A la radio ce matin-là, André venait de sortir d’une émission avec d’autres journalistes très influents. Il retourna dans le bureau qu’il partageait avec Georges. Ce dernier avait le nez plongé dans ses dossiers. André posa son calepin sur la table et s’assit avant de remarquer un joli bouquet de fleur posé un peu plus sur son bureau.

– A qui est ce bouquet de fleurs ? demanda-t-il, confus.

– Bah il est sur ton bureau ! A qui d’autre veux-tu qu’il soit ? répliqua Georges en levant les yeux de son travail.

– Je déteste les fleurs et tous mes amis le savent alors qui peut bien m’en envoyer ?

– C’est pour éviter ce genre de questions qu’ils sont souvent accompagnés d’une carte. Alors lis la carte et laisse-moi travailler André, répondit Georges en replongeant dans ses dossiers.

– D’accord j’ai compris ! dit-il. Au fait quand est-ce que tu me présentes ta future femme ? J’ai hâte de la rencontrer.

– Si tu connaissais chez moi tu aurais pu passer quand l’envie t’aurait pris. Mais vu qu’une chambre d’hôtel donc…

   Ils éclatèrent tous les deux de rire. André s’approcha de son bureau, prit la carte qui accompagnait les fleurs et la lut.

     « Bonsoir  Andrew, je vous invite au restaurant La belle Etoile ce samedi à 19h. »

    Il regarda le dos de la carte où un grand ‘’ N’’ était écrit d’une élégante écriture féminine.


Entreprise CORAX

– Caroline notre entreprise est chargée d’organiser un grand évènement dans deux mois.

– Quel genre d’évènement madame ?

– Un mariage. Je suis sûre tu n’as pas besoin de connaitre le nom des mariés.

Contente-toi de tout organiser avec le reste du personnel.

– Mais… Et vous dans tout ça ?

– Caroline, tu as passez trois ans à être mon assistante. Tu m’as vu faire beaucoup de fois et ce dans tous les domaines que ce soit les baptêmes, les mariages, les anniversaires, les dîners de Gala et j’en passe. Tu es l’organisatrice officielle de ce mariage. Tu as mon feu vert et surtout le reste de la boîte est à tes ordres.

– Je suis ravie que vous me confiez ce mariage madame. Je ferai tout mon possible pour que tout soit parfait.

– J’ai confiance en toi Caroline. Tiens ce dossier, il contient la liste de tout ce dont tu as besoin pour ce mariage. Les futurs mariés y ont notés tous leurs souhaits. En cas de difficultés ne me contacte surtout pas. J’ai des affaires personnelles à régler. Tu as un mois et demi pour terminer et me faire un rapport détaillé.

– Madame je vous remercie infiniment pour cette confiance, répondit l’employée, toute excitée. Je vous promets que je ferai un travail digne de votre réputation.

– Impressionne-moi alors, répondit sa patronne avec un léger sourire.

    Caroline sortit du bureau de sa patronne très contente et déterminée. Elle se mit à faire la liste du personnel qu’elle aimerait avoir à ses côtés pour l’organisation du mariage.


    Le samedi, absorbé par son travail, André avait oublié son rendez-vous avec son inconnue. Il était en train de rédiger une note quand Georges s’approcha de lui.

– Je suis surpris que tu sois ici jusqu’à cette heure

– Ah il n’est que 18h30. Et puis ce n’est pas comme si j’ai un truc important à faire à la maison.

– Oui je vois. Dommage que ma fiancée ait beaucoup de chose à faire à son boulot sinon j’allais te proposer une visite à la maison.

– Mais ça tombe bien. Je finis dans quelques minutes et on ira prendre un verre et chasser un peu si tu vois ce que je veux dire… Ah autant pour moi, j’avais presqu’oublié que tu n’es plus sur le marché.

– Haha tu l’as dit mon frère ! Bon je t’attends.

    Georges s’apprêtait à sortir du bureau quand il aperçut la carte qui accompagnait les fleurs. Il se permit de la lire.

– Je croyais que tu n’avais rien de prévu pour ce soir ?

– Oui c’est le cas. Pourquoi ?

– Sur cette carte c’est noté rendez-vous ce samedi à 19h au restaurant La belle Etoile et de la part d’une certaine N.

– Oh merde ! J’avais oublié. Et comment tu sais qu’il s’agit d’une femme ?

– Si c’était un homme il aurait écrit tout son nom. Seules les femmes aiment jouer les mystérieuses quand il s’agit de rendez-vous. Et puis l’écriture est assez féminine.

– C’est pas faux, concéda André. Bon excuse-moi mais on ira prendre notre verre une autre fois. Je dois y aller.

– T’inquiète, fonce. Pourvu que ce ne soit pas une femme mariée que tu te tapes en douce.

– Se la taper ? Tu es trop vulgaire toi.

– Se la faire ? La lui mettre ? Tu préfères laquelle des expressions ?

– Trop pervers pour un homme qui se marie bientôt. Faire l’amour c’est mieux. Et pour ton information c’est un rendez-vous professionnel.

– Rendez-vous professionnel un samedi soir ? J’aimerais bien t’assister en tant que stagiaire dans ce cas. Comme ça tu me montreras les « ficelles » du métier.

    Ils éclatèrent tous les deux de rire  et quittèrent ensemble la radio.

Restaurant La belle Etoile


J’attendais André plus d’une heure déjà au restaurant. Je me levai pour rentrer chez moi quand il débarqua tout en sueur, sa chemise mouillée collant son torse musclé.

– Une heure de retard, dis-je en le foudroyant du regard. C’est tellement… pas professionnel.

– Excusez-moi, une réunion de dernière minute qui s’est éternisé et je n’avais pas votre numéro pour vous prévenir de mon retard.

    Il s’assit en face de moi et jeta un regard circulaire dans la salle.

– C’est chic ici, dit-il en me regardant de nouveau.

– Écoutez, je suis une femme de principe. Et l’une des choses dont j’ai le plus horreur est le retard. Mais cette fois je laisse couler parce que vous n’avez aucun moyen pour me prévenir. Désormais on se verra chaque samedi pour mon histoire si bien sûr cela correspond à votre emploi du temps.

– Aucun problème ! répondit-il.

– Et surtout plus de retard sinon on en restera là.

– Vous savez ce que j’admire le plus chez vous ?

    Je ne répondis pas.

– Votre caractère, continua-t-il. J’aime les femmes de caractères.

    Je fis signe à un des serveurs pour commander.

– Alors je vais prendre en entrée un cocktail de crevettes, pour le plat de résistance un filet mignon et des frites.

– Et pour le dessert madame ? demanda le serveur.

– Un fondant au chocolat fera l’affaire merci, répondis-je en lui rendant le menu.

    Andrew prit du riz et du saumon fumé. Le dîner se passa dans un grand silence.

– Alors quelle partie de votre histoire allez-vous me raconter ce soir ? Votre vie à Accra ou votre retour à Lomé ?

    J’éludai ses questions. A la fin du repas, je fis signe au serveur qui m’apporta tout de suite l’addition. Je pris un torchon de table sur lequel je griffonnai un truc et le remis à Andrew.

–  « i » ? lut-t-il à voix haute.

     Pour toute réponse, je lui fis un clin d’œil et sortit du restaurant après avoir réglé l’addition.

By A.P.