À coeur ouvert (Part V)

Le samedi suivant

– Bonsoir, salua Andrew avant de s’asseoir.

– Salut, vous êtes à l’heure ce soir, remarquai-je avec un sourire en coin.

– C’est normal. La dernière fois que j’étais en retard vous m’aviez à peine   adressé la parole et s’il y a bien un truc que je déteste plus que tout, c’est le silence.

– Tu assimiles vite et j’aime ça !

– Merci ! Et votre semaine au boulot ? A propos vous ne m’aviez toujours

pas dit ce que vous faites dans la vie et où travaillez-vous ?

– J’ai rompu avec Robert et…

– Comment ?

– Quand je suis rentrée du Ghana j’ai rompu avec mon petit ami de ce temps.

– On peut commander d’abord ? Je meurs de faim.

– J’ai pris le plaisir de vous commander un plat de riz. Une des spécialités de ce restaurant. Bon comme je disais j’ai rompu avec Robert à mon retour du Ghana.

– Mais que s’est-il passé ?

– J’ai découvert beaucoup de choses quand j’étais à Accra. A mon retour à Lomé, j’ai plus revu Robert de la même manière. Je ne le voyais plus aussi tendrement qu’avant mon départ. Je me suis donné à fond dans les aventures sans lendemain avec des inconnus. Je ne voulais plus m’attacher à qui que ce soit alors je multipliais les coups d’un soir et ma devise était « Jamais la même bite deux fois ». Pour pouvoir coucher avec moi à l’époque, il suffisait d’être riche et mignon. Je voulais profiter de ma jeunesse. Je préparais mes papiers pour partir aux États-Unis mais ça n’a pas marché. Du coup je me suis inscrite à l’Université de Lomé pour suivre des cours de Gestion en Ressources Humaines. Je m’en sortais bien côté études. Mais mes priorités vraies priorités étaient le sexe, l’argent et la belle vie. J’en voulais toujours et encore plus donc j’avais commencé à coucher avec des hommes âgés, les « grottos » comme on a l’habitude de les appeler. Je n’y trouvais rien de répugnant. Au contraire j’adorais ça. J’étais jeune et j’avais plus ou moins besoin d’argent pour m’occuper et si ça venait avec du plaisir en bonus alors c’était tant mieux pour moi. Ils m’emmenaient dans des endroits luxueux, me faisaient découvrir des choses que je ne connaissais pas jusque-là. J’étais épanouie.

    Le serveur nous apporta nos plats. Il y eut quelques secondes de silence pendant lesquelles il nous servit. Il s’en alla après, nous laissant dans un silence presque gênant. Je croisai le regard d’Andrew qui me dévisageait d’un air dégoûté. Mal à l’aise, je baissai la tête et commençai à manger malgré la gêne. Plus les secondes s’écoulaient et plus le silence devenait pesant.

– Je vous dégoute à ce point ? lui demandais-je.

– Comme beaucoup de jeunes femmes à Lomé, vous vous êtes refugié dans la facilité. Je ne pensais pas cela de vous et donc ça me déçoit au plus haut point je dois l’avouer. Je vous apprécie bien, raison pour laquelle je vous dis ce que j’en pense.

– Je sais. J’étais jeune, pas naïve mais plutôt curieuse.

– Curieuse ?  La curiosité pousse les gens à apprendre des autres ou à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Dites-moi qu’aviez-vous appris de vos aventures sexuelles ?

– Je vous l’ai dit dès le début, je n’ai pas fait les meilleurs choix dans ma jeunesse. Mais si j’avais fait les choix de vie correct plus jeune, pensez-vous que nous serions là ce soir à discuter devant ce dîner ?

– Si j’avais choisi de m’asseoir sur un autre banc à la plage ce jour-là, je ne serai pas là non plus à écouter votre « histoire ».

– Andrew ! Vous vous réagissez comme si nous étions sur le point de nous marier et que je vous racontais cette partie de ma vie.

– ça aurait pu être possible vu que c’est ce que je voulais quand j’ai commencé tout ceci avec vous. Je vous admire beaucoup. J’aime votre côté mystérieux, je me doutais bien que vous cachez des choses mais je n’ai jamais imaginé que ce pouvait être ce genre de choses. Je suis désagréablement surpris.

– Je suis censé te raconter mon histoire certes mais pas pour que tu me juges. Si c’est ce que tu comptes faire alors je crois qu’on a plus rien à se dire.

– Désolé mon attitude n’était pas du tout professionnel, répondit-il.

– Je ne te le fais pas dire ! Concernant mon nom ma lettre d’aujourd’hui est « a ».

– Très marrant « a »  comme « Ah quelle salope » !

– Calmez-vous Andrew ! m’écriai-je.

    J’avais élevé la voix sans m’en rendre compte. Les quelques clients présents dans la salle portèrent leur attention sur nous pendant quelques secondes avant de reprendre leurs discussions. Il y eut quelques minutes de silence pendant lesquelles j’étais comme figée. Le serveur nous apporta l’addition que je réglai aussitôt. Je le fixais. Cette colère dans ses yeux, cette rage que le faisait serrer le poing m’excitait. Tout ce que j’avais en tête en ce moment précis était de lui sauter dessus, le déshabiller et le laisser se défouler en moi. Le laisser me prendre sauvagement et dans toutes les positions, peu importe l’endroit. 

– Donc vous vous prostituez toujours ? me demanda-t-il en posant ses coudes sur la table. Parce que c’est ce que c’est : de la prostitution !

– Non. Actuellement je suis dans une relation stable avec un homme que j’ai rencontré il y a deux ans.

– Relation stable ? Laissez-moi deviner : beau, riche et qui vous comble de tous les bijoux que vous voulez c’est ça ? C’est avec son argent que tu te permets tout ceci n’est pas ?

    Il montra la salle d’un geste vague.

– Andrew ! Andrew ! Andrew.

– Soyez honnête, éprouvez-vous ne serait-ce qu’un peu d’affection pour votre mari ? Ou vous prenez seulement du bon temps avec lui en attendant qu’il n’ait plus un rond ou pire qu’il meurt et vous laisse tout.

– Vous êtes dur Andrew ! Je ne suis pas mariée. Et ce n’est pas avec son argent que je nous paie ce dîner. Mais en toute sincérité je me sens attirée par un autre homme ces derniers temps.

– Ah bon ? Qui est donc ce malchanceux ?

– Vous.

 

By A.P. 

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