Vengeance et Séduction (Part XXIX)

   Somnolant sur un transat au bord de la piscine, Anna ressassait les événements des six derniers jours, lorsque son téléphone portable se mit à sonner.
   Samuel. Depuis sa sortie de l’hôpital, il l’appelait régulièrement pour prendre de ses nouvelles, mais c’était tout. Ils ne s’étaient pas revus depuis.
– Allô…
– Je suis devant ta porte.
   Le sommeil qui menaçait de s’emparer d’elle, disparut d’un seul coup. Elle se redressa.
– Sérieusement ?
– À moins que ta sonnerie n’ait un problème, répondit Samuel. Je suis là depuis plus de vingt minutes.
– Un instant, j’arrive.
   Joignant le geste à la parole, elle se leva et traversa le salon pour aller ouvrir.
– Tu devrais penser à faire réparer ce truc, dit-il lorsqu’elle s’écarta pour le laisser entrer.
– Je n’avais pas remarqué qu’il y’avait coupure d’électricité. Même la clim s’est arrêtée, répondit Anna.
   Elle referma la porte et lui fit face.
– Mais j’avoue que je suis surprise de te voir. Je te sers quelque chose ?
– Non. Je ne vais pas durer.
– OK.
   Elle se dirigea vers un fauteuil et s’y assis, attendant qu’il se décide à faire de même. Mais visiblement il n’avait vraiment pas l’intention de durer.
– Comment tu vas ? demanda-t-il.
   Anna s’adossa au fauteuil.
– Ça peut aller. Juste que maintenant je me fatigue de plus en plus vite. C’est fou comme il peut pomper toute mon énergie cet enfant.
   Ils, rectifia mentalement Samuel. Elle ignorait qu’elle allait avoir des jumeaux et son docteur voulait qu’elle n’en sache rien jusqu’à l’accouchement. Vu son tempérament, il craignait que le stress et la peur prennent le dessus et compliquent les choses. Bien sûr, elle leur en voudrait à tous après, mais c’était pour son bien. Pour leur bien à tous les trois.
– La nuit il m’arrive d’avoir très mal au dos et ses coups de pieds n’arrangent rien du tout.
– Tu veux que je te fasse un massage ? s’enquit-il soudainement.
   Elle le regarda avec méfiance.
– C’est pour ça que tu es là ?
   Il s’assit enfin.
– En partie. Et je ne comprends toujours pas pourquoi tu t’entêtes à vivre seule.
– Tu peux dormir l’esprit tranquille. Après ce qui s’est passé, ta mère ne me lâche presque plus.
   Elle bailla et tourna la tête vers lui.
– De quoi voulais-tu me parler d’autre ?
   Samuel ne passa pas par quatre chemins pour le lui dire.
– Je veux que tu viennes vivre avec moi jusqu’à que le bébé naisse.
   Il y’eut un moment de silence, avant qu’elle ne demande :
– Pourquoi ?
– Je pourrai alors dormir l’esprit tranquille.
– Ta mère…
– Laisse ma mère en dehors de ça s’il te plaît Anna. Pour une fois écoute ce que je te dis. Si tu te sens mal, je dois pouvoir être là.
   Elle allait répondre quand la sonnerie retentit de nouveau.
– Excuse-moi.
   Il l’arrêta.
– Non j’y vais.
   Samuel se dirigea vers la porte, réfléchissant à comment il allait pouvoir la convaincre. Ils étaient toujours en désaccord, mais le bien-être des enfants passait pour lui, avant tout. Et si Anna refusait de le suivre, il ne pourrait pas la forcer ; il fallait qu’il s’y prenne bien.
    Il ouvrit la porte, s’attendant à voir sa mère, et quelle ne fut sa surprise lorsqu’en lieu et place de Myriam, un homme attendait patiemment.
   Il haussa les sourcils, surpris.
– Désolé, fit le nouveau venu, qui visiblement était lui aussi très surpris. Je crois m’être trompé d’adresse.
   Il s’était sans doute attendu à voir Anna.
– Qui recherchez-vous ? demanda Samuel.
– Vous pourriez peut-être m’aider. Elle s’appelle Anna.
   Anna ? Bien sûr, elle avait dû faire de nouvelles connaissances depuis tout ce temps. Il n’y avait pas de quoi être surpris.
– Vous êtes bien à l’adresse, déclara-t-il, non sans une once de jalousie. Qui êtes-vous ?
– Dites-lui que c’est Alex. Et vous vous êtes…
   C’était ridicule, songea Samuel. Le fait qu’elle fréquente d’autres personnes, ne devait pas l’ennuyer. Elle était adulte, et pouvait décider de ce qui était bien pour elle. Mais…
– En effet, je suis…
   Son interlocuteur lui tendit la main.
– Ravi de rencontrer l’homme le plus chanceux du monde.
   Samuel fixa sa main tendue, et au même moment, il sentit une main légère sur son épaule.
– Qui est-ce ? demanda la voix d’Anna.
   Lorsqu’elle vit de qui il s’agissait, il lut de la surprise dans ses yeux, puis un grand sourire fendit son visage.
– Alex ? fit-elle. Qu’est-ce que tu fais là ? Mais entre !
   Elle posa ensuite un regard incertain sur Samuel.
– J’ignorais que tu attendais quelqu’un, fit alors remarquer ce dernier.
– Je peux repartir si ça dérange, répondit Alex à sa place. Je voulais que ce soit une surprise.
   Samuel leva les yeux au ciel, devant l’air réprobateur de la jeune femme. Elle ne pensait tout de même pas qu’il allait faire preuve de sympathie ? Il n’était pas là pour ça.
– Samuel, fit-elle, voici Alexandre, c’est un ami de longue date, il travaille à l’hôpital. Lex, je te présente Samuel, le père de mon enfant.
   Le père de son enfant, c’était bien ce qu’il était finalement. Pour elle, il n’était pas plus important, qu’un donneur de sperme. De nouveau, le nommé Alex tendit la main vers lui. Cette fois, il la prit.
– Je me disais bien que votre visage ne m’était pas inconnu, Samuel Anour n’est-ce pas ? À nouveau ravi de faire votre connaissance…
   Samuel se contenta d’un hochement de tête. Ce type ne lui inspirait pas du tout confiance.
   Anna entraîna les deux hommes au salon, et si Alex s’assit, Samuel lui, demanda à partir.
– Je te raccompagne, dit-elle simplement.
   Une fois dehors, elle fronça les sourcils.
– Je ne t’ai jamais vu te comporter comme ça.
– Explique-toi.
– Tu aurais laissé Alex à la porte, si je ne m’étais pas levée. Ce n’est pas poli.
– Qu’est-ce qu’il fait là ? demanda-t-il.
   Et bien sûr qu’il l’aurait volontiers laissé dehors. Seulement il n’était pas chez lui.
– Je pensais t’avoir dit que c’était un ami. Nous nous étions perdus de vue.
– Cela ne m’explique pas pourquoi il est là, et pourquoi il est aussi à l’aise, malgré le fait que c’est moi qui lui ait ouvert la porte.
   Son froncement de sourcils s’accentua.
– Il n’avait aucune raison d’être mal à l’aise, déclara-t-elle. Et puis quoi, ça t’embêterait que je vois quelqu’un d’autre ?
– À ton avis ?
– Samuel j’espère que tu es conscient qu’à un moment où l’autre, je referai ma vie avec quelqu’un d’autre. Nous n’allons pas éternellement nous tourner autour et…
– Et ?
– Chacun de nous est censé tourner la page à sa manière. Mais de toute façon il n’y a rien entre Alex et moi, et quand bien même ce serait le cas, je ne veux plus que tu te comportes comme tu viens de le faire, avec lui.
– Peut-être que je suis jaloux, qui sait ?
   Elle secoua la tête.
– Ça n’a aucun sens.
– Tu es quand même d’accord qu’il en pince pour toi ? À moins que tu ne l’aies pas remarqué, mais il a été très surpris de me voir.
– Il sait que j’habite seule. Bon, il faut que j’y aille. Merci pour la visite.
   Elle se détourna, mais il tendit la main et lui prit le bras, l’obligeant à lui refaire face.
   Elle soupira.
– Tu sais que parfois tu peux être agaçant ?
   Pour toute réponse, il l’attira doucement à lui, et l’embrassa.
   Anna demeura passive durant quelques secondes, comme pour se convaincre qu’il l’embrassait vraiment, puis qu’il approfondit son baiser elle noua ses bras autour de son cou et y répondit.
– Dis-lui de partir, fit-il contre ses lèvres.
– Pourquoi ferai-je une telle chose ?
– Tu voudrais qu’on le laisse seul au salon, pendant qu’on serait dans ta chambre ?
   Lorsqu’elle comprit, elle secoua la tête.
– Tu es fou.
   Il déposa un autre baiser rapide sur ses lèvres, puis son front avant de s’écarter d’elle.
– Demain je viendrai te chercher.
– Je t’ai dit que j’étais bien ici. Si c’est à cause d’Alex que tu m’as embrassée…
– Pense aux… au bébé. Imagine qu’en pleine nuit tu commences à avoir des contractions et que ton portable n’a plus de batterie.
– Tu as un immense dont de persuasion, tu devrais devenir avocat.
– J’y penserai. Fais ta valise, je serai là vers dix heures.
– Je me réveille à midi, alors…
– Je serai quand même là à dix heures.
   Il n’ajouta rien et s’en alla.
   Lorsqu’elle retourna à l’intérieur, Alex était en pleine lecture d’un magazine. Il leva les yeux en l’entendant approcher.
– Il a l’air de beaucoup tenir à toi, dit-il.
   Eh bien.
– Nous ne sommes plus ensemble, répondit-elle sans réfléchir.
   Il fallait qu’il sache que l’attitude de Samuel était injustifiable.
– Ça n’avait pas l’air d’un baiser amical mais j’aurais fait pareil si tu étais enceinte de moi.
   Anna haussa les sourcils. Il déposa le magazine sur la table et sourit.
– La porte était ouverte et vous étiez dans mon champ de vision.
– Ah.
   Elle aurait dû se douter qu’il n’y avait rien de naturel dans son baiser. Il savait qu’Alex les aurait forcément vus.
– Désolée, tu vas croire que je suis une menteuse.
– Ne raconte pas de bêtises. Il n’y a aucun mal à être amoureuse. Même si je suis curieux de savoir comment il s’y est pris.
    Anna se rassit.
– Tu ne veux vraiment pas boire quoi que ce soit ?
– Ne te dérange pas pour moi. Alors comment va notre futur champion ?
– Sans doute milles fois mieux que moi. Il me fait manger des choses auxquelles je n’aurais jamais cru toucher. Beurk.
    Elle se mit à rire.
– Heureusement que je n’en suis pas encore arrivée là. Je mange pour cinq personnes, tu imagines ?
– L’un de ces jours je devrai te voir en action.
   Un silence de quelques secondes suivit son affirmation.
– Samuel veut que j’aille vivre avec lui jusqu’à la naissance du bébé, dit-elle ensuite.
– Tu n’y es pas obligée si tu n’en a pas envie.
– Oui mais… Ce n’est que pour mon bien de toute façon.
– Peut-être que c’est également pour autre chose, tu ne peux pas savoir ce qu’il a en tête.
– Non, il n’a pas l’intention de renouer avec moi. C’est une longue histoire.
– Alors, fit Alex en prenant sa main, il ne devrait pas t’embrasser comme il l’a fait, ni te donner de faux espoirs. Tu mérites mieux que tout ça.
– Ou peut être que c’est moi qui ne souhaite pas avoir mieux ?
– Tu l’aimes au point de te contenter des miettes d’affection qu’il te jettera ? Cela ne ressemble pas à la Anna que j’ai connue.
   Elle retira sa main et la porta à son ventre.
– Il s’est passé beaucoup de chose depuis et j’avoue que j’ai changé. Tout le monde finit par changer, tu sais. Que ce soit en bien ou en mal.
   Elle haussa les épaules.
– Et que je le veuille ou non, lui et moi serions toujours liés par notre fils.
– N’empêche qu’il refera sa vie tôt ou tard.
– Je referai également la mienne.

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