Vengeance et Séduction (Part XXVIII)

« Laissez la haine à ceux qui sont trop faibles pour aimer »
– Tu sais quel est le problème avec toi ? s’énerva Samuel. C’est que tu crées toujours des histoires quand il n’y en a pas. À croire que cela t’amuse.
   Sans lui laisser le temps de répondre, il sortit de la chambre, la laissant seule.
   Seule ? Non. Cette fois, il pouvait partir quand bon lui semblerait. Elle avait beau l’aimer, il n’y avait aucun espoir pour eux. Elle n’avait plus besoin d’une relation toxique.
   Pris d’un accès de colère, Anna se saisit du verre qui se trouvait sur la table à côté d’elle, et le lança contre le mur. Qu’il aille au diable !
   Elle n’était pas grincheuse de nature, il le savait… Pourquoi ne pouvait-il pas comprendre que c’était son état qui lui faisait changer d’humeur à tout moment ? Et si elle posait toutes ces questions c’était parce qu’elle mourrait d’envie de savoir tout ce qui s’était passé dans sa vie durant les trois derniers mois… Tout ce qui s’était passé après elle. Mais de toute façon, ne pas le savoir était sans doute mieux. L’imaginer avec une autre… Non, il ne fallait pas y penser pour le moment.
   La porte s’ouvrit de nouveau et elle releva la tête. Ce n’était pas lui.
– Comment va notre patiente ? demanda le nouveau venu.
   Anna plissa les yeux. Son visage lui était familier. Mais elle ignorait…
– Tu te souviens de moi Anna ? demanda-t-il en s’approchant, un sourire aux lèvres.
   Elle le regarda plus attentivement et son cœur manqua de s’arrêter.
   Bien sûr.
– Alex ? fit-elle.
  Il s’arrêta et croisa les bras devant lui, tandis que les yeux de la jeune femme s’agrandissaient de surprise.
– Alex ? Oh mon Dieu !
   Elle ne sut plus exactement quand elle se leva pour se jeter dans ses bras. Il la maintint par la taille.
– Doucement ma belle, tu dois être prudente.
   Anna s’écarta de lui un moment, pour le détailler du regard.
– Je n’en crois pas mes yeux, dit-elle. Alex !
   Il lui effleura la joue.
– J’ai été très surpris moi aussi quand je t’ai vu il y a quelques heures. Ça faisait si longtemps.   Anna éclata de rire.
– Ça tu peux le dire ! Attends combien d’années ? Deux, trois ?
– Bientôt cinq ans. La dernière fois qu’on s’est vu s’était tout juste après ta licence.
   Oui maintenant elle s’en souvenait parfaitement.
– Tu as carrément disparu de la circulation Lex.
   Il l’aida à regagner le lit.
– Je suis parti en Afrique du Sud peu de temps après que tu aies refusé de devenir ma petite amie.
   Devant l’air tout à coup sérieux d’Anna, il poursuivit avec ce sourire irrésistible qui avait fait des tas de victimes des années plus tôt, lorsqu’elle l’avait connu.
– Je devais suivre une formation de deux mois, mais mon père est décédé et j’ai dû prolonger mon séjour. Je n’avais pas envie de revenir ici.
   Spontanément, elle posa sa main sur son bras. Il avait changé ! Mais elle l’avait tout de suite reconnu.
– J’imagine. Je suis vraiment désolée pour toi.
– Et toi ? Qu’es-tu devenue ?
– Oh rien de spécial. Il n’y a rien eu de spécial depuis.
   Il fixa son ventre, d’un air pensif.
– Mariée ?
– Euh…
   Son regard se posa sur sa main gauche.
– Telle que je te connais, je suis sûr que s’il n’y avait pas un mariage en vue…
   Oh, il n’imaginait pas combien elle avait changé, songea Anna. Il serait déçu s’il savait à quel point !
   Alex et elle s’étaient connus durant sa première année d’université. Lui était à sa cinquième année de médecine et il était alors le seul garçon à avoir retenu son attention. Non pas parce qu’il était beau ou qu’il lui plaisait, la preuve elle avait refusé toutes relations, autres que de l’amitié entre eux. Elle avait cru trouver en lui le frère qu’elle n’avait jamais eu, mais il avait fini par lui avouer qu’il ne la verrait jamais comme tel. Anna s’était entêtée à croire qu’il finirait par comprendre et lâcher prise, mais malheureusement un beau jour, elle n’avait plus eu aucune nouvelle de lui. Il était parti sans un mot.
   Puis environ deux ans après, elle avait suivi une amie en Algérie, laissant tout derrière elle.
– Alors, et toi ? demanda-t-elle. Tu as dû te marier et avoir les deux petites filles que tu as toujours souhaité avoir ?
   Elle prit un air sérieux.
– Luna et Airis. Tu vois je n’ai pas oublié leurs noms.
   Elle se coucha et il remit en place la perfusion qu’elle avait arrachée en se levant.
– Qu’est-ce qui t’a conduit ici ? s’enquit-il.
   Elle haussa les sourcils.
– Tu l’ignores ?
– Ah, en fait ce n’est pas moi qui me suis occupé de toi. Ma spécialité c’est la cardiologie.
– Je vois.
   Elle enroula ses deux mains autour de son ventre.
– J’ai eu une hémorragie ce matin. Ensuite je crois que je me suis évanouie.
   Le front d’Alex se plissa.
– C’est la première fois ?
– L’hémorragie ou la… Oh oui c’est la première fois que cela m’arrive.
   Elle bailla.
– Tu n’imagines pas à quel point ça me fait plaisir de te retrouver après tout ce temps Lex. C’est comme un miracle ! J’espère que tu ne disparaîtras pas à nouveau durant mon sommeil.
   Il rit de bon cœur, avant de lui effleurer une nouvelle fois la joue.
– Même si je devais disparaître une nouvelle fois, ce ne serait pas maintenant.
   Il enfouit les mains dans les poches de sa blouse.
– Nous avons beaucoup de choses à rattraper.
   Elle acquiesça, baillant de nouveau.
– En commençant par me dire le nombre de cœurs que tu es allé briser en Afrique du Sud. Je sais de quoi tu es capable !
– Il y a un cœur qui m’était très cher et auquel je n’aurais pas fait de mal malgré tout.
   Déjà les paupières d’Anna se fermaient, comme si on venait de lui injecter une grande dose de somnifères. Elle sentit quelque chose de léger lui effleurer le front, puis tout devient noir.
            ***
– Elle est enceinte chéri. Tu ne devrais pas prendre à cœur tout ce qu’elle dit.
– Je suis responsable de notre fils, pas d’Anna, répondit Samuel. Je la comprends de moins en moins, elle est devenue trop capricieuse et imprévisible.
– Tu en es arrivé à te plaindre de l’imprévisibilité des autres ? C’est l’hôpital qui se fout de la charité Samuel, tu n’es même pas certain de ce que tu ressens pour la mère de ton fils.
   Décontenancé par ce que venait de dire sa mère, Samuel s’assit. Il commençait à trouver toute cette atmosphère invivable.
– Parce que tu crois le savoir ? demanda-t-il.
   Myriam se tourna vers lui.
– Ça se voit que tu es amoureux, mon fils, ça crève les yeux, déclara-t-elle. Mais visiblement tu n’as pas l’air sûr de toi et tu attends qu’elle fasse le premier pas. Quand cesseras-tu de te comporter en être borné ?
   Samuel jura intérieurement. Sans ce qui s’était passé ce matin, il serait à des milliers de kilomètres de cet hôpital, loin de toutes leurs histoires de femmes. Sans leur « fils », il serait parti le plus loin possible, il aurait essayé de l’oublier et peut-être même bien qu’il y serait parvenu. Il ne voulait pas d’une femme qui ne l’aimait pas, mais qui en plus, lui rendrait la vie impossible. Même s’il aimait Anna, il ne se sentait pas prêt à faire un tel sacrifice, qui de toute façon, ne représenterait rien pour elle.
   Il se leva.
– Je dois y aller. S’il y’a du nouveau, appelle moi.
– Tu quittes la ville ? s’enquit sa mère. La solution n’est pas toujours la fuite. Si Oscar était…
– Je ne suis pas Oscar, malheureusement, coupa-t-il en se retournant. Et s’il te plaît maman, reste en dehors de toute cette histoire. Si c’est une belle fille que tu recherches, tu as frappé à la mauvaise porte. Anna ne le sera jamais.
   Sur ces mots, il s’en alla.

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