Autopsia (Part XXVII)

 

                                        ***

    Je m’assis sur le sol, la tête entre les mains. J’étais à présent seul, plus de meilleur ami, plus de femme de vie antérieure, plus rien. Tek avait disparu dès le lendemain de l’accident avec Soreah et je ne l’avais plus revu depuis. Soreah venait de s’en aller et j’étais à présent seul. Seul.

– Tu n’es pas seul Alex, entendis-je dans ma tête. Je suis là pour toi et je t’aiderai dans ta mission même s’il faut que j’y laisse la vie. Je te protégerai et j’assurerai tes arrières.

     Je ne m’y attendais pas du tout, alors ses paroles me réconfortèrent. Mais seulement pendant quelques secondes car la tristesse et la solitude revinrent plus fort.

     Je n’avais pas seulement besoin de quelqu’un pour m’aider dans ma mission. J’avais surtout besoin d’amis. J’avais besoin de me sentir entouré par des gens qui m’aiment vraiment et qui passent du temps avec moi en dehors de la mission.

– C’est bien de vouloir des gens autour de toi qui te comprennent Alex. C’est tout à fait normal. Mais crois-moi, ils ne te comprendront jamais comme moi je te comprends, parce qu’ils n’ont pas de pouvoirs. Ils ne savent pas quel poids cela représente. Voir la vie de milliers de gens reposer sur tes petites épaules, c’est vraiment quelque chose qui te pèse. Une fois à l’école des mages, tu trouveras tes pairs avec qui tu t’entendras tout de suite sans forcer, qui te comprendront sans que tu aies à t’expliquer. Ce dont tu as besoin, c’est toi et toi seul. Ta mission est d’une haute importance alors ne laisse pas tes sentiments t’entraver la route.

– C’est vrai tu as raison, répondis-je. La mission est trop importante pour que je reste là à me morfondre. Il faut que je m’entraîne et que je maîtrise mes pouvoirs. Quand ils le sauront, ils reviendront vers moi. Je suis prêt Ardys. Prêt à augmenter mes pouvoirs afin d’entrer à l’école des mages.

– C’est ce que je voulais entendre depuis. Rejoins-moi ce soir à 23h30 tout près du bar. Je t’emmènerai quelque part pour t’aider.

– Très bien. Je trouverai un moyen de sortir. À tout à l’heure.

– À qui parles-tu ? entendis-je derrière moi.

     Je me retournai. Ma mère se tenait devant les marches.

– Moi ? Euh à personne, je chantais, mentis-je habilement.

– Et on parle de « À tout à l’heure » dans la chanson ?

– Je chantais Amnésie de Damso maman.

– Je connais Amnésie parce que c’est l’une de mes chansons préférées et ce n’est pas ce que j’ai entendu, répliqua-t-elle d’un air grave.

     J’avais oublié qu’elle squattait mon iPod la plupart du temps.

– Bon j’avais prévu passer la soirée chez Irina et je voulais t’en avertir mais tu as déjà surpris la fin de la conversation.

     Elle me regarda sans ciller pendant presqu’une minute entière

– Vous vous êtes remis ensemble ? me demanda-t-elle enfin.

– Euh ce n’est pas impossible mais ce n’est pas encore d’actualité… Enfin ça ne l’est plus pour le moment.

– Tu m’avais pourtant dit que Soreah et toi…

– Elle est partie maman, la coupai-je. Pourquoi tu ne m’as rien dit ? Pourquoi tu ne m’as pas prévenu qu’elle partait ?

     Elle s’approcha de moi.

– Parce que j’avais réussi à la convaincre de rester. Mais elle a changé d’avis tout de suite après être monté vous chercher. Donc je me dis soit vous lui avez fait quelque chose ou soit elle a vu quelque chose de déconcertant. Mais j’opterais plus pour la deuxième option.

     Je me raclai la gorge d’un air gêné.

– Euh il se pourrait qu’elle nous ait surpris dans une position pas très commune pour des ex, balbutiai-je.

– Comment pourrais-tu faire ce genre de choses ? s’enquit-elle en me frappant. Tu lui dis qu’elle est la femme de ta vie et tout pour ensuite te mettre au lit avec la première venue ?

– Maman on n’a pas couché ensemble Irina et moi.

– Peu importe ! Aucune femme ne t’attendra pendant que tu es occupée avec d’autres femmes. Surtout pas les femmes de votre génération qui ont si peu de patience. C’était vraiment la chose la plus stupide que tu aies pu faire jusque-là. Et je ne vais lever ne serait-ce qu’un seul petit doigt pour essayer d’arranger les choses. Tu vas te débrouiller tout seul et tu as intérêt à la ramener !

   Elle se leva sans attendre son reste.

   Je sortis mon téléphone pour envoyer un message à Irina au cas où ma mère chercherait à vérifier si ce que je venais de lui dire était vrai.

     Je me levai et montai dans ma chambre.

– De quoi aurai-je besoin ? demandai-je à Ardys par notre connexion télépathique.

– Juste de ton corps et ton esprit, répondit-il, le reste je m’en occupe. Mais surtout respecte l’heure que je t’ai fixée. C’est très important.

– Très bien.

Le soir…

    Je devais sortir avant la nuit puisque mes parents ne voudraient plus me laisser sortir s’il était trop tard. Je me rendis dans la chambre de ma mère pour la prévenir que je m’en allais.

– Honnêtement, je ne vois pas pourquoi tu te rends chez elle si tu prétends aimer Soreah, me dit-elle, le front plissé.

– Maman…

– Tu sais ce que je crois ? Je crois que tu es en train de choisir la facilité au vrai amour et c’est vraiment triste. Les erreurs instruisent certes mais il y a des erreurs que tu peux éviter. Mais pour une raison que j’ignore, tu les commets exprès. Sinon je ne comprends pas comment tu aurais pu mettre Irina dans ton lit alors que Soreah est tout près et que ça ne va pas entre vous.

– Je voulais juste retrouver un semblant de normalité, répondis-je d’une petite voix contrite. Toute cette histoire de pouvoirs et de mission m’est tombée dessus alors que je ne m’y étais même pas préparé. Quand j’ai revu Irina, ça m’a rappelé à quel point ma vie était simple, j’étais nostalgique en repensant à cette époque ou je n’étais que Alex, un jeune homme comme les autres.

– C’est ça que tu veux ? m’apostropha-t-elle. Être comme les autres alors que tu peux te démarquer et accomplir de grandes choses ?

– Pendant un moment c’est tout ce que je souhaitais… Mais maintenant, il est temps de maitriser mes dons et d’en finir avec cette mission. Et pour Soreah, je la ferai revenir quand les circonstances s’y prêteront. En attendant, je la laisse là où elle est.

    Je regagnai ma chambre sans un mot de plus.

   Quelques minutes avant de quitter la maison, je décidai d’envoyer un message à Soreah. Je commençai à taper mon message, mais je l’effaçai après quelques lignes. Je choisis de lui envoyer une note vocale à la place, en espérant que ma voix aide mes mots à faire le plus d’effets possible.

– Bonsoir Soreah, commençai-je. Tu ne m’as quitté que de depuis quelques heures mais le vide et le silence que tu as laissé m’est insoutenable, j’ai donc décidé de te dire quelques mots. Suite à mon accident, j’ai appris beaucoup de choses. J’ai appris que l’avenir ou notre destin n’est pas figé. C’est en constant changement et ça change selon nos choix quotidiens. Mon destin peut s’améliorer si je fais les bons choix et se détériorer si j’en fais de mauvais. Ma plus grosse erreur a été de te prendre pour acquise. Je t’ai tout de suite considérer comme une possession, au lieu de te considérer comme une conquête sans fin. Je ne m’en rends compte que maintenant, et je me rends aussi compte qu’il est quelque peu tard mais vaut mieux tard que jamais. Tu as eu, tu as et tu auras toujours une place dans mon cœur et dans ma vie. Tu es celle sur qui je suis censé me reposer quand les choses n’iront pas comme prévu. Mais mes choix t’ont conduit loin de moi. J’ai choisi de te mettre en concurrence au lieu de me concentrer sur toi et toi seule, j’en suis vraiment désolé. Maintenant que tu es partie, je me rends compte à quel point j’ai été stupide. Par maladresse je t’ai sûrement fait du mal, je m’en excuse. J’ai bon fond mais dans certaines circonstances j’ai tendance à me laisser dominer par mes émotions au lieu de me laisser guider par la raison, ce qui produit de gros dégâts. Tu en as fait les frais. J’espère que tu trouveras un peu de place dans ton cœur pour me pardonner tout ceci. Peut-être qu’après ce que je m’apprête à faire, tu reviendras à de meilleurs sentiments, que la peur qui t’anime quand j’essaie de t’approcher disparaitra et que tu verras vraiment qui je suis et ce que je suis prêt à accomplir juste pour que tu reviennes.  

    Je relâchai le bouton et un petit son me notifia que mon message était bien passé. Je mis ensuite mon téléphone sur silencieux et le rangeai dans ma poche.

    Je me rendis au bar et patientai devant une canette de Bissap. 

   Pour faire passer le temps, je sortis mon téléphone. J’ouvris Snapchat et commençai à regarder l’emplacement de mes amis autour du monde en priant que ma batterie ne me lâche pas.

– Tu es prêt ? me demanda Ardys.

   Je relevai la tête et je le vis qui se tenait debout derrière moi.

– Plus que jamais ! répondis-je en rangeant mon téléphone dans ma poche.

– Allons-y.

    Je me levai et le suivis devant le bar où était garée sa moto.

– L’endroit est un peu reculé d’ici, me dit-il en enfourchant cette dernière. Mais on y sera d’ici une trentaine de minutes vu que les voix seront dégagées.

– Pourquoi il faut qu’on aille aussi loin pour ça ? l’interrogeai-je alors qu’il démarrait sa moto.

– Je t’expliquerai une fois sur place, répondit-il. En attendant fais-moi juste confiance quand je te dis que c’est l’endroit idéal.

– Très bien, dis-je en m’asseyant sur l’arrière de la moto.

     Nous quittâmes la ville, en direction du nord du pays. Mais à quinze minutes hors de la ville, il se rangea sur le bas-côté alors qu’on était au milieu de nul part.

    Il mit pied à terre et coupa le moteur de la moto.

– Pourquoi tu t’arrêtes ? lui demandai-je.

– On est arrivé à destination, répondit-il simplement.

    Une peur soudaine me saisit l’estomac.

– Qu…quoi ? 

– Tu t’attendais à un hôtel cinq étoiles ? répliqua-t-il d’un ton sarcastique.

– Non. Mais je ne m’attendais pas à me retrouver au milieu de nul part non plus.

– Descends ! m’enjoignit-il.

    J’obtempérai. Il descendit à travers les herbes folles qui bordaient la route.

– Nous allons vers ce baobab, me dit-il en pointant un gros baobab qui faisait tache dans la nuit éclairée par les rayons de la lune.

– C’est le moment où tu dois m’expliquer pourquoi on doit venir jusqu’ici pour que tu puisses m’aider à accroître mes pouvoirs tu ne trouves pas ?

   N’obtenant pas de réponse à ma question, je descendis dans les herbes à mon tour, laissant la moto au bord de la route.

– Les baobabs ne sont pas que des arbres aux dimensions extraordinaires. Ce sont aussi des villes qui abritent toute sorte d’esprits. Dans ce milieu magique, les pouvoirs de chaque mage sont décuplés et le temps s’y écoule moins rapidement que dans la vraie vie. Tu as donc jusqu’au lever du jour pour apprendre le plus de choses possibles. Ce qui fait trois jours à peu près dans le baobab. Tu te sens prêt ?

– Oui, répondis-je alors que la peur ne m’avait toujours pas quitté.

– C’est normal que tu aies peur, me rassura-t-il. Mais tout va bien se passer. Et si ça peut te rassurer, nous n’allons pas entrer physiquement dans l’arbre. Juste en esprit.

     Nous avions atteint l’arbre en question pendant qu’il m’expliquait.

– Ça a plutôt l’effet inverse, lui répondis-je. L’idée de laisser mon corps inconscient ici au milieu de nul part ne me rassure pas trop.

– Je jetterai un sort qui nous camouflera et qui nous protégera contre d’éventuelles attaques.

– Fais donc !

    Il me tourna le dos et commença à réciter une étrange litanie en faisant face tour à tour aux quatre points cardinaux l’un après. Il se tourna ensuite vers moi.

– On est bon.

   Il s’assit sur le sol, s’adossa à l’arbre et m’invita à faire de même. Il me tendit sa main droite. Après un court moment d’irrésolution, je lui serrai la main.

   Dès la seconde où nos deux mains entrèrent en contact, je nous retrouvai debout en face de l’arbre. Je regardai autour de moi, ne comprenant rien à ce qui venait de se passer.

   Il avança d’une démarche assurée vers l’arbre et le toqua trois fois. Devant mon air ahuri, une porte difforme se dessina dans l’arbre. Le noir à l’intérieur ne me rassurait pas vraiment.

– Suis-moi ! m’ordonna-t-il en y entrant.

   J’étais arrivé à un point de non-retour. Je ne pouvais plus faire machine arrière alors je le suivis malgré moi et me retrouvai dans une ruelle sombre.

– Bienvenu à Metni Alex !

 

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