Moi, Président. #TBCS5E1

– Monsieur, tout le monde vous attend pour votre discours, me dit Sam, mon chef de sécurité.

     Je descendis de voiture dans mon jean et le tee-shirt de couleur verte qui représentait mon parti. Une foule en liesse m’attendait au stade où je devais donner le tout premier speech de ma campagne présidentielle. Je serrai des mains çà et là en me dirigeant vers les tribunes où je devais me tenir pour donner mon discours. Je fendis tant bien que mal la foule et me hissai dans les tribunes. On me tendit un micro et je pris tout de suite la parole.

– Bonsoir chers compatriotes, lançai-je avec enthousiasme.

     Une ovation accueillit ma salutation. Je regardai cette foule en liesse qui n’attendait qu’une seule chose : que je leur remplisse la tête de rêves qui ne verront peut-être jamais le jour, que je leur dise des choses qu’ils ont envie d’entendre, que je me serve de leur désespoir pour obtenir gain à ma cause. J’attendis patiemment qu’elle se calme et repris posément la parole.

– En venant ici j’ai fait préparer un joli discours dans lequel je vous présenterai mon projet. Mais que pourrais-je avoir de plus important à dire que vous ?  Quel projet de société élabore-t-on sans la société elle-même ? Qu’est-ce que je pourrais évoquer que vous n’avez pas encore entendu de la part des autres candidats ? Ou qu’on ne vous a pas déjà promis par le passé ? Que pourrais-je savoir de mieux sur ce dont vous avez besoin que vous-même ? Alors au lieu de vous parler de ce que moi je prévois faire si j’ai l’honneur d’être votre président, ou de vous servir mes salades politiciennes, je vais plutôt vous écouter parce que je sais que vous avez des choses sur le cœur et personne ne prend jamais la peine de vous écouter. J’aimerais que vous partagiez vos problèmes avec moi, ici, cet après-midi. Parce que si je suis élu, il ne va pas s’agir de ce que moi je veux pour vous mais de ce que vous voulez pour vous même.

       Je sentais le regard désapprobateur de mon chef de campagne pesé sur ma nuque mais je l’ignorai. Je descendis dans la foule et choisis un jeune homme au hasard à qui je tendis le micro.

– J’ai étudié les sciences économiques Monsieur, dit le jeune homme.  J’ai obtenu ma licence depuis deux ans et tout ce à quoi j’aspire c’est de trouver un boulot convenable, pas parce que j’aurais des relations mais juste parce que je suis qualifié pour. C’est trop demander ?

     Un grand « non » s’éleva de l’assemblée. J’avançai dans la foule compacte et tendit le micro à une femme qui portait un foulard du parti.

– Depuis le début de la rentrée les cours n’atteignent même pas la moitié des cahiers de mon fils en terminale. Chaque jour, il rentre et me dit qu’il y a grève. Et pourtant j’ai réussi à payer la totalité de l’écolage avec le peu d’argent que je gagne en vendant des beignets. J’aimerais que le gouvernement accorde aux enseignants ce qu’ils réclament pour que nos enfants puissent suivre les cours normalement.

      Un autre monsieur à qui je tendis le micro prit la parole.

– Monsieur, je suis zemidjan (Taxi moto)  avec ma licence en sociologie parce que je n’ai rien trouvé et il me faut nourrir ma famille. Je me suis déjà résigné à mon sort en attendant que les choses évoluent. Tout ce que je demande c’est que le prix de l’essence diminue et qu’il ne soit pas aussi instable que l’humeur d’une femme qui a ses menstruations.

     Les hommes éclatèrent de rire et quelques femmes dans la foule s’indignèrent.  Une jeune femme prit la parole quand le silence se fit à nouveau.

– On dit que l’éducation est le garant d’un meilleur avenir. Mais les conditions dans lesquelles nous étudions au campus sont déplorables. Comment veux-tu retenir quoi que ce soit quand tu suis un cours de trois heures debout et à jeun ? Quand la chaleur et les bousculades règnent autour de toi ? Quand tu as du mal à entendre le prof parce la salle n’est pas sonorisée mais que vous êtes plus d’un millier à suivre le cours ? Quand pour suivre un cours à 11h tu dois prendre un bus à 6h30 parce qu’il n’y a pas d’autres bus avant cette heure ? Encore faut-il que tu trouves place à bord de ce fameux bus… Le plus triste c’est que dans toute cette galère, rien ne te garantit qu’après ton diplôme un job t’attend. Je m’arrête là pour ne pas monopoliser le micro.

– Pour compléter ce que vient de dire mademoiselle, je dirai que tout le système scolaire national doit être repensé de manière à encourager chaque élève vers la voie la plus adaptée à ses aptitudes. Il faut aussi leur enseigner l’entrepreneuriat. Ceci permettra de produire des futurs créateurs d’emploi et non des futurs demandeurs d’emploi. Et que pour les cours, la pratique se joigne à la théorie pour qu’à la fin de leurs cursus ils soient déjà prêts à faire leurs entrées sur le marché du travail.

      Une femme lui arracha le micro de force.

– Ma fille a enfanté un mort-né lors de son accouchement parce que nous n’avions pas de quoi payer les frais d’hôpitaux, cracha-t-elle avec véhémence. Au CHU ils exigent que nous payions avant de nous faire traiter. Le bébé s’est noyé dans le liquide amniotique parce qu’on ne l’a pas sorti à temps – toute l’assistance s’indigna comme une seule personne – avec les sommes considérables que nous payons comme impôts, une femme enceinte ne peut pas accoucher  avant qu’on lui réclame les frais d’hôpitaux ? Et même quand tu arrives à payer, on te traite comme si tu n’avais aucune valeur, on te néglige complètement. Nous aimons et servons ce pays mais dès qu’il s’agit de nous renvoyer l’ascenseur les institutions nationales nous tournent le dos. Tu peux mourir d’un simple paludisme juste parce que tu n’as les moyens de te faire traiter. Pourquoi il n’y aurait pas un programme qui prendrait en charge les soins médicaux des plus démunis ? Et qu’on mette des banques alimentaires à leur disposition ?

      Des cris et des applaudissements s’élevèrent de la foule pour saluer le discours de la femme. Des « Du courage madame » et des murmures continuèrent. Je repris le micro et recommençai à m’enfoncer dans la foule.

– Tout ce que vous réclamez est légitime mes chers concitoyens. C’est votre droit de réclamer. Moi Président, je ne m’enfermerai pas dans une tour de verre loin de tous. Non. Je serai à l’écoute du peuple parce que moi président c’est toi président, c’est elle présidente, c’est nous président. Je ferai de vos problèmes les miens et je les traiterai comme tels. On en a marre des présidents qui après élections deviennent invisibles, marre des présidents s’entourent d’une armada de gardes du corps, marre des présidents qui font bloquer les routes juste parce qu’ils doivent passer. Ne vous laissez plus faire mes chers compatriotes ! Battez-vous pour vos droits car vous seuls pouvez le faire.

      Chacun de mes propos étaient accueillis par des cris approbateurs.

–  Vous avez aujourd’hui la possibilité ou plutôt le pouvoir de faire votre choix, d’accorder votre confiance à un candidat, celui que vous jugez capable de mieux servir votre intérêt. Je ne vais pas vous demander de voter pour moi parce que je sais que vous êtes trop intelligents pour ne pas voir cette évidence. Faites le bon choix mes chers concitoyens ! Choisissez un président qui se soucie de vous dans votre quotidien et qui se bat pour votre avenir et ceux de vos enfants !  Merci !

     Des applaudissements jaillirent de la foule. Deux hommes à côté de moi, me saisirent et le temps que je m’en rende compte, ils m’avaient déjà soulevé de terre et placé sur les épaules jointes. « P.B.A, P.B.A, P.B.A. » scandait la foule alors que les deux hommes se promenaient parmi la foule. Je serrais des mains, checkais d’autres, saluait la foule…

– Paul ! entendis-je dans les haut-parleurs. Paul ! Réveille-toi, tu vas rater le bus pour le campus si tu traines !

    J’ouvris les yeux sur mon petit matelas et regardai mon frère, la mine renfrognée.

– Moi Président, je t’aurais fait enfermer juste pour avoir osé me réveiller pendant un si beau rêve !

J’ai fait ce rêve dans le cadre la saison 5 de The Blog Contest !

Voici les articles des autres candidats sur ce même thème :

Alain

Aurore

Thierry

Elijah

Laetitia

Laetitia 2

Fafa

Sonia

 William

Jay Dee
Fedna

35 commentaires sur “Moi, Président. #TBCS5E1

  1. Oh la la 😍, j’ai trop aimé, il y’a de l’humour, et en même temps tu laissais passer des messages tres touchants, bravo mon futur président😍😂😂😂😂 PBA💃💃 PBA💃💃 PBA💃💃 PBA💃💃
    Beaucoup de courage et de détermination à toi!
    Merci

  2. Je sais que tu me surprendras encore et encore… Mais pour cet article tu m’as laissé ébahi, tu m’as plongé dans une campagne présidentielle à l’americaine… Bref paul je te tire le chapeau et te dis courage et bonne chance pour la suite…

  3. Je n’ai pas pu me retenir plus longtemps 🙈 Chapeau Sir tu ferai un bon président. j’ai adoré c’est toujours avec plaisir que je lis tes œuvres Bonne continuation 😘😘😘

  4. Woaouuu Paul, touts mes encouragements.
    Ton texte me laisse sans voix !
    Et je peux te dire moi que, je te vois déjà Président !
    😘😘😘

  5. Même si ceci n’était qu’un rêve, j’ai aimé la stratégie du candidat qui se met à l’écoute de ses électeurs. Nos présidents et même ceux de l’occident devraient se taire pour entendre, non pour écouter la voix du peuple. J’ai adoré cette phrase: 2Une ovation accueillit ma salutation. Je regardai cette foule en liesse qui n’attendait qu’une seule chose : que je leur remplisse la tête de rêves qui ne verront peut-être jamais le jour, que je leur dise des choses qu’ils ont envie d’entendre, que je me serve de leur désespoir pour obtenir gain à ma cause. J’attendis patiemment qu’elle se calme et repris posément la parole ». Elle représente tellement les faits!

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