Vengeance et Séduction (Part XXVI)

Trois mois plus tard.

– Ravie que tes vacances soient enfin terminés, Charles ne va pas le croire !  Comment as tu su que nous étions à Dublin ?

– Tu te réjouis trop vie, Olivia, répondit Samuel d’un air amusé. Je n’ai jamais dit que j’étais de retour, peut-être bien que mes soit disant vacances ne font que commencer.

    La prénommée Olivia lui donna un coup de coude.

– Ah allez, avoue que la scène t’a manquée. Allez ! Bientôt un an qu’on avait du mal à te localiser.

    En effet dans moins d’une semaine, cela ferait exactement un an qu’il avait tourné le dos à sa carrière d’acteur. Mais même maintenant, il ne ressentait plus du tout l’excitation d’autrefois, il n’éprouvait plus ce besoin urgent de jouer un rôle, histoire de devenir un autre personnage que celui qu’il avait toujours été.

    Samuel n’ignorait pas qu’il aurait pu choisir un autre métier que celui d’acteur, mais depuis l’adolescence il ne s’était jamais bien senti dans sa peau. Dans son travail, le vrai Samuel Anour cessait d’exister, seul comptait le personnage qu’il interprétait, quel que soit le rôle.

    Être un autre ne lui posait aucune difficulté. C’était être lui-même, qui lui avait toujours crée des problèmes.

    Mais à présent, il sentait que quelque chose avait changé. Quelque chose d’inexplicable, mais cette chose, il en était sûr, avait changé en même temps que «elle» était apparue dans sa vie. Ce quelque chose, qui avant qu’il ne la rencontre, séparait l’acteur de l’homme lui-même. À présent…

– Hoé Sam, tu m’entends ?

   Olivia agita la main devant ses yeux.

– Tu es somnambule ?

   Il se leva.

– Tu sais où est Charles ? demanda t-il.

– Alors tu acceptes pour le rôle ?

   Non. En fait, il ne voulait plus jouer aucun rôle.  Ni maintenant, ni une autre fois. S’il fallait qu’il demeure dans le domaine du cinéma alors il deviendrait réalisateur, il continuerait à écrire des films comme il l’avait toujours fait. Mais il n’avait plus du tout l’envie de tourner devant une caméra. C’était fini…

– Non. Mais je dois voir Charles. Tu as une idée de l’endroit où il se trouve ?

                                ***

   Allongée sur sa terrasse qui donnait une vue admirable sur la mer, Anna tapotait légèrement le haut de son ventre, les yeux fermés.

– Je me demande ce que tu fabriques encore là dedans, murmura t-elle en souriant.

   Un léger mouvement au niveau de son bas ventre lui répondit.

– Ah ! d’accord, on donne des coups de pieds à maman. Tu devrais sortir tu sais ?  J’ai hâte…

– L’un de ces jours je te prendrai en vidéo.

   Anna ouvrit les yeux avant de se redresser.

– Myriam, fit-elle. Je te croyais parti.

   Myriam s’assit sur un transat à côté d’elle.

– Je ne sais pas ce qui me retient, mais j’ai comme l’impression que mon petit fils est un grand farceur. Qui sait s’il ne se décidera pas à faire sa sortie aujourd’hui ?

   Le front d’Anna se plissa.

– Aujourd’hui ? Je n’en suis qu’au septième mois…

– Sept mois et deux semaines, je me trompe ? Mais ne t’inquiète pas, la première fois est toujours prématurée.

– Ah.

   Elle baissa les yeux sur son ventre. Elle n’ignorait pas que bientôt son enfant viendrait au monde et même si elle était un peu plus soucieuse dernièrement, elle se sentait prête à l’accueillir.

   Ces trois derniers mois étaient passé d’une rapidité étonnante ! Mais au moins, elle avait tenu la promesse qu’elle s’était faite ; elle était reparti sur de nouvelles bases, et elle y était parvenu toute seule. Les premières semaines avaient été très difficiles, mais depuis que Myriam était entrée en contact avec elle, grâce à Oscar, Anna ne se sentait plus du tout seule. Cette femme était un vrai ange ! Elle ignorait comment Oscar avait pu la localiser mais elle avait réussi à obtenir de sa part, la promesse de ne dévoiler à personne d’autre l’endroit où elle se trouvait. Si elle ne lui avait pas pardonné, elle n’arrivait pas non plus à le haïr. Si l’amour se refusait à elle, il n’y avait pas non plus de place pour la haine et la rancoeur dans en elle.

   Le centre n’avait pas voulu qu’elle emmène sa mère avec elle, mais grâce à Myriam tout se passait bien, et aux dernières nouvelles, Amélia se souvenait peu à peu de certains autres détails ; elle s’était même souvenu de son propre prénom. Enfin de compte, tout se passait pour le mieux.

– Anna ?

– Oui ma tante ?

   Quand elle pensait que Myriam avait insisté pour qu’elle l’appelle par son prénom… Il fallait quand même reconnaître qu’elle était très jeune, chose normal puisqu’elle était tombée enceinte à seize ans. La pauvre ! Pourtant elle ne semblait rien regretter, pour elle, ses fils étaient les plus belles choses qui lui soient arrivées.

– Ça t’embêterait si Samuel était présent le jour de l’accouchement ?

   Ne s’étant pas attendue à cette question, Anna ne su que répondre. Pourtant c’était simple, elle aurait pu répondre par un oui ou par un non. Mais la vérité était qu’elle avait personnellement décidé de l’informer une fois qu’elle aurait quitté l’hôpital, pas avant. Elle ne voulait pas rencontrer son regard empli de pitié et de compassion, lorsqu’elle se tordrait de douleur.

– Tout va bien se passer, la rassura Myriam, comme si elle pouvait percevoir ses moindres inquiétudes. Si tu ne veux pas…

– Non, ça va. C’est tout à fait normal.

– Tu en es sûr ?

   Elle acquiesça.

– Je ne peux pas lui interdire d’être là quand son fils viendra au monde. Mais je me disais que…

   Quand elle avait appris quelques semaines plus tôt que la fille d’Andrea n’était pas de Samuel, elle avait été très soulagée. En partie, parce que celait servirait à calmer Oscar, mais aussi parce qu’elle avait été malade d’apprendre qu’une autre femme avant elle, avait porté un enfant de l’homme qu’elle aimait. Parce oui, même la distance n’y avait rien changé, au contraire, elle se languissait toujours de lui. C’était comme si elle se condamnait à vivre éternellement avec ce sentiment non partagé, mais elle préférait cela à risquer de nouveau son coeur. Si elle ne pouvait pas guérir de Samuel, alors elle passerait le restant de ses jours à se consacrer à cette petit part de lui qui grandissait en elle.

– Myriam, comment as-tu fait pour… Je veux dire que pendant tout ce temps, Fleur était bien avec toi ?

– Je ne l’ai pas quitté une seule fois, jusqu’à ce qu’elle se mette à parler et à marcher.

   Son regard s’emplit de tendresse.

– Elle m’appellait maman, la pauvre.

   Mal à l’aise, Anna s’en voulu d’avoir abordé le sujet. Mais elle tenait tellement à savoir !

– Qu’a dit Samuel ? Comment as tu réussi à la cacher ?

   Myriam sourit.

– Lorsqu’elle a eu deux ans, j’ai placée Fleur dans une crèche à Londres et je lui ai pris une nounou. Comme ça quand Samuel m’obligeait à voyager avec lui, je pouvais être sûre qu’elle était entre de bonnes mains. Je ne restais jamais absente pendant plus de deux jours, mais quand il a insisté pour que je m’installe à Monaco, j’ai dû la prendre avec moi.

    Elle tourna le regard vers la mer et les vagues.

– Quand à sa réaction quand il a su, c’était celle à laquelle je m’attendais.

– Ah…

   Avait-il eu l’air blessé ? Était-il en colère ?

– Il était soulagé. Et je suppose que toi aussi.

– Uhmm…

– Tu n’as aucune raison d’être jalouse. Tu es là première femme qui ai réussi à le marquer positivement.

   Si seulement c’était vrai !

– Et ça se voit que tu l’aimes, continua Myriam. Mais alors dis moi une chose Anna.

– Oui ?

– Qu’est-ce qui t’empêche d’être avec mon fils ? À moins que j’aie mal interprété tes réactions chaque fois que son nom est mentionné, tu l’aimes n’est-ce pas ?

   Non, c’était plus que ça.

– Oui, répondit-elle. J’aime Samuel.

– Mais ?

– Je ne peux pas être avec lui, s’il ne peut pas me pardonner.

– Il a besoin de temps, et toi aussi, mais la distance n’a jamais rien arrangé. Au contraire…

– Non, je sais ce qu’il pense de moi et je ne lui en veux pas. Quand l’amour n’est pas réciproque rien n’est certain. J’espère seulement qu’il trouvera chez une autre la perfection qu’il a toujours recherché, parce que moi je ne suis qu’une simple créature de Dieu, je ne suis pas parfaite.

    Elle soupira et ramena la grosse couverture sur ses pieds.

– Comment va Andréa ? demanda t-elle.

   Elle ne voulait pas gâcher le reste de sa journée à parler d’un absent.

– Fleur et elle sont devenues inséparables en moins de trois mois, répondit Myriam. Je n’aurai jamais cru dire une telle chose, mais c’est une maman merveilleuse et je suis navrée qu’on ait pas compris des années plus tôt que tout ce dont elle avait besoin c’était de l’amour et de l’affection.

   L’amour c’est pour les autres, songea Anna. Pourtant elle affichage son plus beau sourire. Si Andréa avait autant souffert, elle méritait tout ce qui lui arrivait à présent, elle méritait d’être heureuse.

– Et Oscar ?

– Nul ne peut changer en aussi peu de temps. Ils ont tous les deux besoin l’un de l’autre et le plus important c’est qu’il se soit enfin rendu compte que la famille c’est important.

– J’avoue que oui.

    Myriam la regarda avec l’air de vouloir dire « tu devrais lui pardonner toi aussi. »

– Je ne hais pas Oscar, déclara Anna. S’il y’a une chose que j’ai appris c’est que la haine ne conduit nul part. J’ai travaillé pour lui, je l’ai côtoyé et maintenant je sais qu’au fond il n’était pas heureux. On aurait dit qu’il attendait que quelqu’un s’en rende compte, mais puisque ce n’est pas arrivé…

– Samuel sait-il que tu l’aimes ?

    Anna s’interrompit.

– Es-tu certaine qu’il est au courant de tes sentiments ?

   Bien sûr ! Elle se rappellait le lui avoir répété tellement de fois, lorsque tout allait bien entre eux, mais…

   Devant le regard interrogateur de Myriam, elle haussa les épaules.

– C’est sans importance, il n’a jamais rien voulu savoir de ce côté.

– Soit. Mais après l’accident le lui as tu dit ?

   Anna se souvint alors de ce qu’elle avait dit à l’hôpital. Mais pourquoi l’aurait-il cru cette fois plutôt que toutes les fois précédentes où elle lui avait fait part de ses véritables sentiments. Soit il était stupide, soit cela l’arrangeait. En plus de quoi, il ne l’aimait pas, nom de Dieu, était-elle censée le leur répéter à tous ?

   Ne souhaitant pas piquer l’une de ses colères devant cette femme qui s’était montrée plus que bonne envers elle, Anna se leva.

– J’ai un petit creu. Je retourne à l’intérieur…

   Mais à peine eut-elle fait le moindre pas, qu’une douleur atroce la cloua sur place, lui arranchant un grand cri.

   Aussitôt, Myriam fût près d’elle, et posa une main sur son dos.

– Ça va ma chérie ? demanda t-elle l’air inquiet. Tu veux qu’on aille à l’hôpital ?

– L’hôpital !? Mais non, je… Aïe !

   Elle voulu se courber mais Myriam la retint.

– Ne te courbe pas Anna, tu ne dois pas te courber.

– Mais merde qu’est-ce que ça fait mal ! Je veux…

   Elle sentit quelque chose de tiède couler le long de ses cuisses et elle baissa les yeux. Myriam fit de même, tandis que sa main se figeait sur l’avant-bras d’Anna.

– Mon Dieu, fit-elle.

   Anna n’eut pas besoin de plus amples explications pour comprendre ce qui se passait.

   Du sang… ?

   Il n’y avait qu’une explication possible !

– Oh non…

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