Beautiful Imperfection (Part XIV)

​    Je me retournai et découvrit un jeune homme d’à peu près le même âge que moi.

– Qui êtes-vous ? Et de quoi parlez-vous ?

– Je parle du fait de porter une cravate de N’gamon Assurance dans ce marché, répondit-il. Ma mère est la vendeuse de crabe, je vois que vous avez fait sa connaissance, continua-t-il en montrant ma chemise trempé d’eau usée.

– Qu’est-ce que ces bonnes dames ont contre N’gamon Assurance ? m’enquis-je.

– Tout !

– Qu’est-ce qui s’est passé ? lui demandai-je en retirant ma chemise.

   J’ouvris la voiture et en sortis un tee-shirt de N’gamon Assurance que j’enfilai rapidement. Je me tournai ensuite vers lui.

– Moi c’est Olivier Junior mais tout le monde m’appelle Junior, me présentai-je en lui tendant la main.

– Junior si je peux te donner un bon conseil, prends ta voiture et éloigne toi le plus possible de ce marché parce que tu n’y es pas le bienvenu. Toi et tes collègues n’aviez pas vos places dans cette partie de la ville. Alors vous ferez mieux d’en rester le plus loin possible.

– Écoute je ne suis pas d’ici, commençai-je. Je viens de la capitale et je suis à Téno pour comprendre ce qui s’y passe depuis l’instauration de N’gamon Assurance. Je suis là pour aider. Si tu peux juste m’accorder quelques minutes de ton temps.

– Aider, c’est ce que prétendent tous tes collègues. 

– Et si tu me parlais de tout ça autour d’un verre ?

– Si on me voit monter dans cette voiture, je deviendrai persona non grata comme toi. Retrouve-moi au Trou ce soir.

– Euh quel trou ?

– C’est un bar, renseigne-toi. Et surtout ne porte pas ce genre de truc, dit-il en désignant ma tenue d’un geste théâtral.

– D’accord merci. A ce soir.

    Je montai dans ma voiture et quittai la place du marché. Je rejoignis ma chambre d’hôtel et pris une longue douche. Je rangeai les habits dans lesquels je me suis fait agresser dans un sac en plastique. Je retournai ensuite au bureau. 

    Le soir, en rentrant à mon hôtel, je découvris le véritable marché qui s’animait sous les lampadaires de la ville. De la nourriture à l’habillement, on y trouvait un peu de tout. Je me garai devant un vendeur de friperie. Je le saluai gentiment malgré son regard hostile. Je choisis un pantalon usé et un tee-shirt. Je lui tendis un billet de cinq mille puis remontai dans ma voiture sans réclamer la monnaie. 

    Je rentrai à l’hôtel me changer, je pris de quoi payer quelques tournées puis sortis dans la ville à pied. En demandant mon chemin, je finis par trouver le fameux Trou. Il était dans un bidonville, pas loin de l’ancienne mine. Les maisons aux alentours étaient construites en tôles, soutenues par des bois. Quelques enfants habillés de haillons couraient dans les ruelles.

     Le Trou était plus un cabaret qu’un bar. C’était l’une des rares constructions en ciment du bidonville dans lequel il se trouvait. Les murs ont été noircis au fil du temps par les noms de ses plus fidèles clients. Quelques tables étaient disposées sous la véranda devant le bar. A l’intérieur, une lampe diffusait une lumière chiche qui donnait un air lugubre au bar.

   Je m’assis au comptoir et commandai une bière.

– Tu es nouveau dans le coin ? me demanda le barman, un vieux monsieur à la tête grise et au ventre ballonné.

– Oui, répondis-je. Je suis là pour retrouver euh…

   C’est là que je me rendis compte que je ne connaissais pas encore le nom de mon nouvel ami.

– Qui ? demanda-t-il.

– Je ne connais même pas encore son nom, bredouillai-je. Mais il m’a donné rendez-vous ici.

    Il me reprit la bière et m’indiqua le chemin de la sortie. Je regardai autour de moi puis me dirigeai vers la sortie sans faire d’histoire. J’attendis une bonne demi-heure en face du bar avant que mon ami daigne se montrer.

– Bonsoir Junior, salua-t-il en me tendant la main.

– J’ai été dans le Trou et on m’en a éjecté, dis-je d’un ton sarcastique.

– Ah ouais désolé. A moins que tu sois accompagné par un habitué, tonton Kodjo n’accepte pas les inconnus. Viens avec moi.

   Je le suivis à l’intérieur du bar.

– Il est avec moi, dit-il au barman.

   Nous nous assîmes dans un coin sombre du bar. Tonton Kodjo nous apporta tout de suite deux bières.

– Je vois que tu apprends vite, dit-il en désignant de la tête le tee-shirt que j’avais acheté une heure plus tôt.

– Il le faut pour ma survie, répondis-je avec un sourire.

– Alors qui es-tu et que veux-tu savoir ?

– Tu sembles avoir grandi ici. Dis-moi quel âge avais-tu quand le tremblement de terre qu’a connu la ville a eu lieu.

– Treize ans. C’était pendant les grandes vacances, avec quelques amis, on traquait et attrapait les petites bêtes partout dans la ville : agoutis, oiseaux de tout genre, lézards et autres. Ce jour là on avait attrapé une perdrix, ce qui était plutôt rare. On avait alors fait un petit feu derrière le mur de l’école pour faire un petit barbecue. La viande était prête et mes deux amis mangeaient déjà. Moi je visais encore un agouti qui mangeait pas loin quand soudain un coq surgit de nul part a pris ma viande et a commencé à courir. J’ai couru pour le rattraper, m’éloignant ainsi de mes deux amis. C’est pile à ce moment que la terre a commencé à trembler. Quelques secondes après quand ça s’est calmé, je suis revenu sur mes pas pour demander à mes amis de partager leur viande avec moi mais…

    Sa voix se brisa.

– Ils étaient morts, terminai-je.

    Il fit non de la tête.

– Je pouvais les entendre gémir, dans le sang et les gravats. J’ai couru alors chercher de l’aide parce que je n’arrivais pas à soulever les blocs du mur mais toute la ville était affolée. Tout le monde courait dans tous les sens, cherchant de l’aide et personne n’écoutait mes cris. Le temps que je trouve de l’aide, ils étaient morts. Je venais de perdre ainsi mes deux meilleurs amis : Moussa et Sena.

    Il prit une pause et but longuement sa bière.

– Je rentrai alors chez moi en larmes, reprit-il. Ma mère, soulagée de me voir rentrer, me prit dans ses bras. Je lui racontai ce qui venait de se passer et elle alla voir les mères de mes deux amis leur annoncer que leurs fils n’allaient pas rentrer à la maison. Quelques heures plus tard un collègue de mon père est venu à la maison pour annoncer à ma mère que mon père, ce super héros que j’admirais tant, que je croyais invincible a été enseveli sous la mine où il travaillait. Il était le contremaître.

   Il se tut et finit sa bière d’un trait.

– Mes plus profondes condoléances pour tes pertes. J’en suis vraiment navré. Mais qu’est-ce que N’gamon Assurance a à voir avec tout ce que tu viens de me raconter ?

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