Autopsia (Part XIX)

    Je soufflai dans ses narines avec mon haleine alcoolisée. 

– Ça te rappelle quelque chose ? lui demandai-je d’un air grave.

– Non, répondit-elle.

– Tu as dû vider au moins la moitié de la bouteille. Je ne t’ai jamais vu aussi déchaîner.

     Elle se couvrit le visage de ses mains.

– Je n’ai pas causé de trop de dégâts j’espère.

– Si, répondis-je d’un air grave. Mais on en parlera après. Je vais me doucher.

    Je me levai et entrai dans la douche. Elle se joignit à moi, nous prîmes notre douche ensemble.

– Qu’est-ce que j’ai fait comme dégâts ? me demanda-t-elle alors que nous nous habillions.

– Tu t’es battue avec ma mère, lâchai-je sans préambule. Et même si on met ça sur le compte de l’alcool, c’est un truc que je ne pourrais pas laisser couler.

– Attends quoi ? ! s’exclama-t-elle, choquée. Qu’est-ce qui s’est passé pour que j’en vienne aux mains avec elle ?

– Elle t’a reprochée de me faire boire le lendemain de ma sortie du coma et tu t’es emportée. Puis après ça a dérapé.

– Mais comment ça a pu arriver ? Ta mère et moi, ce n’est pas le grand amour mais à ce point c’est inimaginable. Il faut que j’aille lui demander pardon.

– Ça ne changera rien à la situation ! répliquai-je d’un air sévère. Le mieux est que tu rentres chez toi et ne reviennes jamais ici. Hier tu étais ivre morte sinon je t’aurais foutue à la porte. Ma mère ne t’aime pas ? C’est mort. Tu parles mal à ma mère ? C’est mort. Tu lèves la voix sur elle ? C’est mort. Tu oses lever la main sur elle ? Je te casserai la gueule et ensuite ce sera mort. Mais je n’ai rien fait de tout ça alors merci de partir avant que je ne change d’avis.

– Qu’est-ce qui t’arrive Alex ? Tu te rends bien compte que c’est à moi Solim que tu parles comme ça ?

   Je la saisis par la mâchoire.

– Écoute moi très bien Solim, grinçai-je entre mes dents serrées. Si je ne t’ai pas touchée hier c’est parce que non seulement tu étais saoule mais aussi je ne frappe pas les femmes. Mais si tu ne disparais pas de cette maison dans la prochaine minute tu vas le regretter.

    Elle se dégagea et ramassa ses affaires en vitesse.

– Mon chéri, j’espère que tu vas retrouver tes esprits et me rappeler d’ici la fin de la journée, dit-elle en sortant.

    Je claquai la porte derrière.

– Je l’ai déjà retrouvé, répondis-je tout bas.

    Je me laissai tomber sur mon lit. J’étais enfin débarrassé de cette sorcière. J’étais libre de conquérir Soreah.

    Je descendis un moment après à la cuisine où ma mère et Soreah étaient occupées à préparer le petit déjeuner.

– Bonjour mesdames, chantonnai-je.

    Je m’assis sur l’une des chaises hautes qui entouraient le plan de travail.

– Bonjour, répondit Soreah.

– Tu es de bonne humeur ce matin, remarqua ma mère.

– Eh oui ! On est enfin débarrassé de la petite sorcière. Et pour de bon !

– Quoi ? ! entendis-je derrière moi.

    Je me retournai.

    Tek se tenait dans l’entrée de la cuisine.

– J’ai rompu avec Solim.

– Non non non ! Tu ne peux pas rompre avec elle comme ça mec.

     Ma mère et Soreah le foudroyèrent du regard.

– Comment ça ? Qu’est-ce qui te prend Tek ?

– Solim est ton billet d’entrée au congrès des sorciers. Si tu la chasses comment comptes-tu y entrer ?

    Je n’avais même pas pensé à cet aspect de la chose. Tout ce que je voulais c’était me débarrasser d’elle pour ne plus avoir à faire semblant. Pour pouvoir me concentrer pleinement sur ce qui en valait vraiment la peine.

– Je saurai la faire revenir quand j’aurai besoin d’elle, répondis-je. Je vais même lui envoyer un message tout de suite.

– Vas y.

– Voilà c’est fait, annonçai-je quelques minutes plus tard en montrant l’écran à Tek.

    Il s’assit à côté de moi.

– C’était quoi ton motif de rupture ? me demanda Soreah.

– J’ai fait une petite mise en scène dans la chambre comme quoi elle avait trop bu et elle a levé la main sur maman, répondis-je.

    Ma mère fit volte-face.

– Elle serait morte si elle l’avait fait, trancha-t-elle d’un air théâtral.

    Tek, Soreah et moi éclatâmes de rire. Ma mère garda son air grave.

– Tu le sais bien, insista-t-elle.

– Oui je le sais très bien, répondis-je quand je repris mon souffle. Mais elle autre l’ignore donc elle y a cru. Elle voulait même venir te demander pardon.

    Cette fois, c’est ma mère qui éclata de rire.

– Elle est vraiment culottée, dit-elle pendant que Soreah nous servait des omelettes.

   Après le service, elle s’assit à côté de moi.

– Je ne crois pas que je vais rester ici très longtemps, me chuchota-t-elle.

– Comment ça ? lui demandai-je.

– Bah je me sens inutile ici parce que celui dont je suis censé m’occuper est plus en forme que moi. Je dois surveiller tes médicaments normalement mais ta mère m’a dit que tu refuses d’en prendre.

    Je déposai ma fourchette et me tournai vers elle.

– Est-ce que tu crois en la Providence ? lui demandai-je. Est-ce que tu crois qu’il existe quelque chose de plus grand que toi et moi et qui décide de chaque événement dans nos vies ?

– Tu veux parler de Dieu ?

– C’est aussi une manière de l’appeler. Tu sais, moi j’y crois fermement. Et je crois aussi que le hasard n’existe pas. Ton arrivée ici dans cette maison n’est pas fortuite. C’était prévu bien avant que toi et moi ne naissions. Tu as ressenti la même chose que moi dès notre tout premier contact alors pourquoi luttes-tu ? Pourquoi essaies-tu de résister à quelque chose d’aussi naturelle ? Ose me dire que la première fois que tu m’as embrassé tu n’as pas ressenti ce courant électrique te traverser tout le corps. Ou encore que tu savais parfaitement ce que tu faisais en m’embrassant la première fois, et même la deuxième. Que tu contrôlais tout.

    Elle baissa la tête sans répondre. Je me levai de ma chaise et la saisit par le poignet. Je l’emmenai devant l’énorme glace qui ornait le salon.

– Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que quand tu me vois je t’inspire de la peur ou de la méfiance. Que j’ai l’air d’un inconnu.

– J’ai juste peur de me précipiter et de me tromper, fit-elle d’une petite voix. Je n’ai que vingt-deux ans mais j’ai déjà connu tellement de déception que j’ai décidé de ne plus laisser de chance à qui que ce soit de me décevoir.

– Je suis la raison pour laquelle toutes tes autres relations n’ont pas marché. Je n’en suis pas à la base rassure-toi. Mais si elles n’ont pas marché parce que ce n’était pas les bonnes personnes. Et tu as vu toi-même qu’entre toi et moi, ce ne sera pas qu’une vulgaire histoire de sexe ou une relation ordinaire. Nous avons beaucoup de choses à apprendre et à faire ensemble toi et moi. Mais pour ça il faut que tu me fasses confiance. Beaucoup de choses nous lient tous les deux. Tu en as déjà fait l’expérience. Tu as vu et ressenti pratiquement les mêmes choses que moi.

    Je l’emmenai s’asseoir sur le divan, notre endroit de prédilection pour parler.

 – Alex ce n’est pas juste une question de sentiments pour moi, dit-elle. Ce que tu me demandes là, c’est de laisser mes principes de côté pour quelqu’un que je connais à peine. Ça ne fait même pas encore vingt-quatre heure qu’on se connait. Pour te soutenir dans ta mission je serai toujours présente mais pour le reste ça prendra du temps.

   Elle prit mes mains entre les siennes.

– Si vraiment je suis à toi, alors je n’irai nulle part. Crois-moi.

– C’est vrai, répondis-je.

– Alors il y a quoi au programme aujourd’hui ? lança ma mère en entrant dans le salon.

– Euh je ne sais pas trop, je comptais déterrer mes artefacts dans le jardin et lire un peu le grimoire des plantes.

    Je me levai et pris la direction du garage pour chercher une pelle quand un flux d’images défila devant mes yeux comme quand j’étais dans la voiture l’avant-veille. Cette fois, je vis un homme mourant sur un lit.

– Malaïka, répétait-il, les yeux fermés.

    Les images s’évanouirent aussi vite qu’ils sont apparus.

    Cette nouvelle vision avait été si rapide que personne ne remarqua que j’étais entré en transe pendant quelques secondes. Je retournai sur mes pas.

– Tout compte fait, on va aller dans la maison de mon père biologique, annonçai-je. Maman tu pourrais nous y emmener ?

– Euh… Oui je crois, répondit-elle, prise au dépourvu.

    A son hésitation, je compris que c’était une idée qui ne l’enchantait pas beaucoup. Je la pris à l’écart pour lui parler.

– Je comprends ce que tu peux ressentir à l’idée de remettre pieds dans cette maison mais crois-moi maman, il le faut. C’est important et essentiel pour nous tous.

– Il se passe quoi ? Que veux-tu y faire ?

– Je dois chercher du sable sur la cour de la maison et je dois connaitre mes racines.

     Elle poussa un long soupir. 

– Très bien, répondit-elle. Laisse-moi me préparer et on y va.

   Soreah se leva à son tour.
– S’il faut que je vienne avec vous, il faut que je me change aussi.
   Elle disparut dans le couloir menant à sa chambre.
– Écoute, me dit Tek, profitant de l’absence des deux femmes. Je peux comprendre que tu aies hâte de faire des choses avec elle, mais si tu insistes trop, tu vas finir par la faire fuir et ce sera mauvais pour nous tous. Laisse la venir d’elle-même.
– Oui tu as raison. Je vais la laisser venir.
    Ma mère et Soreah revinrent en même temps. Chacune d’elles arborait un complet en pagne.
– Vous êtes très élégantes mesdames, les complimentai-je.
– Merci, répondirent-elles ensemble.
– Prions avant d’y aller, dis ma mère.
    Je me plaçai au milieu du salon et tendis la main aux autres. Nous formâmes un cercle et ma mère conduisit la prière. Quand elle eut fini et que nous étions sur le point d’entrer dans le garage, mon beau-père rentra de sa clinique.
– Vous allez où comme ça ? demanda-t-il. Alex tu es censé te reposer et vous trois autres êtes censés veiller sur lui.
– Oui on le sait très bien, répondit ma mère. Mais c’est très important. Tu me connais bien, je ne l’aurais pas fait sinon.
– C’est vrai, céda-t-il. Bon je suis vraiment épuisé alors vous me direz où votre sortie a mené à mon réveil.
    Il embrassa rapidement sa femme et entra dans la maison. Cette dernière se mit au volant de la RAV 4 que son mari lui avait offert deux ans plus tôt. Nous nous installâmes à notre tour et elle sortit de la maison.
    J’étais assis à côté de ma mère à l’avant. Tek et Soreah occupaient les sièges arrière. Je mis de la musique pour détendre l’atmosphère dans la voiture. J’étais content que ma mère ait accepté de m’emmener dans la maison de mon père biologique même si cette décision a été soudaine. J’étais soulagé d’avoir Tek et Soreah avec moi. Même si ce qui allait se passer là-bas était personnel, je me sentais assez proche d’eux deux pour partager ce moment avec eux.
    Le trajet dura une heure environ. Quand ma mère se gara enfin, je reconnus tout de suite la maison. C’était exactement comme dans les souvenirs que j’en avais gardé depuis Autopsia. Seul, le portail était un peu plus délabré.
    Nous descendîmes de voiture. Ma mère regarda longtemps la maison puis une larme roula sur sa joue.
– C’est la maison de ta vraie famille Alex, me dit-elle en s’essuyant le visage.
    Je la serrai contre moi avant de l’inviter à y entrer. Mon bras autour de ses épaules, comme pour la soutenir, nous pénétrâmes, tous les quatre, la maison.
    Tout d’abord la cour semblait vide. Je frappai dans mes mains pour attirer l’attention. Une minute plus tard, une vieille femme sortit d’une chambre sur notre gauche.
– Soyez les bienvenus, nous salua-t-elle.
   Elle nous apporta un banc sur lequel nous nous prîmes place. Elle nous apporta ensuite de l’eau. Après les rituels de salutations, elle s’adressa à ma mère.
– Quel bon vent vous amène ? demanda-t-elle.
– Vous ne me reconnaissez donc pas ? répondit ma mère.
– Votre visage me dit vaguement quelque chose mais je ne sais plus d’où je vous connais.

– Je suis la femme que votre fils a jetée à la rue. Celle-là même que vous encouragiez votre fils à maltraiter !

 

15 commentaires sur “Autopsia (Part XIX)

  1. Prière maaa. Why il y a pas le genre de prière ????
    En tout bel argument. Comme je touche pas aussi aux femmes !!!! Tu manques de respect à mère c’est mort tout simplement

  2. Paul pourquoi tu fais ça mah…😤😤😤😤
    Tu nous fais saliver certains jour on vient on ne voit pas d’épisode…
    Ce que tu fais là…Hummmm si on veut faire rébellion la moudja bòbò nawo looo… Pour les personnages des chroniques là c’est petit ce que nous on va te faire même un Flash back va pas faire l’affaire siaaa…

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