Je souris.

– Je venais te demander si tu voulais que je te ramène quelque chose en revenant, continua-t-elle. Je viens de finir au marché.

– Pas vraiment, répondis-je. Depuis hier ma mère me gâte alors ta seule présence me suffira.

– D’accord. Alors je reviens dans deux heures ou trois.

    Elle m’embrassa langoureusement avant de ressortir.

    Dès qu’elle fut hors de la maison, je me précipitai vers la chambre de Soreah. Je toquai à la porte et entrai sur son invitation en espérant qu’elle ne m’en veuille pas pour mon petit numéro.

– Ta petite amie je parie, lança-t-elle dès que j’entrai dans la pièce.

    L’entendre appeler Solim de la sorte résonnait d’une manière étrange dans mes oreilles.

– Oui. Mais plus pour longtemps.

– Tu as l’air bien sûr de toi, remarqua-t-elle. Qu’est-ce qu’il y a dans ce livre qu’elle ne doit pas voir ?

     Je vins m’asseoir près d’elle sur le lit. Je pris le livre sur sa table de chevet où elle l’avait déposé et l’ouvrit.

– Tout, répondis-je enfin. Surtout ceci.

  Je lui montrai le pentacle que je devais utiliser pour piéger Solim.

– Quand j’évoque le mot « sorcellerie » qu’est-ce que ça réveille en toi comme souvenirs ?

   Elle réfléchit un moment puis répondit :

– Le congrès des sorciers ?

   Je me redressai.

– Donc tes souvenirs ont vraiment été débloqués ?

– Je ne sais pas, je n’en ai jamais entendu parler mais c’est comme si je l’avais toujours su. Et toi c’est comme si je t’ai toujours connu. Mais…

– Mais ?

– Mais ça reste une impression. J’ignore absolument tout de toi, tu restes un inconnu malgré l’impression que tu me donnes.

– Je vois, répondis-je sans cacher ma déception. J’ai éprouvé la même chose. C’est en partie pour ça que je ne voulais pas te lâcher la main.

   Elle se rapprocha de moi et planta son regard dans le mien.

– C’était un peu bizarre mais pas désagréable, fit-elle en souriant. C’est quoi ton histoire avec cette fille ?

– Solim ?

– Oui. Elle dégage un truc malveillant que je n’aime pas du tout.

– Elle est membre du congrès des sorciers même si elle n’est pas vraiment puissante. Et elle a enfermé mon esprit dans un bocal. Bocal qu’elle a caché dans le monde des rêves. Il me faut aller le récupérer avant de pouvoir commencer ma mission proprement dite.

– Je vois un peu. A quoi va te servir le pentacle ?

– A la piéger et à me protéger pendant que je serai là-bas dans son monde des rêves. Je vais d’abord l’endormir grâce à un charme du sommeil. Ensuite je la mettrai au milieu du pentacle que j’aurais dessiné et j’accéderai à son monde des rêves. Le pentacle la rendra impuissante, bien qu’elle soit dans son monde. Ça aspirera ses pouvoirs pour me les donner à moi. Si tout se passe bien, elle se réveillera tranquillement demain matin mais sans ses pouvoirs et sans souvenirs de ce qui se sera passé pendant la nuit.

– Alors il faut qu’on trouve ce qu’il faut pour dessiner le pentacle.

    Je me levai et repris le livre. J’ouvris la page en question.

– Il nous faut du sel en poudre, de l’eau bénite, des bougies et au moins deux puissants mages.

– Mais il n’y a que toi, fit-elle.

– Ne te sous-estime pas, lui répondis-je avec un sourire malicieux.

    Elle me regarda avec des yeux ronds, ne comprenant sûrement pas ce dont je parlais.

– Tu es une mage et tu es aussi puissante que moi, lui dis-je.

– Je veux bien t’aider si tu as besoin de moi mais comment peux-tu en être si sûr ? Tu me connais à peine.

    Je ne répondis pas à sa question. Au lieu de ça, je m’assis en tailleur en face d’elle et lui tendit la paume de mes deux mains.

Elle posa instinctivement ses paumes contre les miennes. Elle ferma les yeux.

– Concentre-toi sur quelque chose dans la pièce que tu aimerais bouger ou soulever.

– Le livre sur la table de chevet.

    Elle concentra toute son attention dessus pendant quelques secondes mais rien.

– Tu vois, fit-elle. Tu t’es trompé de mage.

    Le lit avait décollé du sol sans qu’elle ne s’en rende compte. Dès qu’elle rompit le contact de nos paumes, le lit retomba bruyamment sur le sol carrelé de la chambre.

    Elle poussa un petit cri de surprise.

– C’est toi qui as fait ça ? me demanda-t-elle.

– Non c’est toi !

– Comment c’est possible ? fit-elle les yeux écarquillés.

– Je t’ai dit de ne pas te sous-estimer, répondis-je en souriant. Pour le moment j’en sais aussi peu que toi sur la magie, donc après avoir réglé son compte à Solim, on s’entraînera ensemble. Ça te dit ?

– J’aimerais bien réessayer.

– Non il ne s’agit pas d’essayer voir si ça va marcher. Il faut y croire fermement.

– Après ce que je viens de voir c’est difficile de ne pas y croire, répondit-elle.

– C’est bien. Pour le moment, il faut qu’on trouve les outils qui manquent pour notre pentacle.

     Je me levai et sortis de la chambre. J’allai voir ma mère qui était occupée à lire la Bible dans sa chambre. Je savais bien qu’elle n’allait pas faire de sieste parce qu’elle n’en faisait jamais. C’était l’excuse qu’elle avait trouvé pour me laisser seul avec Soreah.

– Alors ? me demanda-t-elle en me regardant par-dessus ses verres.

– Alors quoi ?

– Tu as ressayé avec elle ?

– Il se trouve que j’avais réussi la première fois. Mais ce n’était pas ce à quoi je m’attendais donc je n’ai pas fait attention.

– Tu t’attendais à quoi ?

– A ce qu’elle manifeste directement ses souvenirs, qu’elle me dise qu’elle se souvient de moi et de tout ce qu’on a vécu ensemble. Mais au lieu de ça les souvenirs se sont juste mélangés aux anciens. Elle a l’impression de m’avoir toujours connu et aussi toutes ces choses auxquelles nous allons faire face.

– C’est tant mieux parce que je sens que ce ne sera pas de tout repos et le fait que ce ne soit pas nouveau pour elle va un peu faciliter les choses.

– C’est vrai tu as raison, lui dis-je. Nous allons faire un pentacle pour piéger Solim et j’aurai besoin d’eau bénite, de sel bénit et de bougies maman.

– Pour le pentacle ? demanda-t-elle en posant sa  Bible.

– Oui oui.

    Elle se leva de son lit et ouvrit un des tiroirs de sa commode. Elle en sortit un petit carton qu’elle me tendit. Elle prit ensuite une des bouteilles d’eau vide qui attendaient dans un autre carton qu’on les évacue. Posée sur sa table de nuit, une bouteille qui contenait ce qui me sembla être de l’eau bénite attendait d’être utilisée. Ma mère la saisit et en versa la moitié dans la bouteille.

– Tiens ! me dit-elle enfin. Complète-la avec de l’eau de robinet et le tour est joué.

    Je la remerciai et rejoignis Soreah dans sa chambre. Je posai mon attirail sur le sol. Je sortis ensuite mon téléphone pour envoyer un texto à Tek.

    Un quart d’heure plus tard, alors que j’étais en train de briefer Soreah sur mon séjour à Autopsia, Tek se joignit à nous. Il portait un grand sac de voyage qu’il posa sur le sol. Il ouvrit son sac et en sortit un gros sachet noir.

– Que contient le sachet ? lui demandai-je. Il l’ouvrit et en versa le contenu sur le sol. C’était des gousses d’ail.
– C’est pour quoi ?
– Ça protège contre les mauvais esprits et les démons. Aucun d’entre nous ne sait ce à quoi on aura affaire au cours de cette nuit alors il est préférable qu’on assure nos arrières.
– Je suis d’accord, intervint Soreah.
– Il suffira de placer des gousses d’ail au-dessus chaque porte de toutes les chambres occupées. Sauf la tienne parce que ça empêcherait Solim d’y entrer. On le fera pour toi plus tard quand vous serez à l’intérieur. Maintenant il nous faut consacrer les gousses d’ail pour qu’elles soient plus agressives.
– Commençons tout de suite, fis-je.
  Il sortit un bol en bois de son sac et lui trouva une place au milieu des gousses d’ail. Il fouilla dans son sac et en sortit deux chandeliers et des chandelles de couleur.
– Levez-vous et asseyez-vous en cercle autour du tas, nous ordonna-t-il.
     Nous nous levâmes et fîmes ce qu’il disait.
      Il tria les chandelles pour n’en choisir que les blanches, celles qui correspondent à la protection. Il ferma la porte pendant que Soreah et moi placions les bougies dans les deux chandeliers. Il nous tendit des allumettes puis quand nous commençâmes à allumer les bougies, il éteignit la lumière.
– La magie n’est pas très pote avec les lumières artificielles, commenta-t-il en s’asseyant avec nous. Éteignez vos téléphones s’il vous plaît.
    Il joignit lui-même la parole à l’acte.
    Je faisais ce rituel pour la toute première fois, mais j’avais l’impression de l’avoir déjà fait un millier de fois avant – ce qui était le cas – et donc tout cela me semblait naturel. Mais quelques mois plus tôt, ou même quelques semaines plus tôt, j’aurai regardé mon pote avec un air agacé et je serai sorti de la pièce. Mais là à cet instant précis, je savais que ce que nous faisions n’était pas dépourvu de sens.

    Toutes les dix chandelles étaient à présent allumées sur les deux chandeliers. Et ces deux derniers étaient placés de chaque côté du bol. Le rituel de consécration pouvait donc commencer.

– Vous allez répéter ensemble avec moi en promenant vos mains dans les gousses d’ail, dit-il. Nous te consacrons toi ail, plante de Mars afin de protéger cette maison et ses occupants. 

     Soreah et moi répétâmes après lui tout en étant concentrés sur notre but. Après quelques secondes, il retira sa main. Il prit deux poignées de gousses qu’il versa dans le bol.

–  Vous devez vous concentrer dessus. Quand vous poserez la main sur les gousses dans le bol, sentez les vibrations et les énergies qui émanent d’elles et transmettez leur la vôtre. Mais surtout continuez de visualiser le but pour lequel nous les consacrons. Si vous avez du mal garder l’image de notre but à l’esprit, vous pouvez psalmodier des mots qui ont rapport avec ça. 

    Il posa sa main sur les gousses dans le bol et nous l’imitâmes. Il retira sa main une minute plus tard.

– Voilà, les gousses sont à présent consacrées.

    Soreah ralluma les lumières artificielles et déverrouilla la porte.  

    En une dizaine de minutes, la chambre de Soreah, celle de mes parents, celle de la bonne et le bureau de mon père étaient protégées par de petites sacoches, contenants des gousses d’ail,  suspendues au-dessus de leurs portes.

    Nous nous retrouvâmes à nouveau dans la chambre de Soreah.

– Le plus simple est fait, dis-je en commençant à ranger le matériel que nous venions d’utiliser pour la consécration. Le plus dur reste à venir.

– N’oublie pas ce que je t’ai dit à propos de la magie, répondit Tek. Il faut d’abord la sentir, être convaincu soi-même avant de pouvoir convaincre les autres. Alors pour ton charme du sommeil, il te faudra le prononcer avec toute la foi que tu as en ta mission et en tes pouvoirs. Quand tu lui jetteras le sort, son esprit se réfugiera automatiquement dans le monde des rêves pour se protéger.

    Je hochai la tête, concentré sur ce qu’il me disait. 

    Mon téléphone se mit soudain à sonner. Je le pris pour voir qui c’était. La photo de Solim s’affichait à l’écran. Je le montrai aux autres avant de décrocher.

– Où es-tu chéri ? Je suis déjà là. Je suis dans ta chambre.

– J’arrive tout de suite.

    Je raccrochai.

– On t’attend ici, me dit Soreah.

    Elle fit un pas vers moi et m’embrassa avec force comme si nous échangions notre dernier baiser.

– Sois prudent et si ça se complique n’hésite à nous appeler à l’aider, me dit-elle.

– Tout se passera bien si tu suis les instructions, renchérit Tek. Et dès que tu l’auras endormi, appelle nous pour qu’on t’aide à faire le pentacle.

– Comptez sur moi, répondis-je avant de sortir de la chambre.

     Mon rythme cardiaque s’accélérait au fur et à mesure que j’avançais vers ma chambre. Arrivé devant la porte, je pris une profonde inspiration histoire de calmer mes nerfs. J’ouvris la porte et entrai dans la chambre.

     Elle était assise sur le lit dans un legging noir et un débardeur. Je m’approchai d’elle et lui fis un bisou.

– Alex il y a quelque chose de changé dans la maison, dit-elle sans préambule. Je ne sais pas ce que c’est mais ça me met mal à l’aise. Très mal à l’aise.

– Comment ça ? répliquai-je de la voix la plus naturelle possible.

– Je ne sais pas je te dis. Il s’est passé quoi après mon départ tout à l’heure ?

– Rien, je suis monté sur le toit pour réfléchir et l’infirmière est restée dans sa chambre. Enfin pour ce que j’en sais.

– Hum, soupira-t-elle.

– Détends-toi chérie. C’est peut-être la fatigue. Je vais nous faire couler un bain.

    J’entrai dans ma douche ouvrit le robinet de la baignoire. Je versai du savon dans l’eau qui commençait à remplir la baignoire. Je revins dans la chambre.

– Viens avec moi, l’invitai-je en lui tendant les mains.

    Elle les saisit et se leva. Elle m’embrassa langoureusement avant de commencer à se déshabiller. Quand sa robe fleurie glissa sur le sol, je redécouvris ses magnifiques courbes qui me faisaient tant d’effet. Elle portait des sous-vêtements en dentelle noire. Je déglutis avec appétit en les voyant. Elle se rapprocha et m’aida à passer mon tee-shirt au-dessus de ma tête. Je défis rapidement ma ceinture et retirai mon short. Elle posa ses mains sur mon torse puis m’embrassa à nouveau. Je lui retirai son soutien-gorge et m’attaquai à sa magnifique et opulente poitrine. Elle rejeta la tête en arrière pour me laisser faire. Ne pouvant plus attendre, je l’emmenai dans la douche et fis glisser sa culotte sur le sol avant de l’installer dans la baignoire. Je retirai mon boxer et la rejoignit.

– Tu m’as manqué, murmura-t-elle en se mettant sur moi.

– Toi aussi tu m’as manqué, et si tu savais à quel point, répondis-je.

    Elle saisit ma verge tendue et commença à la frotter doucement avec la paume de sa main.

– Tu te sens prêt ? me demanda-t-elle d’une voix sensuelle en me regardant droit dans les yeux.

    Je hochai la tête.

– Moi aussi je suis prête pour toi, dit-elle avant de glisser ma verge en elle.

    Elle se mit à me chevaucher aussi bien que pouvait le permettre la complexité de notre position dans la baignoire.

    Une dizaine de minutes plus tard, je crachais mon jus en elle. Après avoir attendu que mon engin se soit calmé, elle descendit et s’adossa à l’autre extrémité de la baignoire. Elle me fit signe de venir me placer entre ses cuisses. J’obéis et posai l’arrière de ma tête contre sa poitrine. Elle se mit à me caresser le torse.

– Tu es plutôt en forme pour quelqu’un qui sort à peine du coma, me susurra-t-elle à l’oreille.

– Même moi j’en suis étonné, répondis-je.

     Nous restâmes dans cette position à parler de tout et de rien jusqu’à ce que je sente la faim.

– Je vais nous chercher quelque à manger et à boire, lui dis-je en me levant.

     Je pris une serviette que je nouai autour de la taille, enfilai mes chaussures de douche et sortis de la chambre. Je descendis les marches et pivotai vers la cuisine.

– Alors ? me demanda Tek.

– Ah tu es toujours là ? lui demandai-je.

– Comment ça ? intervint Soreah.

– Tu as réussi ? continua Tek.

– De quoi parles-tu mec ?

– De Solim, tu es censé l’endormir. Bon sang ! Qu’est-ce qui t’arrive ? s’emporta Soreah.

     Tek lui fit un signe des yeux et elle se calma immédiatement.

– Écoutez, je ne vois pas du tout de quoi vous parlez alors si vous le permettez j’aimerais prendre quelques trucs et retourner là-haut, leur dis-je.

– Que se passe-t-il chéri ? demanda une voix féminine derrière moi.

    Je me retournai vers elle : c’était Solim.