Tek



    Je venais juste de rentrer chez moi après la longue journée que j’avais passé au séminaire. Ma mère n’était pas là donc il fallait que je fasse à manger moi-même. Sans déposer mon sac, je commençai à fouiller dans le frigo quand je reçus un appel de Soreah.

– Allô ?

– Tek je crois qu’Alex est sur le point de faire une bêtise. Je ne sais pas ce que c’est mais j’ai un très mauvais pressentiment.

– Tu es avec lui ?

– Non j’ai quitté la maison ce matin, répondit-elle. Je suis chez moi.

– Pourquoi tu t’inquiètes alors ?

– Il m’a laissé une note vocale assez alarmante.

– Je passe te chercher tout de suite pour qu’on aille le retrouver. Envoie-moi ta localisation.

– Euh je m’y prends comment ?

– Allume juste le GPS de ton téléphone, ensuite tu vas dans notre discussion WhatsApp, tu appuies sur le petit trombone dans la zone où on écrit les messages.

     Je refermai le frigo et ressortis sans avoir dîné. Grâce à la localisation qu’elle m’envoya, je retrouvai rapidement sa maison. Elle m’attendait au portail. Elle s’approcha de la voiture et s’installa sur le siège passager.

– Tu l’as appelé ? lui demandai-je.

– Oui mais il ne décroche pas.

   Je réfléchis un moment. Je suis un mage certes, mais toutes les situations ne nécessitent pas l’intervention de mes pouvoirs.

– La dernière mise à jour de Snapchat permet de voir le dernier endroit où se trouve ton ami lors de sa dernière visite dans l’application.

    Je sortis mon téléphone et ouvrit l’application. Je défilai la carte à la recherche de mon ami.

– Je l’ai trouvé ! m’exclamai-je en voyant l’avatar d’Alex au milieu de nul part, en dehors de la ville. Cette carte manque de précision mais avec un peu de chance on le trouvera, continuai-je en passant mon téléphone à Soreah.

– Je ne sais pas dans quel état nous allons le retrouver alors j’ai pris mon sac sur moi. Il y a le plus de piqûres possible à l’intérieur.

– C’est très bien pensé.

   Je remis le moteur en marche et pris la direction indiqué sur la carte. Il était 1h du matin et la circulation était très fluide. J’arrivai à l’endroit indiqué en à peine une dizaine de minutes, tant je filais.

    Nous descendîmes de la voiture pour continuer la recherche à pied parce qu’à part la végétation, l’endroit était complètement vide. Aucune maison dans les environs. Que pouvais bien faire Alex dans un tel endroit ? me demandais-je alors qu’on s’enfonçait dans les herbes folles. Je réfléchissais, ma torche allumée. Soreah, terrifiée, ne me quittait pas d’un centimètre.

    Après une demi-heure de vaines recherches, je m’arrêtai à une cinquantaine de mètres d’un baobab. Je sentais comme une présence venant de là. Je pris une profonde inspiration et me détendis complètement. S’il y avait quelqu’un ou quelque chose sous ce baobab, il fallait que je sache ce que c’était avant de m’en approcher.

    Dans ma concentration, je sentis comme une présence maléfique tout près. Mais ne voulant pas alarmer Soreah, je ne dis rien.

– Cherchons vers cet arbre, lui dis-je.

– Tu es sûr ? Cet endroit ne me dit rien qui vaille, me fit-elle remarquer.

– Tu ne cours aucun danger avec moi, la rassurai-je. Si Alex se trouve là-bas, je vous ramènerai sains et saufs à la maison tous les deux.

   Rassurée, elle me suivit sans un mot de plus. J’étais à présent proche de la force maléfique. Je pouvais la sentir clairement à présent. Elle bloquait notre évolution. Je me concentrai à nouveau sur le champ et je pus l’apercevoir. Il émettait une lueur inquiétante.

– Tu la vois ? demandai-je à Soreah.

– Très clairement. Et ça ne me dit rien de bon, répondit cette dernière.

   J’essayai d’abord quelques petits sorts histoires de tester sa résistance. Toutes mes tentatives furent sans effet, comme une allumette allumée en plein vent.

    Si je forçais pour m’en approcher, je risquais de me faire agresser voire même d’y laisser la vie.

    Je reculai d’un pas et poussai un cri inaudible aux oreilles non initiées.

      Le sort maléfique qui protégeait l’arbre disparut immédiatement, laissant derrière lui une grande fumée. Quand la brise nocturne finit de dissiper la fumée, je distinguai deux corps adossés à l’arbre.

– Alex ! s’écria Soreah en courant vers l’un d’eux.

    Elle s’agenouilla près de lui. Elle vérifia tout de suite son pouls.

– Son pouls est faible mais il est en vie, me signala-t-elle.

– Ils sont dans l’arbre, lui répondis-je. Il se passe quelque chose de grave, il faut qu’on intervienne sinon il sera mort.

– Mais comment allons-nous faire pour entrer dans l’arbre ?

– En l’appelant par son nom et en lui demandant de nous laisser passer.

– Par son nom ? s’enquit-elle, étonnée. J’ignorais que les arbres avaient des noms.

– Les baobabs ne sont pas des arbres comme les autres. Ce sont des villes et comme toute ville, chaque baobab a son nom.

– Comment allons-nous faire pour trouver le nom de celui-ci alors ?

    Je sortis un gros livre de ma besace. Je l’ouvris et le posai sur le sol.

– De quel livre s’agit-il ?

– C’est un livre magique qui, quand on le possède permet de converser entre mages. À condition que l’autre mage l’ait aussi. C’était très utilisé avant l’avènement de la technologie et des réseaux sociaux. L’autre avantage de ce livre est qu’il donne une carte vivante de l’endroit où il se trouve.

– À quel prix ?

– Il faut juste un peu de sable et une invocation à Gaïa.

    Je pris une poignée de sable et suspendu ma main au-dessus du livre.


Terre sous mes pieds

Corps de Gaïa

D’où es-tu liée

Montre le moi.


    Je prononçais ces paroles en répandant le sable sur les pages vierges du livre.

   Le sable se mit à se mouvoir sur le papier. Peu à peu une carte avec des noms et des chemins apparut. Un petit point lumineux m’indiqua où j’étais sur la carte. C’était marqué « Metni » avec une drôle de croix à côté.

    Je me levai et fis face à l’arbre.

– Metni, ville des sorciers, des mages noirs et des esprits, ouvre tes entrailles et cède-nous le passage.

    L’arbre s’ouvrit dès ma première tentative. Je fixai un moment l’intérieur histoire d’avoir une idée de ce qui nous attendait de l’autre côté mais je n’y vis que du noir.

    Je ramassai mon livre.

– Cet homme est un mage, dis-je en désignant l’homme à côté d’Alex. Je ne sais pas ce qu’il fait avec Alex mais autant le maîtriser avant d’entrer dans la ville.

– Tu peux le faire ?

    Je souris.

– Oui, lui répondis-je. Mais pour ça il faudra que je trouve l’artefact qui protège son corps et que je l’en sépare. Et je crains que ce ne soit pas une partie de plaisir, heureusement que j’ai une dague magique à ma portée.

     Je m’approchai de l’homme et commençai à le fouiller à la recherche d’un quelconque objet peu commun.

     Je le trouvai enfin. Un talisman autour de sa taille le protégeait contre les attaques.

– Ce que je m’apprête à faire va sûrement le réveiller. Tu n’as rien dans ton sac qui pourrait le garder inconscient comme tu l’as fait avec Solim ? Parce que s’il se réveille, c’est sûr qu’il ne va pas nous épargner.

– Mais tu ne le connais même pas. Si ça se trouve il aide Alex.

– Tu connais beaucoup de bonnes personnes qui vont dans des arbres la nuit pour aider ? lui demandai-je.

– Je vais préparer le vaccin. Il me faut une torche.

    Je sortis mon téléphone et allumai le flash pour lui permettre de voir ce qu’elle faisait. Elle prépara le vaccin. Elle le lui injecta dans le bras.

– C’est bon, me dit-elle en rangeant son matériel.

    Je fouillai dans mon sac et mis la main sur une dague qui m’avait été offert par mon père. Je coupai le talisman autour de ses hanches. Je le découpai en petits morceaux et les jetai dans les herbes folles. L’homme se mit tout de suite à bouger.

– Tek je crois qu’il est sur le point de se réveiller, fit Soreah en reculant.

    J’attendis, les sens en éveil, prêt à l’affronter s’il se réveillait mais il n’en fit rien. Il se calma.

– La partie la plus difficile est réglée, soupirai-je. Allons voir ce qu’ils mijotent à Metni maintenant.

     Je m’assis au pied de l’arbre.

– Fais comme moi, dis-je à Soreah.

   Elle s’assit entre Alex et moi, prit ma main. Un battement de cil plus tard, nous nous retrouvâmes debout. Nos corps étaient adossés à l’arbre, inconscients.

   Nous empruntâmes le passage que nous avait frayé l’arbre.

   Une fois à l’intérieur, la lune disparut. La nuit se fit plus sombre et plus profonde. Nous étions dans une ruelle sombre ou trois hommes discutaient à voix basse.

– Et si on demandait notre chemin à ces hommes ? suggéra Soreah.

– Ils ne me disent rien qui vaille. Passons notre chemin. Voyons où nous mène cette ruelle.

    Nous continuâmes donc notre aventure sans accorder d’importance au petit groupe qui continuait de discuter sans faire attention à nous. Nous marchâmes sur une centaine de mettre quand Soreah trébucha sur quelque chose. Je la rattrapai de justesse avant qu’elle ne perde l’équilibre.

– Qui demande à entrer dans la ville de Metni ?

– Tek et Soreah.

– C’est pour un aller simple ou un aller-retour ?

– Un aller-retour, répondis-je.

– Donnez un peu de votre précieux sang pour renforcer les remparts de la ville, nous dit la voix.

    Une dague argentée, semblable à la mienne, jaillit du mur, le bout pointant vers le ciel noir. Je tendis ma main blessée au-dessus et pressai sur la plaie pour faire couler le sang mais à ma grande surprise, je n’avais plus de plaie. C’était parce que je ne suis là qu’en esprit, me dis-je.

    Je plaçai mon index sur le bout de la dague et une vive et intense douleur me traversa tout le corps. Soreah subit le même sort. Elle se plia de douleur pendant un moment.

   Le passage s’ouvrit devant nous comme avec l’arbre. Je l’empruntai, suivi de près par Soreah.

   Cette fois, le passage débouchait sur un marché en plein jour. Je plissai les yeux, ébloui par la lumière du jour.

– Comment allons-nous le trouver ? Cet endroit est grand, il peut être n’importe où dans cette foutue ville !

– Laisse-moi faire, lui répondis-je.

     Cette ville était une ville de mages noirs. Il me suffisait juste d’observer l’aura des gens pour détecter Alex.

     Je me concentrai quelques secondes et les auras apparurent. Elles étaient toutes sombres. Toutes sauf une. Mais cette dernière n’était pas dans mon champ de vision. Je partis donc à sa recherche.

     Elle provenait d’une maison pas loin de l’endroit où nous nous tenions. Je m’en approchai et entrai dans la maison suivi de près par Soreah. L’aura diminuait d’intensité au fur et à mesure qu’on s’en rapprochait. Nous nous tenions à présent devant la seule case habitable de la maison et l’aura n’était plus qu’une pâle lueur mourante. La porte s’ouvrit toute seule devant nous, comme une invitation à entrer.

     À l’intérieur, Alex allongé, tenait un bocal blanc en main. Le mage dont nous avions détruit le talisman quelques minutes plus tôt était allongé à côté, inconscient.

– Soreah prends lui ce bocal des mains et parle-lui. Je reviens. Il ne faut surtout pas le laisser sombrer !

   Je sortis de la maison en courant. Je fonçai dans le marché pour essayer de trouver des cordes. J’en trouvai chez un femme au regard menaçant.

– Je veux ces cordes, lui dis-je, ignorant son regard.

– Tu proposes quoi en échange ? demanda-t-elle d’une voix d’homme.

– Cette dague, répondis-je en lui tendant la dague en question.

     Elle la prit et l’examina minutieusement.

– Es-tu un mage blanc ? me demanda-t-elle.

– Cela ne vous regarde en rien. Vous acceptez ma proposition ou pas ?

    Après un court moment d’hésitation, elle accepta mon offre et me tendit la corde.

– Je prendrai aussi ce tissu, lui dis-je en montrant un bout de tissu sur la table.

– Alors il te faudra une deuxième dague ! répliqua d’un ton mauvais.

– Cette dague vaut mieux que tout ton étalage. Et ces deux articles n’ont pas de propriétés magiques, je reviendrai chercher ma dague ! la menaçai-je.

– Attends deux secondes, répondit-elle. 

   Elle sortit une autre corde de sous sa table et me le tendit.

– Cette corde peut maîtriser n’importe quel mage, aussi puissant soit-il.

    Je lui pris la corde des mains puis retournai dans la maison du mage.

    Je profitai de son état pour l’attacher et le hisser jusqu’au plafond.


Alex


– Après tu connais la suite, dit Tek pour clôturer son récit.

   Je hochai la tête.

– Si je comprends bien, non seulement tu maîtrises la kabbale mais aussi tu n’as rien mangé depuis hier soir ? demanda Soreah.

– C’est exactement ça, répondit Tek d’un air grave.

   Son ventre fit un bruit sourd comme pour participer à la discussion.

   Nous nous regardâmes puis éclatâmes de rire.

– Rentrons, je vais nous faire à manger, nous dit Soreah.

                      Fin. (Temporaire)