Vengeance et Séduction (Part XXVII)

   Sur le point de se réveiller, Anna sentit une présence familière et elle ouvrit les yeux. Il était là…
   Il était assis tout près de son lit et avait les yeux fermés. Son visage était à quelques centimètres de sa main et il lui aurait suffi de la tendre pour le toucher. Mais elle se sentait très faible et épuisée. On aurait dit qu’un camion lui était passé sur le corps. Depuis combien de temps était-elle là ? Si Samuel avait eu le temps de venir, cela voulait dire…
   La raison de sa venue se rappela brusquement à elle et elle porta ses deux mains à son ventre.
– Samuel…
   Il dut l’entendre, car à son tour il ouvrit les yeux et se redressa.
   Anna tata son ventre rebondi et ne fut rassurée que lorsqu’elle perçu de petits mouvements. Son enfant était toujours en vie ! Ses yeux s’emplirent de larmes.
– Oh mon Dieu merci, merci… Merci !
   Elle entendit la porte s’ouvrir et vit Myriam apparaître. Quand celle-ci s’aperçut qu’elle s’était réveillée, son visage s’illumina.
– J’ai cru que j’allais avoir un infarctus ! Ne nous refais jamais un coup pareil ma chérie, fit-elle.
– Désolée. Je n’ai aucune idée de ce qui a pu déclencher une telle hémorragie.
– Le docteur a dit que tu faisais des exercices, c’est vrai ? s’enquit Samuel en la dévisageant.
   Les deux femmes échangèrent un regard.
– Maman ? fit-il à l’endroit de sa mère.
– Non, c’est un peu comme du yoga, répondit Anna à sa place. Myriam n’est même pas au courant, j’ai commencé parce que je m’ennuyais en étant toute seule à la maison.
   Elle n’aurait jamais dû lui révéler une telle chose, regretta-t-elle aussitôt.
– Tu vis seule ?
– Oui. Mais ta mère passe me voir de temps en temps. Ce n’est pas rien, d’habitude, il n’y a personne.
    Il se pinça l’arête du nez, avant de se tourner vers Myriam.
– Maman ça t’embêterait de nous laisser seuls un moment, s’il te plaît ?
– Bien sûr que non, répondit cette dernière. Je vais en profiter pour parler avec le docteur.
   Dès qu’elle fut partie, Anna tenta de se redresser. Il posa une main sur son épaule.
– Tu ne dois pas bouger.
– Pourquoi ? Qu’a dit le docteur ? Pourquoi me suis-je mise à saigner ?
   Devant l’air soucieux de Samuel, elle décida de demeurer allongée. Pour une fois qu’elle le revoyait après de longs mois, elle ne voulait pas le contrarier.
– Tout va bien, déclara-t-il.
– Les saignements sont inhabituels dans mon état.
– Mais ça peut arriver à n’importe qui. Le bébé et toi n’avez rien.
– Tu en es sûr ? demanda-t-elle, persuadée que maintenant il allait s’en aller puisqu’il ne s’agissait de rien de grave. Une fausse alerte, rien de plus.
– Oui. Fais-moi confiance.
– OK.
– Et tu dois me promettre de ne plus faire du yoga ou ce truc qui lui ressemble.
– D’accord. Même si j’ignorais que c’était dangereux. Beaucoup de femmes enceintes le pratiquent.
– Chaque être humain un organisme différent de celui des autres. Je veux également que tu me promettre de ne plus vivre seule.
– Très bien.
   La voir capituler aussi vite mit la puce à l’oreille de Samuel. Il demanda d’un air soupçonneux :
– Il y’a quelque chose que j’ignore ?
   Anna leva les yeux vers lui.
– Tu as l’impression que je te cache quelque chose ?
– Non, mais…
– Tu es incapable de me faire confiance, mais tu aimerais que je fasse tout ce que tu me dis, les yeux fermés.
   Touché.
– C’était ton plan de me faire m’en rendre compte ?
   Elle sourit malgré elle.
– Quand me laisseront-ils rentrer chez moi ?
– Dans quelques jours.
– Mais pourquoi !? s’écria-t-elle, surprise. Je n’ai rien, n’est-ce pas ?
– Tu risques d’avoir un accouchement prématuré si tu ne fais pas attention, ton organisme est trop fragile, essaya-t-il de la raisonner.
– De toute façon ta mère m’a assuré que la première fois était toujours prématurée.
– La première fois, répéta-t-il.
   Le double sens de la phrase n’échappa à Anna et elle détourna le regard.
   Elle n’avait pas envie de repenser à tout ça… Tout ça appartenait au passé.
   Samuel lui prit le menton et l’obligea à le regarder.
– Tout de toi me manque, déclara-t-il, ses yeux rivés aux siens. Mais nous avons pris la bonne décision en y mettant un terme, c’était d’avance voué à l’échec, tu le sais.
   Non, il n’avait pas un instant pensé à elle quand il avait mis un terme à leur liaison. Il avait utilisé comme argument ses erreurs passées pour l’éloigner.
– J’ai appris à vivre avec mes problèmes, répondit-elle. Tu y arriveras aussi un jour j’en suis sûre.
– Et si non ?
– Je sais que tu y parviendras, moi je t’ai fait confiance dès le premier jour. Et le fait qu’on ne soit plus ensemble ne m’empêchera pas de toujours croire en toi.
– La dernière fois qu’on s’est vu, tu ne voulais plus rien savoir de moi.
   Elle acquiesça.
– L’incertitude était très profondément ancrée en moi à ce moment… Et j’avais peur. Mais quoi qu’il arrive, je me soucierai de toi jusqu’à ma mort Samuel. Je ne cesserai pas non plus de prier pour que tu rencontres une femme digne de toi.
– Je suppose que je devrais également me mettre à prier pour que tu rencontres l’homme idéal ? ironisa-t-il.
   Elle haussa les épaules. À un moment donné, il faut laisser venir tout ce qui vient et laisser partir tout ce qui s’en va. Sans cette résignation, vous ne pourrez pas songer à autre chose, et deviendrez esclave du problème.
– Souhaite-moi ce que ton cœur te dictera. La décision finale revient à Dieu, lui seul sait quelles prières il juge dignes d’être exaucées.
   Elle s’éclaircit la gorge et poursuivit en disant.
– J’ai décidé d’appeler notre fils Samuel Eddie. J’espère que cela ne te pose pas de problème ?
   Il ne répondit pas.
– Mais si tel est le cas, je pourrai toujours le changer…
– J’ignorais qu’il s’agissait d’un fils. Quand as-tu « décidé » ? demanda-t-il enfin.
– Je veux d’abord être sûre que cela ne te pose aucun problème. D’habitude cela ne se fait pas de donner le nom de son père à un enfant alors que celui-ci est toujours en vie, mais…
    Ces simples paroles suffirent à prouver à Samuel qu’elle avait eu cette idée, quand elle l’avait cru sur le point de mourir.
   Cependant si elle ne ressentait rien pour lui, il ne voyait pas pourquoi elle se sentait obligée de le faire.
– Pourquoi avoir choisi ce nom ?
– Je ne sais pas. Je n’y ai jamais pensé, je trouvais que c’était…juste ?
– D’avoir le même nom que mon fils ? Et si je proposais qu’on l’appelle Anatole ?
    Elle leva les yeux et pouffa.
– Tu plaisantes ! C’est horrible comme prénom.
– Ce qui me fait penser que tu n’as jamais vraiment aimé le tien.
    Comment avait-il deviné ? se demanda la jeune femme. Depuis toute petite, elle s’était juré de changer tous les noms inscrits sur son acte de naissance en commençant par celui d’Anna. À l’époque, elle le trouvait « moche », tout comme elle-même. Sa conception de sa propre personnalité avait changée lorsque Samuel était entré dans sa  vie. Il n’avait pas seulement tout chamboulé sur son passage, il l’avait également fait se sentir « peut-être pas aimée », mais belle et désirable. C’était plus qu’on ne lui avait jamais offert.
– J’ai raison ? fit-il en lui caressant le ventre, à travers sa robe d’hôpital.
– Oui. Ehm… Comment l’as-tu deviné ?
– Peut-être parce que finalement je resterai le seul à savoir des choses que nul autre ne saura jamais sur toi ?
– Je pensais être la plus incorrigible en matière des « peut-être » mais tu as dépassé mon score habituel.
    Sa plaisanterie inattendue le fit sourire. Elle le vit jeter un rapide coup d’œil à la porte avant de glisser une main sous sa couverture.
– Qu’est-ce que tu fais ? soupira-t-elle.
– Rien, ne te redresses surtout pas.
   Il se mit à remonter sa robe, effleurant sa peau sensible par la même occasion.
– Quelqu’un pourrait entrer…
– Chut…
– Oh !
   À présent il avait de nouveau la main sur son ventre, et lui procurait les mêmes caresses, mais cette fois, il n’y avait aucune barrière. Anna pouvait sentir la chaleur de sa paume contre la peau nue de son ventre et c’était très agréable. Elle se détendit d’un seul coup et soupira d’aise.
– Avoue que dix séances de ton super yoga ne feraient pas le poids devant ma main.
   Elle éclata de rire. Un vrai rire, joyeux, qui l’étonna elle-même. C’était la première fois depuis des lustres !
   Mais il ne fallait pas rêver. Il s’en irait bientôt.
   Elle soupira de nouveau, mais de lassitude cette fois.
– Tu veux que j’arrête ? s’enquit-il.
– Non, répondit-elle d’une voix tremblante.
– Dis-moi ce que tu ressens.
– C’est divin, et je ne veux pas que tu t’arrêtes…
   Elle rouvrit les yeux, et l’expression du visage de Samuel changea. Il passa un doigt sous l’un de ses yeux pour essuyer une larme.
– Je te fais pleurer.
   Réprimant un frisson, elle secoua la tête.
– Arrête.
– J’arrête quoi ?
– De me laisser me bercer d’illusions, juste au moment où j’en ai le moins besoin.
– Anna…
   Elle referma sa main sur celle qu’il avait posée sur son ventre.
– C’est bien beau tout ça mais ce n’est pas réel. Je sais que tu le fais uniquement pour lui, et pour que j’aille bien.
   Toujours le même scénario, se dit Samuel. À chaque fois que tout semblait bien aller, quelque chose venait toujours s’interposer entre eux. Surtout ses craintes, pour la plupart, infondées.
– Tu ne t’es jamais demandé si…
– Oui ?
– Laisse tomber. Je ne veux pas provoquer une nouvelle dispute, repose toi.
    Il rajusta sa robe et la couverture et s’apprêtait à se lever lorsqu’elle lui saisit la main.
– Attends.
   Il s’exécuta.
– Aide-moi à me redresser s’il te plaît, le pria-t-elle.
– Il n’en est pas question, opposa-t-il.
– Si tu refuses, tu peux être sûr que je le ferai moi-même.
    Samuel posa un regard glacial sur elle, mais il finit par capituler. Il l’aida à s’asseoir, les pieds au bord du lit.
– Si tu t’en vas, je sais que je ne te reverrai pas avant l’accouchement.
– Je n’irai nulle part, j’ai l’intention de m’installer ici jusqu’à ce que tu accouches.
– Ah… Et durant ce temps que feras-tu ?
– Que me suggères-tu de faire ?
– Ta routine habituelle Samuel. T’amuser et rencontrer des femmes par exemple. De toute façon même si je le voulais, je ne pourrais pas te satisfaire, nous ne sommes plus ensemble et maintenant je suis grosse comme tout.
   Samuel regarda attentivement la jeune femme. Était-elle jalouse ? Et de qui ? Depuis leur rupture, il n’avait fréquenté aucune femme, plus pire, il les évitait comme la peste. Et tout ça à cause d’une seule, elle.
– Tu n’es pas grosses, tu es magnifique.
– Au point où cela pourrait te donner l’envie de faire l’amour avec moi ?
– Mais qu’est-ce que…
– Tu vois ? dit-elle en croisant les bras, j’ai perdu tout attrait à tes yeux.
– Cesse de me faire ce genre de reproches Anna, nous avons rompu.
– Et cesse de me le rappeler. La première fois que nous avons couché ensemble, nous nous connaissions à peine ! Il n’y a aucune nuance entre ces deux étapes.
– Je crois t’avoir dit que je n’avais pas envie de me disputer.
– Qu’est-ce qui te manquait tellement chez moi au fait ? De toute façon je n’avais pas la silhouette filiforme de ces stars à la télé.
   Cette fois il était persuadé qu’elle était rongée par la jalousie. Elle avait besoin de la certitude de savoir qu’il ne voyait personne depuis. Mais pourquoi exactement ? Pourquoi lui faisait-elle une scène de jalousie alors qu’un moment plus tôt elle lui souhaitait de trouver l’amour ailleurs ? Décidément les femmes étaient milles fois plus compliquées qu’elles n’en avaient l’air !

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