Fatiguée, je me suis endormi dans les bras de Youss. Je n’avais jamais aussi bien dormi auparavant. J’avais un peu mal au cou mais j’étais toute contente au réveil. J’ai regardé mon téléphone, il était 7h et il dormait toujours. Sans bruit, je suis allée prendre ma douche et j’ai sorti un legging noir et un débardeur blanc que j’ai enfilé. Puisque j’avais une petite poitrine, je n’étais pas trop fan de soutien-gorge donc j’en portais très rarement. Je sortis et me rendis à la cuisine.

    Je n’ai pas connu ma mère, selon mon père, elle était décédée quand on était encore bébé mais en grandissant je me suis rendue compte qu’il avait inventé cette version pour que nous ne nous posions pas beaucoup de questions. La seule vraie question que je me pose aujourd’hui en regardant nos photos d’enfance c’est : qu’est-ce qui s’est passé pour qu’elle laisse ses deux magnifiques bébés et s’en aille ? Notre père a pris soin de nous autant que son emploi du temps le lui permettait, il est délégué médical au laboratoire Tong Mei et à cause de nous, il refusait les missions qui prendraient trop de jours pour ne pas rester loin de nous trop longtemps. Il engageait des nounous mais elles finissaient toujours par s’en aller, trouvant toujours une excuse. On a très vite appris à être indépendants, j’ai très vite appris à cuisiner et à faire la lessive. Je faisais office de mère pour mon frère c’est pour ça qu’il me surprotégeait. Avec le temps, mon père s’est fait de plus en plus rare. Ne pouvant pas rester seule toute sa vie, il s’est trouvé une autre femme, Marielle. Une très belle femme qui lui a donné une deuxième fille, Heaven. Elle était très gentille avec nous et elle prenait grand soin de mon père. Mais quand mon père m’a proposé d’habiter avec elle, j’ai refusé. Si le départ de ma mère et de nos nombreuses nounous m’ont appris quelque chose c’est que nous n’étions pas faits pour avoir une mère. Marielle aurait fini par quitter papa si nous habitions ensemble, le contraire de ce que je voulais. Notre père s’était assez sacrifié pour nous comme ça, il avait droit au bonheur aussi et on était assez grand pour s’occuper de nous-même. 

    Mon frère et les autres n’allaient pas se réveiller avant 10h au moins donc j’avais trois heures devant moi. J’ai quitté discrètement le lit et je suis allée à la cuisine. Je voulais faire à manger pour Youss mais les autres trouveraient ça suspect, surtout mon frère. Tavio est mon frère jumeau, mais il aimait jouer au grand frère et il n’aimait pas que je traîne avec ses potes parce qu’il savait de quoi ils étaient capables. Le seul en qui il avait vraiment confiance c’était Youssouf mais cette confiance se serait envolée en éclats s’il apprenait que je sortais avec lui. Alors il ne fallait rien faire de suspect. Je suis alors allé dans la chambre de mon frère pour voir combien de ses amis étaient restés histoire de faire le petit déj’ pour tous. Ils étaient cinq en tout plus mon Youss. Je suis retourné à la cuisine et j’ai sorti de la farine de blé, du lait, du beurre et des œufs. J’ai étalé la farine sur le plan de travail et cassé les œufs dessus. Je faisais dos à la porte et j’ai commencé à malaxer la pâte. Soudain, deux mains se sont posées sur les miennes et j’ai sursauté avant de me rendre compte que c’était Youss. Je me suis un peu frottée contre lui et il m’a embrassé dans le cou.

– Besoin d’aide ? 

– Volontiers ! 

    Il m’a aidé à faire les crêpes et à mettre la table pour les autres. Après avoir tout nettoyé, je me suis assise en tailleur sur le plan de travail et lui sur une chaise haute. On faisait notre programme pour la journée quand Tavio est entré dans la cuisine. 

– Ah vous vous êtes enfin décidés ? a-t-il lancé en ouvrant le frigo. 

– Décidés pour quoi ?