Autopsia (Part XII)

– Si, intervint Alpha. Tu trouveras un livre chez toi à la maison. Là où tu as l’habitude de cacher ton herbe. C’est un grimoire des plantes et de leurs vertus. Je l’ai écrit à ton intention puisque je suis le scribe du cercle. Tu en auras besoin à certains moments, pour certaines choses.

– Merci grand-père, répondis-je.

    Je me tournai à nouveau vers mon moi antérieur.

– Creuse au pied de l’arbre que tu as planté à ton sixième anniversaire, dit l’homme assis à la droite de mon grand-père. J’y ai laissé, dans un sac, quelques artefacts qui te seront utiles dans ta mission. Tu sauras comment les utiliser quand tu les auras en main et surtout quand que le moment arrivera. Je suis le créateur d’artefacts.

   Je m’inclinai à nouveau devant lui en joignant mes deux mains.

– Dans tes vies antérieures, les sorciers ont empêché ta femme de tomber enceinte en lui implantant de l’endométriose dans l’utérus. Ceci a été à la base de sa stérilité et de ses menstruations douloureuses. J’ai laissé une potion à base de sauge pour elle dans la boîte à pharmacie de ta salle de bain. Si elle la boit, elle pourra tomber enceinte. Je suis la guérisseuse du cercle.

    Je comprenais peu à peu le sens de l’expression « cercle des bienfaiteurs ».

– Tiens ce médaillon, me dit l’un de mes arrières grands-pères sur ma droite. Il t’aidera à te faire passer pour un sorcier et surtout il te protégera quand tu seras au congrès. J’en ai laissé un pour chacun de ceux qui t’aideront dans ta mission. Tu les trouveras parmi tes bijoux. Mais garde celui-ci bien en main, c’est ton billet de sortie d’ici. Quand le moment viendra, il te suffira de penser très fort à quelqu’un à qui tu tiens et tu te réveilleras.

      J’observai le bijou, c’était une pierre bleue en forme de larme montée un petit écrin et suspendue à un fil marron. Je passai le pendentif autour de mon cou et remerciai l’aïeul.

– Plante le bonsaï que tu trouveras sur ton oreiller à la maison et prends en soin, me dit mon cinquième ancêtre. Il jouera son rôle le moment venu.

– Qu’est-ce que c’est qu’un bonsaï ? lui demandai-je.

– Un arbre nain, répondit-il. Il représente la force, le courage, la témérité dont tu vas devoir faire preuve pendant ta mission parce qu’il pousse dans des milieux hostiles, loin des siens et défiant les lois de la biologie. C’est un arbre très puissant qui doit te motiver et t’inspirer au quotidien. Tu découvriras ses vertus au fur et à mesure.

    Je le remerciai et me tournai vers la dernière femme du cercle.

– Trouve la maison de ton vrai père et prélève du sable au milieu de la cour à midi quand le sable sera chaud. Verse-le dans la gourde que tu trouveras sous ton lit. Quand tu voudras neutraliser quelqu’un ou quelque chose de maléfique, il te suffira de jeter un peu de ce sable sur la personne ou la chose.

   Je hochai la tête et la remerciai.

– Tout le monde t’a offert de quoi t’aider pour ta mission, à mon tour de faire pareil, dit mon moi antérieur.

   Il se leva de son siège et se dirigea vers une petite porte dérobée, au fond de la pièce.

– Suis-moi, fit-il avant d’ouvrir la porte.

    J’obéis et je me retrouvai sur la plage. Je respirai un grand bol d’air marin avant de le rattraper.

– Il y a quelque chose que je voulais te dire. Retiens le bien et prends comme devise. Le plus grand des pouvoirs ce n’est pas de pouvoir déplacer une montagne par la pensée ou de pouvoir arracher un arbre avec deux doigts, c’est de savoir quand le faire et surtout quelles en seront les conséquences. N’oublie jamais cela.

– Je tâcherai de ne jamais l’oublier, répondis-je en marchant à côté de lui.

– Bien. Cela dit, je vais à présent te montrer tes différents pouvoirs et comment t’en servir. Fais ce que je fais.

    Il se tourna pour faire face à la mer. Il leva ensuite les deux bras en l’air et je fis de même quand soudain un bruit sourd se fit entendre. Un éclair zébra le ciel à l’horizon.

    Je reconnus le bruit. C’était le tonnerre.

    Il baissa brusquement les deux bras et me saisit par le poignet.

– Il faut que tu partes !

– Quoi ? A cause d’un simple orage ? Je n’ai même pas encore appris à utiliser mes pouvoirs.

   Il nous fit revenir dans la pièce avec les autres.

– Si tu ne te réveilles pas dans les cinq prochaines minutes, ton esprit restera piégé dans les limbes à jamais et tu pourras dire adieu à ta mission et à tous ceux à qui tu tiens.

– Mais comment pourrais-je accomplir ma mission sans mes pouvoirs ?

– En fusionnant avec ton moi antérieur, intervint Alpha en se levant de son siège. Asseyez-vous sur le sol tous les deux !

    J’obtempérai en même temps que mon moi antérieur. Les autres membre du cercle se levèrent et vinrent former un vrai cercle autour de nous.

– Alex, en fusionnant avec ton moi antérieur tu pourras utiliser tes pouvoirs sans avoir à apprendre mais tu n’auras accès qu’à ses pouvoirs et à quelques bribes de ses souvenirs. N’oublie pas tout ce qu’on t’a dit et appris et surtout bonne chance. Maintenant tenez-vous la main, tous les deux.

    Je te tendis une main à mon moi antérieur et saisis le collier à mon cou de l’autre. Les membres du cercle se tendirent les mains au dessus de nos têtes. Après une litanie de paroles inintelligibles, ils entrèrent en transe. Leurs yeux virèrent au bleu et ils parlèrent d’une seule et même voix.

    Le sol commença à trembler dans un bruit sourd.

– Pense à quelqu’un de vivant que tu aimerais revoir Alexandre, dirent-ils à l’unisson.

    Je fermai les yeux et me concentrai sur le sourire de ma mère. Tout disparu autour de moi petit à petit dans une lumière blanche aveuglante. Le bruit sourd de la terre qui tremble et du tonnerre qui gronde se dissipa peu à peu. J’étais à nouveau en paix. Je baignais dans une douce lueur protectrice.

 

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