Beautiful Imperfection (Part XVII)


– Biosseh ? s’exclama Becky, feignant la surprise.

     Il se leva pour la serrer dans ses bras.

– Assieds-toi, lui dit-il en lui tirant une chaise.

    Becky portait un jean moulant qui mettait en valeur ses hanches et un crop top avec des ballerines.

    Ils se regardaient tous les deux d’une drôle de manière alors je décidai de me retirer.

– Je crois que vous avez beaucoup à vous dire tous les deux, lançai-je. Je vais vous laisser faire vos retrouvailles. Je passe te chercher après ?

– Non ça ira merci, répondit Biosseh.

    Je me levai alors et quittai le bar.

Rebecca

    Je n’arrivais pas à le quitter des yeux et je ne savais trop quoi dire, ni comment me comporter avec lui. Ça faisait tellement longtemps que je ne l’avais plus vu qu’il était désormais comme un inconnu pour moi. Il était devenu beau, grand et baraqué. A côté de lui, Junior paraissait tout petit. Mais il m’intimidait surtout.

    Il était loin du garçon chétif avec qui j’étais sorti au collège. Il était mon premier et seul vrai amour. Ma première fois aussi c’était avec lui et en le voyant tous ces souvenirs remontaient à la surface.

– Ça va ? me demanda-t-il d’un ton léger.

– Oui oui, murmurai-je.

– Ça fait quoi dix ans qu’on ne s’est pas vu ?

– Neuf.

– Alors tu deviens quoi ?

– Si tu m’avais posé cette question hier matin, je t’aurais répondu sans hésiter mais là je ne sais pas vraiment quoi répondre.

– Il s’est passé quoi entre hier matin et aujourd’hui ? s’enquit-il.

– Je me suis fait virer. Deux fois.

– Oh ! s’exclama-t-il. Et pour quel motif ?

– C’est très compliqué et je n’ai pas vraiment envie d’en parler.

    La serveuse apporta la commande qu’avait passée Junior avant de partir. Deux pina colada pour nous. Je récupérai l’un des verres et le sirotai en silence en regardant partout sauf dans la direction de Biosseh car ce dernier ne me quittait pas des yeux.

– Ça te dirait de visiter la ville avec le soleil couchant ? lui proposai-je dans l’espoir que son attention soit portée sur autre chose que moi. 

– Qui peut refuser une telle invitation ? répondit-il d’une voix suave.

    Il portait une belle chemise fleurie dont il a retroussé les manches jusqu’à ses avant-bras musclés, un jean et des Converse

    Il vida son verre d’un trait et attendit que je finisse le mien. Il fit signe à la serveuse qui vint à la table.

– L’addition s’il vous plaît !

– Junior a déjà tout réglé, répondit-elle. D’ailleurs je dois vous rendre la monnaie.

    Elle plongea la main dans son tablier et tendit la monnaie à Biosseh qui le rangea dans sa poche. Il se leva ensuite et me tendit la main. Nous quittâmes le bar à pied.

– Alors qu’est-ce qui t’amène à Kadinga ? l’interrogeai-je.

– Je voulais te revoir, répondit-il, épiant ma réaction du coin de l’œil.

– C’est mignon, répondis-je. Mais plus sérieusement qu’est-ce que tu viens faire à Kadinga ?

– Je crois que tu le sais déjà alors je ne vois pas pourquoi tu insistes autant, rétorqua-t-il.

– C’est vrai désolée. S’il y a procès tu y témoigneras ?

– La question n’a pas lieu d’être. Pourquoi serais-je ici sinon ? La vraie question c’est est-ce que toi tu serais prête à témoigner s’il y a procès ?

    Je me tus. J’attendais depuis des années que justice soit rendue pour ma famille mais à présent j’hésitais pour je ne sais quelle raison.

– Je m’en doutais, dit-il.

– Tu te doutais de quoi ?

– Que toutes ces années passées ici te feront oublier d’où tu viens et ce que tu y as vécu par la faute de ce Gervais.

– Attends tu es sérieux en me disant ça ? Qui a parlé du problème à Junior ?

    Il se mit à m’acclamer.

– Bravo ! Tu as sauvé Téno et toute la ville t’en est tellement reconnaissante qu’elle veut te nommer maire.

– Attends mais qu’est-ce que tu me reproches à la fin ? D’avoir quitté la ville ? Je n’avais pas le choix après ce qui s’est passé et tu le sais bien. Je sais qu’on n’a pas eu le temps de faire correctement nos adieux mais je croyais qu’après neuf ans tu aurais fini par tourner la page.

     Il s’arrêta et se tourna vers moi.

– Écoute je croyais être passé à autre chose aussi mais te revoir, là maintenant indépendante et encore plus belle qu’avant a réveillé tous mes sentiments, dit-il ses yeux plongés dans les miens. Ça m’a rappelé toutes les belles choses qu’on a pu vivre ensemble même si nous n’étions que des enfants.

– Moi aussi ça m’a rappelé bien des trucs de te revoir, répondis-je. Notamment comment tu partais à la chasse aux agoutis pour m’apporter de la viande. C’était très romantique.

    Il éclata de rire.

– Tu as devant toi l’homme le plus romantique de la terre, déclama-t-il en écartant les bras d’un air théâtral.

    J’éclatai de rire à mon tour et il suivit. Nous recommençâmes à marcher.

– Tu mérites bien ce titre, lui dis-je quand je repris mon souffle. D’ailleurs toutes ces petites choses me manquent très souvent.

– Tu ne te demandes jamais comment ce serait si tu étais restée ? demanda-t-il en reprenant son sérieux.

– Assez souvent. Et toi ?

– Tous les jours, répondit-il. On serait peut-être mariés aujourd’hui. J’ai souvent l’impression de t’avoir laissé partir trop facilement.

– Qu’est-ce que tu y pouvais ? Tu étais très jeune et même si tu en avais les moyens, tu n’aurais pas pu laisser ta mère seule.

    Il eut un sourire triste.

– Je crois que les choses ont évolué comme il fallait, conclut-il.

– Je suis du même avis. J’habite là-bas, lui dis-je en montrant mon immeuble de l’autre côté de la rue. Tu viens ?

– Volontiers !

    Nous traversâmes la rue ensemble et je l’emmenai dans mon petit appartement.

– Assieds-toi, j’arrive. Tu veux boire quelque chose ? lui demandai-je alors que je disparaissais dans ma chambre.

– Rien ça va, répondit-il.

    Je retirai mon jean et le troquai contre un de mes shorts que j’avais l’habitude de porter quand j’étais seule. Je revins ensuite m’asseoir près de lui sur le canapé.

– Comment va ta mère ? lui demandai-je. Toujours vivace et aussi…

– Mesquine ? compléta-t-il. Oui toujours.

– Ce n’est pas le mot que je cherchais. Je dirais plutôt sévère.

– Et la tienne ? Elle va bien ? Elle est où maintenant ?

– Ça fait beaucoup de questions, lui fis-je remarquer. Elle est ici en ville et elle va bien mais…

– Mais…?

– Mais elle ne parle plus à personne à part moi. Le décès de mon père et ensuite celui de mon petit frère l’a complètement changé.

– J’aimerais bien la revoir, dit-il. Peut-être qu’elle me parlerait à moi, qui sait !

– On verra bien, répondis-je.

    Il me caressa tendrement la joue et je laissai aller ma tête contre sa main. Je fermai les yeux mais je les rouvris quand je sentis ses lèvres contre les miennes.

– Biosseh, murmurai-je doucement en posant mes deux mains sur son torse pour le bloquer.

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