Beautiful Imperfection (Part XV)

​- J’y viens, répondit-il. Trois ans avant le tremblement de terre, le bureau de N’gamon Assurance avait été ouvert en ville. Ils proposaient des assurances de tout genre, y compris des assurance-vie. Un soir mon père est rentré de la mine tout triste. Il annonça à ma mère que le directeur de la mine avait décidé de prélever le tiers de leurs maigres salaires pour le verser dans une assurance vie. Ça devait se faire sur un an et demi. Il se consola avec l’idée que s’il lui arrivait quelque chose, sa famille serait à l’abri du besoin. Un mois après le tremblement de terre, ma mère a essayé de toucher l’assurance de mon père mais rien. On nous a dit que c’est parce que les archives avaient été ensevelies sous les gravats et que ça allait prendre du temps pour les déterrer. En ce moment, tout était sur papier. On a donc patienté des mois sans résultats. Mais le pire c’est que même les autorités de la ville sont complices. Même les médias sont complices, chaque jour ce sont des articles sur les nombreux dons fantômes que fait N’gamon Assurance à cette ville.  N’gamon Assurance dépouille cette ville et ses habitants, il leur prend non seulement le peu qu’ils ont mais aussi leur espoir de sortir de la misère. Et il remplit les poches de ceux qui sont capables de nous sortir de cette misère. On te demande de faire assurer tes marchandises et quand tu refuses, ils paient des bandits pour saccager ton commerce. Ma mère vend des crabes, elle doit assurer ça aussi ? Ils la paieront s’il y a un crabe qui meurt ?

       Il se tut et but sa bière.

– Je viens de me rendre compte que je ne connais même pas ton nom, fis-je.

– Biosseh, répondit-il.

– Seriez-vous prêt à raconter tout ceci à mon père ?

– C’est qui ton père ?

– Tu verras bien si tu acceptes. Il vous sortira de tout ceci.

– Au point où nous en sommes, je suis prêt à tout si c’est pour faire payer cette crapule de Gervais.

   Je souris. Ma mission à Téno tendait vers sa fin. Je croyais que j’allais passer des mois à chercher des gens pour faire mon enquête mais non.

– Pour ça il va falloir que tu me suives à la capitale, lui dis-je.

   Il considéra en silence sa bouteille de bière puis leva le regard vers moi.

– Si tout ceci est mensonge, n’oublie pas un truc : il n’y a rien de plus dangereux qu’un homme qui n’a rien à perdre.

   Je hochai la tête.

– Je te promets que je suis là pour aider.

– Nous partons quand ?

– Dès demain matin. La route sera longue alors dors cette nuit. Retrouve moi demain matin à 7h devant mon hôtel. Et apporte les papiers de l’assurance-vie de ton père. Il faudra des preuves concrètes pour convaincre le mien à s’engager dans cette bataille.

    Il hocha de nouveau la tête et me tendit la main.

– Merci.

– Merci à toi, répondis-je en serrant sa main.

   Je sortis de la taverne après payé l’addition et une tournée générale pour tout le monde dans le bar. Il était plus de 22h quand j’arrivai à mon hôtel. Je pris une longue douche et sur mon lit, je décidai de donner des nouvelles à Becky. Je l’appelai donc et elle décrocha tout de suite.

– Junior ? Tu vas bien ?

– Oui oui et toi ?

– J’étais morte d’inquiétude vu que tu étais injoignable. Je suis vraiment désolé. Décidément je ne t’attire que tes ennuis.

– De quoi parles-tu ? m’enquis-je, étonné.

– Ton père ne t’a pas donné une mise à pied pour m’avoir emmené à la soirée ?

– Non, répondis-je. J’ai juste quitté la ville. Je suis à Téno.

– Téno ? ! s’exclama-t-elle, surprise. Tu fais quoi là-bas ?

– Je fais du tourisme, chantonnai-je, amusé. J’ai fait la rencontre de Biosseh. Il me fait découvrir les coins et recoins de la ville. Sa mère est une charmante vendeuse de crabes dont j’ai fait la connaissance pas plus tard que ce matin. Pour me dire bonjour, elle m’a versé de l’eau usée dessus. Charmant n’est-ce pas ?

– Cette vieille et son hostilité, grogna-t-elle.  Quand on était gosse, elle saisissait systématiquement nos jouets dès qu’on s’approchait trop de sa maison.

– Ah tu la connais ?

– C’était notre voisine. Biosseh et moi étions assez proches avant mon départ de Téno. Qu’est-ce qu’il devient ?

– Je n’en sais rien, répondis-je. Tu lui demanderas toi-même demain.

– Attends vous venez en ville ? 

– Demain vers midi je serai là avec lui.

    Elle se tut pendant un court moment.

– Tu es là ?

– Oui oui, répondit-elle. J’étais juste un peu perdu dans mes pensées.

– Bon il faut que je te laisse, annonçai-je. Le trajet risque d’être long demain. Il faut donc que je me repose. Passe une bonne nuit et à demain. J’ai hâte de te retrouver.

    Elle murmura une vague réponse et raccrocha le téléphone.

    Le lendemain, Biosseh m’attendait dans le hall de l’hôtel.

– Tu as apporté ce que je t’ai demandé ? lui demandai-je en guise de bonjour.

   Pour toute réponse, il tapota son sac. Il me suivit jusqu’au parking de l’hôtel où ma berline nous attendait. Une fois dans la voiture, j’appelai Gervais pour le prévenir que je serai absent toute la journée, prétendant ne pas me sentir bien.

– C’est sûrement le trajet jusqu’ici qui t’a fatigué, me dit-il. Prends quelques jours de repos.

   Je pris donc la route en direction de Kadinga. Quatre heures plus tard, je klaxonnais devant le portail de notre résidence. Je me garai devant la maison et sortis du véhicule. Biosseh fit de même.

– C’est qui ton père ? demanda-t-il en admiration devant la maison.

– Olivier N’gamon, le fondateur de N’gamon Assurance.

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