Vengeance et Séduction (Part XXV)

    Samuel devança la secrétaire d’Oscar et ouvrit la porte du bureau de ce dernier.

– Vous pouvez retourner à votre travail, dit-il en refermant la porte derrière lui.

    Elle lui rappelait la place qu’avait occupée Anna avant elle. Qui savait si ce n’était pas la prochaine cible de son frère ?

– Je ne t’attendais pas, déclara Oscar. Et j’ai une réunion, désolé.

– Je n’en ai que pour cinq minutes.

– Cinq minutes de mon temps c’est très précieux et je ne l’accorde pas à n’importe qui.

    Samuel enfouit les mains dans ses poches.

– Je suis au courant, lâcha-t-il.

    Il vit son frère hausser les sourcils.

– Ravi pour toi, même si j’ignore de quoi il s’agit. Maintenant je te demande de vider les lieux si tu tiens à garder ta mâchoire intacte.

– Tu sais, commença Samuel, je me suis toujours demandé ce qu’elle me trouvait mais maintenant je crois savoir ce que c’est.

    Il fit un pas vers Oscar.

– Je ne t’aurais jamais cru capable de lever la main sur une femme, et encore moins sur une femme que personne ne t’a obligé à épouser.

    L’expression du visage d’Oscar changea automatiquement. Il s’était raidit.

– Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il d’une voix sèche.

– La vérité.

– Quelle vérité ? Celle concernant le fait que tu aies couché avec ma femme ?

– Ce n’était pas ta femme, elle avait plus l’air d’être ton esclave. Tu ne sais pas à quel point tu as l’air comique de parler d’Andrea comme si elle comptait pour toi.

– Elle comptait pour moi ! tonna Oscar, tandis que ses yeux lançaient des éclairs. Je ne l’aurais pas perdu si tu ne t’étais pas interposé entre nous.

   Il fonça sur Samuel et l’empoigna brutalement par le col de sa chemise.

– Tu n’imagines pas à quel point tu m’inspires de la haine Samuel. Tu ne sais pas ce que je donnerais pour te voir dans un cercueil.

   Samuel ne tenta pas de se libérer, et se contenta de répondre d’un air sarcastique.

– Ma mort ne te rendra pas l’amour de ta femme, au contraire tu lui donneras une raison de plus de penser que tu es bel et bien le monstre dont elle a toujours eu peur.

   Il vit le poing d’Oscar se refermer et attendit, mais aucun coup ne vint s’écraser contre sa mâchoire.

   Au contraire, Oscar le relâcha et se dirigea vers la fenêtre de son bureau, qui donnait une vue sur le reste de la ville.

– Je veux savoir ce que tu as fait à Anna, fit Samuel. Je n’ai jamais douté de ton pouvoir de manipulation mais Anna n’est pas Andréa et je suis curieux de savoir ce que tu as pu inventer pour la faire plier.

   Oscar se retourna un sourire machiavélique sur les lèvres.

– Tu es sûr qu’il ne s’agit que d’une simple curiosité ? demanda-t-il. Tu veux me faire croire qu’à l’intérieur ça ne te ronge pas de savoir ce que «je lui ai fait» ? Il existe plusieurs manières de faire plier une femme frangin.

    La colère qui semblait vouloir s’emparer de Samuel, retomba. Oscar essayait de lui faire croire qu’il avait couché avec Anna, et il fallait admettre que s’il n’avait pas été sûr d’être son premier amant, il aurait été submergé par la jalousie.

– Si j’ai perdu ma femme, ce n’est rien comparé à ce que tu es en train de perdre pauvre imbécile. Non seulement tu vas la perdre elle, mais tu perdras également ton fils.

    Il failli répondre mais la porte s’ouvrit, et la secrétaire d’Oscar apparu de nouveau, mais cette fois suivi d’Anna.

   Les deux hommes se figèrent en la voyant.

– Désolée de vous interrompre, dis la secrétaire, mais vu son état…

   Elle s’excusa et disparut.

   A la vue de la mine fatiguée et des yeux soulignés de cernés de la jeune femme, Samuel fut saisi d’un élan de culpabilité. Ils s’étaient séparés depuis seulement une semaine mais il ne la reconnaissait presque plus ! Elle avait considérablement maigri, ce qui faisait beaucoup plus ressortir son ventre que lorsqu’il l’avait quitté. Même Oscar paraissait surpris de ce changement inattendu.

– Je ne voulais pas déranger, dit-elle.

   Seule sa voix n’avait pas changé.

   Elle s’approcha du bureau et y déposa un trousseau de clés, puis se tourna vers Oscar.

– J’ignorais que la maison était en vente… Mais c’est fait, il n’y a plus aucune de mes affaires là-bas.

– Quand dois-je faire le transfert ? demanda celui-ci l’air soucieux.

– Le plus tôt serait le mieux, répondit-elle en relevant la tête. J’en aurai certainement besoin à présent.

    Puis sans un mot, elle se dirigea vers la porte.

– Je te demande pardon Anna, déclara tout à coup Oscar.

    Elle s’arrêta, la main sur la poignée de la porte.

– Cela doit te sembler ridicule, mais je suis sincèrement désolé pour tout le mal que je t’ai fait.

– Moi aussi je suis désolée Oscar. Mais le Karma existe dit-on.

   Ce fut les seuls mots qu’elle prononça, avant de s’en aller.

   Samuel se tourna vers son frère.

– Des clés ? Une maison ? Quelle maison ?

– Cela ne te concerne pas, répondit froidement Oscar.

– Tout ce qui concerne Anna me concerne.

– Ce n’est pourtant pas l’impression que j’ai eu. Je crois même qu’elle n’a pas remarqué que tu étais là.

    Oui, elle l’avait ignoré, mais là n’était pas le problème. Ils avaient rompu, et c’était normal qu’elle ne veuille plus rien savoir de lui, vu que c’était même réciproque.

    Réciproque ? Mais alors pourquoi venait-il d’affirmer à Oscar que tout ce qui la concernait le concernait également ?

   En fait, il avait encore quelques questions à lui poser.


                             ***


    Anna s’adossa à l’une des voitures garées devant son ancien lieu de travail, et respira un grand coup. Il y avait eu plus de peur que de mal. Et Oscar était même allé jusqu’à lui demander pardon ! Mais était-elle seulement prête à lui pardonner de l’avoir embarquée dans toute cette histoire de famille ? Non.

   Il fallait absolument qu’elle quitte la ville, pour sa propre tranquillité, mais avant, elle allait devoir sortir sa mère du centre. Elle ne pouvait pas l’abandonner, même malgré tous les problèmes qu’elle traversait présentement. Et quant à l’endroit où elles iraient toutes les deux, il n’allait pas être difficile de choisir une destination inconnue, un endroit où nul ne saurait qui elle était. Un endroit où elle pourrait vivre en paix. Le seul problème actuel était sa grossesse. Chaque jour elle se sentait un peu plus faible et craignait que cela n’ait des répercussions sur le développement du bébé. La crainte de le perdre ou de faire une fausse couche la tenait éveillée chaque nuit.

   Quittant l’ombre de la voiture, elle fit quelques pas avant de s’arrêter. Quelqu’un venait de l’appeler ?

   Elle se retourna pour voir qu’il s’agissait de Samuel. Que voulait-il ? Elle avait vraiment fait de son mieux pour l’ignorer un moment plus tôt, alors que venait-il encore lui reprocher ?

   Il parvint à sa hauteur et elle sentit son cœur s’emballer. Dans le bureau d’Oscar, elle ne lui avait pas prêté attention, mais maintenant qu’il était devant elle, elle ne pouvait pas s’empêcher de le détailler de haut en bas. Si elle avait cru qu’il serait lui aussi affecté par la séparation, elle se rendait compte qu’au contraire, il la vivait très bien. Il n’avait rien perdu de ses traits dont elle était tombée follement amoureuse, et elle devait sembler en piteux état à côté de lui.

– Comment vas-tu ? s’enquit-il.

   Anna eut envie de rire, puis de pleurer. Il lui posait vraiment cette question ? Cela ne se voyait donc pas ? Et au lieu d’une réponse telle que « ça va et toi ? », elle eut plutôt envie de dire quelque chose comme « je vais très mal, et tu sais pourquoi ? Parce que tu me manques et parce que j’aimerais que tu reviennes. » Mais de toute façon, elle ne répondit pas, il était hors de question qu’il aille croire qu’elle ne pouvait pas se prendre en charge toute seule. Il fut contraint de reposer sa question.

– Est-ce que tout va bien, Anna ?

– Pourquoi ?

    Il demeura silencieux durant quelques secondes.

– Je m’inquiète pour toi, dit-il enfin.

   Cela ne voulait rien dire. Même de simples passants pouvaient s’inquiéter pour elle, d’autant plus que sa mine était à faire fuir.

– Tu ne devrais pas, assura-t-elle.

– Je ne veux pas qu’il arrive quoi que ce soit au bébé.

    Ah… Maintenant tout était clair. Il était vraiment inquiet mais pas pour sa santé à elle. Tout ce qui comptait pour lui c’était que son fils vienne au monde sain et sauf. Pourquoi en ressentait-elle un pincement au cœur tout à coup ? Cela n’aurait pas dû l’étonner, même lorsqu’ils étaient ensemble Samuel n’éprouvait rien de particulier pour elle. Une parmi tant d’autres, c’était comme ça qu’il la voyait.

   Elle vacilla sur ses jambes.

– Tu es sûre que ça va ?

– Je… je n’ai rien mangé depuis ce matin.

   Avant qu’elle ne réalise son erreur, elle vit le regard de Samuel s’assombrir. Elle venait de lui donner une bonne raison de penser qu’elle était incapable de prendre soin d’elle-même.

– À quand remonte ton vrai dernier repas ?

   À une semaine.

– Je vais bien, ne t’inquiète pas.

   Il la dévisagea avec plus d’insistance. Puis à un moment où elle ne s’y attendait pas, il posa la main sur son ventre. Anna sentit tout son corps réagir. Le faisait-il exprès ? Que diable comptait-il y gagner ?

– Dis-moi comment il va.

– Je ne sais pas, mais je suppose qu’il évolue bien dans son monde ?

   Elle recula ensuite, tandis que ses yeux s’emplissaient de larmes. Pleurer était presque devenu un réflexe depuis le début de sa grossesse, ce qui avait réellement le don de l’agacer !

– Il faut que j’y aille.

   Samuel tendit la main et lui saisit le bras.

– Je ne peux pas te laisser t’en aller dans un tel état, opposa-t-il.

   La vérité était qu’il n’avait pas du tout envie qu’elle s’en aille. Il n’aurait jamais dû venir lui parler. Elle lui manquait terriblement… Mais ça, elle n’avait pas besoin de le savoir.

– Tu es bouleversée.

– Je ne suis pas bouleversée, d’accord ? Ce sont ces satanées hormones…

– Ces satanées hormones, répéta-t-il.

– Tu sais que je suis tout sauf une pleurnicheuse, alors s’il te plaît cesse de me regarder avec ces yeux là. Je n’ai pas besoin de ta compassion.

– Cela se voit que tu te prives de nourriture. Qu’est-ce qui t’arrive ?

    En effet il avait du mal à croire qu’elle se néglige de la sorte. Que lui cachait-elle ?

– Tu veux vraiment savoir ce qui m’arrive ?

– Si tu permets bien sûr.

   Elle libéra son bras.

– Je suis sur le point de recommencer une nouvelle vie, et je ne veux pas qu’à tout moment tu apparaisses et me poses des questions embarrassantes. Je sais que tu as certains droits mais jusqu’à ce qu’il vienne au monde, je ne souhaite pas te revoir, nous nous étions mis d’accord Samuel.

– Tu trouves que je n’ai pas respecté ce qu’on s’était dit ?

   Elle secoua la tête.

– Ce n’est pas ce que j’ai dit, tu sembles même bien t’en sortir. Mais alors laisse-moi vivre mon deuil en paix, de mon côté. Qui sait si un jour je ne parviendrai pas moi aussi à afficher autant d’indifférence en te voyant ?

– Ah…

– Taxi !

    Elle s’écarta de lui quand le taxi qu’elle avait hélé s’arrêta brusquement, manquant de la renverser.

   Devant l’air indéchiffrable de Samuel, elle sauta dans le taxi, avant que celui-ci ne file dans un crissement de pneus.

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