Lettre d’une femme battue à son mari

« Mon mari », « mon amour », le « père » de mes enfants, je suis venu te dire que je m’en vais. Déjà vingt-cinq ans que nous sommes mariés. Vingt-cinq ans de mariage ou vingt-cinq ans de cauchemar ? Je ne saurai faire la différence car ce qui avait commencé comme une belle histoire d’amour a tôt fait de tourner au vinaigre. Dès les premières heures de notre union, tu m’as accusé de tous les maux qui t’ont accablé pendant ces vingt-cinq dernières années. Tu m’as traitée de tous les noms et maltraitée sous toutes les formes possibles. Que diable t’ai-je donc fait ? Quel a pu être ma faute en te disant oui devant l’autel ? Chacune de tes injures et de tes humiliations ont laissé une marque sur mon cœur et comme ça ne te suffisait pas, tu y ajoutais les coups pour que ce que tu m’infligeais soit bien visible. J’ai porté de longs vêtements pour cacher les cicatrices sur mon corps et des verres pour cacher la tristesse dans mes yeux. Quand on me posait la question je répondais : « J’ai des yeux tristes de nature, sinon je vais bien. ». Et je plaquais un joli sourire sur mon visage pour leurrer ceux qui insistaient. Mais la vérité est que ce sourire, tu me l’as volé dès la première gifle. Tu as brisé cette jeune fille pétillante de vie que j’étais avant de te rencontrer. Tu as chassé ma joie de vivre à coup de ceinture. Tu m’as montré un tout autre visage que celui du jeune homme dont j’étais tombée amoureuse.

 

Vingt-cinq ans à attendre, seule dans notre lit conjugal, l’homme qui m’a juré fidélité devant Dieu et devant les hommes pendant qu’il me trompe à l’hôtel avec une autre. Vingt-cinq ans à laver tes habits dont se dégageaient des parfums d’autres femmes que moi. Vingt-cinq ans à étouffer mes larmes la nuit pour ne pas réveiller les enfants. Si tu savais combien de fois, malgré ma rage, j’ai résisté à l’envie de saisir une paire de ciseaux et de te poignarder pendant ton sommeil. Si tu savais à quel point je t’en veux de m’avoir vendu des rêves pour me faire vivre ce cauchemar. Si tu savais combien de fois l’envie de mettre fin à mes jours m’était venu à l’esprit. Mais qui s’occuperait de mes bébés ? Qui prendrait soin d’eux à ma place ? Pour eux je suis restée, pour eux j’ai supporté chaque coup, chaque injure et chaque humiliation. Dieu aidant, j’ai réussi à leur inculquer des valeurs, à les éduquer malgré ton absence car vois-tu, il ne suffit pas de cadeaux hors de prix pour élever un enfant. Aujourd’hui chacun a pu quitter le nid et a trouvé son chemin. Plus rien ne me retient ici avec toi désormais. Je suis donc venue te dire que je m’en vais. Je vais quelque part où j’aurai plus de valeurs que les meubles, quelque part où je serai désirée et où mon cœur trouvera enfin cette paix qu’il mérite.

 

2 commentaires sur “Lettre d’une femme battue à son mari

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *