ?

   Il roula des yeux.

– Non.

   Elle lui tendit la main et il l’aida à se lever.

– Où se trouve ta valise ?

– J’en ai prévu deux. Une pour moi, une pour lui, dit-elle en pointant son ventre. Au cas où quoi.

   Une inquiétude traversa Samuel. Il aurait dû y en avoir trois, mais elle ignorait toujours pour l’échographie. Était-ce le moment de le lui dire ?

– On y va ? s’impatienta-t-elle. Il fait très chaud.

   Une fois de plus, il y renonça, et alla chercher les deux valises.

– J’espère qu’il ne va pas sortir en chemin, dit Anna lorsqu’il mit le contact. Je me sens toute bizarre.

– Je sais que tu plaisantes, alors arrête.

   Elle sourit.

– Avoue que c’est drôle.

   Devant sa bonne humeur, il ne put s’empêcher de sourire à son tour, mais d’agacement.

– Si c’est ce que tu as l’intention de me faire vivre, je te préviens que moi aussi c’est ma première fois.

– Tu t’y feras, tu verras.

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